Lénine
consacra sa vie à bâtir le parti bolchevik, celui qui le
premier mena au triomphe des exploités, en octobre 1917. Parce
qu’il sut s’appuyer sur la créativité et la
force de frappe du prolétariat et de la paysannerie russe avec
une foi inébranlable, Lénine est le premier leader
révolutionnaire qui parvint à convertir, au moment
opportun, les contestations et les révoltes des « gens
d’en bas » en une Révolution victorieuse qui
s’empara du pouvoir et changea le cours de l’histoire.
Se
définissant lui-même comme marxiste « orthodoxe »,
ce grand théoricien communiste a laissé aux prolétaires
de tous les pays, une somme considérable d’écrits.
Mais aussi grand qu’ait pu être son attachement à
l’arme de la théorie qu’il jugeait nécessaire
car seule à même de hisser les prétentions
révolutionnaires en réelles pratiques révolutionnaires,
Lénine ne s’y est pas perdu. L’Union des
Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), est fondée
en décembre 1922, premier État socialiste de
l’histoire, avec à sa tête le Parti Communiste
(Bolchevik) de l’URSS.
La
terre a été distribuée. Les grandes entreprises
sont aux mains de l’État. La réaction des
possédants a été mise en échec.
L’implacable « dictature du prolétariat »
théorisée par le duo Marx-Engels, mise en œuvre
par Lénine et ses camarades, est parvenu à poser les
premières pierres de l’édifice communiste.
Le premier État socialiste de l’histoire est
consolidé. La première révolution prolétarienne
continue sa marche en avant.
« Communisme »,
« État socialiste », « dictature
du prolétariat », « révolution »
…
À
ces concepts fondamentaux, Lénine a consacré un ouvrage
devenu célèbre : « L’État et la
révolution » (août-septembre 1917), dont sont
extraits les passages ci-dessous (chapitre V : les bases
économiques de l’extinction de l’État).
Dans
une postface écrite le 30 novembre 1917 à Petrograd,
au lendemain de la prise du pouvoir, Lénine se réjouit
de n’avoir pu achever le dernier chapitre, à cause des
événements : « Il est plus agréable
et plus utile de faire l’ « expérience d’une
révolution » que d’écrire à son
sujet. »
P93 :
« La démocratie, c’est un État
reconnaissant la soumission de la minorité à la
majorité ; autrement dit, c’est une organisation de
la violence par une classe contre une autre, par une partie de la
population contre l’autre partie.
Nous
nous assignons comme but final la suppression de l’État,
c’est à dire de toute violence organisée et
systématique, de toute violence exercée sur les hommes,
en général… »
P94 :
« Aspirant au socialisme, nous sommes convaincus que
dans son évolution il aboutira au communisme et que, par
suite, disparaîtra toute nécessité de recourir en
général à la violence contre les hommes, toute
nécessité de la soumission d’un homme à un
autre, d’une partie de la population à une autre ;
car les hommes s’habitueront à observer les conditions
élémentaires de la vie en société, sans
violence et sans soumission. »
P98 :
« Le passage de la société capitaliste,
qui évolue vers le communisme, à la société
communiste, est impossible sans une « période de
transition politique » ; et l’État de
cette période ne peut être que la dictature
révolutionnaire du prolétariat. »
P100 :
« La marche en avant, c’est à dire vers le
communisme, se fait en passant par la dictature du prolétariat ;
et elle ne peut se faire autrement, car il n’est point d’autres
classes ni d’autres moyens qui puissent briser la résistance
des capitalistes exploiteurs. »
P101 :
« Démocratie pour l’immense majorité
du peuple et répression par la force, c’est à
dire exclusion de la démocratie pour les exploiteurs, les
oppresseurs du peuple ; telle est la modification que subit la
démocratie lors de la transition du capitalisme au
communisme. »
P101 :
Engels «… Tant que le prolétariat a encore
besoin de l’État, ce n’est point pour la liberté,
mais pour organiser la répression contre ses adversaires. Et
le jour où il devient possible de parler de liberté,
l’État cesse d’exister comme tel. »
P105 :
« Chaque membre de la société,
accomplissant une certaine part du travail socialement nécessaire,
reçoit de la société un certificat constatant la
quantité de travail qu’il a fournie. Avec ce certificat,
il reçoit dans les magasins publics d’objets de
consommation une quantité correspondante de produits. Par
conséquent, défalcation faite de la quantité de
travail versée au fonds social, chaque ouvrier reçoit
de la société autant qu’il lui a donné. »
« Le
“droit égal”, dit Marx, nous l’avons ici, en
effet, mais c’est encore le ”droit bourgeois” qui,
comme tout droit, présuppose l’inégalité.
Tout droit consiste dans l’application d’une règle
unique à des gens différents, à des gens qui, en
fait, ne sont ni identiques, ni égaux. Aussi le “droit
égal“ équivaut-il ici à une violation de
l’égalité, à une injustice. »
P105 :
« La justice et l’égalité, la
première phase du communisme [le socialisme] ne peut donc pas
encore les réaliser ; des différences subsisteront
quant à la richesse, et des différences injustes ;
mais l’exploitation de l’homme par l’homme sera
impossible, car on ne pourra s’emparer, à titre de
propriété privée, des moyens de production,
fabriques, machines, terre, etc…
Marx
montre le cours du développement de la société
communiste, obligée de commencer par détruire
uniquement cette “injustice“ qu’est l’appropriation
des moyens de production par des individus, mais incapable de
détruire d’emblée l’autre injustice :
la répartition des objets de consommation “selon le
travail“ (et non selon les besoins). »
P107 :
« Qui ne travaille pas ne doit pas manger » :
ce principe socialiste est déjà réalisé ;
« à quantité égale de travail,
quantité égal de produits » : cet autre
principe socialiste est déjà réalisé, lui
aussi. Pourtant, ce n’est pas encore le communisme et cela
n’élimine pas encore le “droit bourgeois“
qui, à des hommes inégaux et pour une quantité
inégale (inégale en fait) de travail, attribue une
quantité égale de produits. »
« Cet
inconvénient est inévitable dans la première
phase du communisme, car on ne peut, sans verser dans l’utopie,
penser qu’après avoir renversé le capitalisme les
hommes apprennent d’emblée à travailler pour la
société sans normes juridiques d’aucune sorte ;
au reste, l’abolition du capitalisme ne donne pas d’emblée
les prémisses économiques d’un tel changement. »
P110 :
« L’État pourra s’éteindre
complètement quand la société aura réalisé
le principe : « De chacun selon ses capacités,
à chacun selon ses besoins », c’est à
dire quand les hommes se seront si bien habitués à
respecter les règles fondamentales de la vie en société
et que leur travail sera devenu si productif, qu’ils
travailleront volontairement selon leurs capacités. »
« En
attendant l’avènement de la phase « supérieure »
du communisme, les socialistes réclament de la société
et de l’État qu’ils exercent le contrôle le
plus rigoureux sur la mesure de travail et la mesure de
consommation ; mais ce contrôle doit commencer par
l’expropriation des capitalistes, par le contrôle des
ouvriers sur les capitalistes, et il doit être exercé
non par l’État des fonctionnaires, mais par l’État
des ouvriers armés. »
P115 :
« Enregistrement et contrôle, tel est
l’essentiel, et pour la « mise en route »
et pour le fonctionnement régulier de la société
communiste dans sa première phase. Ici, tous citoyens se
transforment en employés salariés de l’État
constitué par les ouvriers armés. Tous les citoyens
deviennent les employés et les ouvrier d’un seul
« cartel » du peuple entier, de l’État.
Le tout est d’obtenir qu’ils fournissent un effort égal,
observent exactement la mesure du travail et reçoivent un
salaire égal. »
P116 :
« Mais cette discipline « d’ateliers »
que le prolétariat, après avoir vaincu les capitalistes
et renversé les exploiteurs, étendra à toute la
société, n’est nullement notre idéal ni
notre but final ; c’est seulement un échelon
nécessaire pour débarrasser radicalement la société
des vilenies et des ignominies de l’exploitation capitaliste,
et assurer la marche continue en avant.
Dès
l’instant où tous les membres de la société,
ou du moins leur immense majorité, ont appris à gérer
eux-mêmes l’État, ont pris eux-mêmes
l’affaire en main, « organisé » le
contrôle sur l’infime minorité de capitalistes,
sur les petits messieurs désireux de conserver leurs pratiques
capitalistes et sur les ouvriers profondément corrompus par le
capitalisme – dès cet instant, la nécessité
de toute administration en général commence à
disparaître. Plus la démocratie est complète, et
plus proche est le moment où elle deviendra superflue. Plus
démocratique est « l’État »
constitué par les ouvriers armés et qui « n’est
plus un État au sens propre », et plus vite
commence à s’éteindre tout État. »
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