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Retourner à la liste Imprimer 2007_Causes_Echec_FAL.pdf Juill 2007
Les causes de l'échec du front antilibéral

Inexistence d'une vraie aile anticapitaliste et d'un vrai parti communiste en France

CERCLE HENRI BARBUSSE

L’expérience de la campagne victorieuse de toutes les forces du camp du NON le 29 mai 2005 n’a pu être prolongée par le choix d’une candidature unique et unitaire anti-libérale à la présidentielle. Et pourtant cela semblait bien parti, avec un cadre unitaire national regroupant une dizaine de forces politiques, plus de 800 collectifs anti-libéraux et une plate-forme de 125 propositions anti-libérales. Il ne restait plus qu’à porter un nom sur le bulletin de vote de la présidentielle.

C’est là que tout s’est gâté : la multiplication des candidats anti-libéraux issus du camp du NON a brisé l’espoir d’une candidature unique et unitaire pour battre au premier tour la candidate social-libérale « OUI-iste » du PS. Cette division a ramené les candidats du camp anti-libéral à un total de 9%, c’est à dire moins globalement qu’en 2002.

La déception chez les militant(e)s engagé(e)s dans le front unitaire anti-libéral est grande, mais elle est aussi très forte chez tous les électeurs potentiels qui espéraient une candidature unitaire et unique à la présidentielle 2007. L’expérience d’un transfert de la victoire du camp du NON sur le terrain électoral de la présidentielle, puis des législatives et enfin des locales, voilà le défi que le front anti-libéral devait, doit et devra relever pour en finir avec le piège bourgeois usé du bipartisme droite/ « gauche ».

Il nous faut donc comprendre les raisons profondes de cette occasion manquée pour pouvoir à l’avenir frayer la voie à l’alternative anti-libérale, étape indispensable dans la marche vers l’alternative anti-capitaliste que porte le mouvement communiste marxiste-léniniste encore éparpillé.

Unir toutes les forces dans la diversité pour frapper le même ennemi


La bataille du référendum constitutionnel a réuni la sainte alliance des patrons à travers le Medef, les médias télévisions, radios, presse écrite, les partis UMP/PS/UDF/Verts, 96% des députés et sénateurs, les directions des centrales syndicales inféodées à la direction de la Centrale Européenne des Syndicats (CES), l’écrasante majorité de la prétendue « élite intellectuelle », etc. Tout ce beau monde a été appuyé par l’ensemble de la bourgeoisie européenne, la « table ronde des industriels européens », des partis libéraux et sociaux libéraux européens.

A l’occasion du vote interne du PS qui a opposé 60% de partisans du OUI à 40% de partisans du NON, l’enjeu de classe, tant au plan national qu’à l’échelle européenne, du référendum du 29 mai 2005 a été noté ainsi par l’ex-président de l’Internationale Socialiste et ex-premier ministre Pierre Mauroy : « Les Fédérations du Nord Pas de Calais [du PS] sont longtemps restées les plus ouvrières de France… si le NO l’avait emporté, on allait vers une très grave crise. Jamais on n’a assisté à une telle mobilisation des responsables des autres partis socialistes européens. Ils étaient effrayés par certaines positions françaises ».

La déferlante médiatique totalitaire de classe du camp libéral et bourgeois du OUI est toutefois venue se briser sur les souffrances imposées aux travailleurs par les politiques libérales des gouvernements successifs de droite et de gauche, dociles exécuteurs des traités européens (traités de Maastricht, d’Amsterdam, de Nice, de Lisbonne).

Chaque secteur ou catégorie du monde du travail – public, privé, chômeurs, femmes, jeunes, immigré(e)s – a subi l’un après l’autre la perte de pouvoir d’achat consécutif au passage à l’euro, les licenciements, les fermetures et délocalisations d’entreprises, le blocage des salaires et des indemnités de chômage, l’augmentation infernale des cadences de travail, la précarisation des emplois, le poison diviseur du racisme, le loyer cher, la répression des luttes et des syndicalistes, etc. Le capitalisme dans son offensive libérale en vient même à « clochardiser » de nombreux travailleurs.

Les syndicats de base CGT, le CCN de la CGT, les bases de la FSU, le PCF, les organisations trotskistes (LO, LCR, PT), des minoritaires socialistes et Verts, l’Appel des 200, Attac, la Fondation Copernic, la Confédération Paysanne, les organisations communistes de la reconstruction (URCF, PCOF, PRCF, Coordination Communiste 59/62, Rouges Vifs, Communistes, etc.) ont constitué le camp militant du NON en mettant en action le principe « marcher séparément et frapper ensemble ». Puis le rassemblement s’est opéré au fil de la campagne et a permis la mise en place progressive de Comités du NON qui vont se muer en Collectifs Anti-libéraux.

L’action militante du camp du NON a diversement formalisé et traduit en discours politique le besoin concret du mouvement ouvrier et populaire de sanctionner dans les urnes le bilan socialement, politiquement et culturellement désastreux de plusieurs décennies de « construction de l’Europe capitaliste ». La campagne militante du front anti-libéral de toutes les forces syndicales, politiques, associatives marchant séparément et frappant ensemble le même ennemi, a constitué le facteur subjectif qui a contribué à la victoire du NON.

La perte des acquis sociaux en marche sous la houlette de « Bruxelles », accompagnée des répressions et atteintes liberticides aux conquêtes et aux droits démocratiques, sont les facteurs objectifs de la victoire du NON le 29 mai 2005. C’est en ce sens un vote populaire de classe, anti-libéral.

 

L’échec du transfert sur le terrain électoral
du front militant victorieux du NON au TCE

 

Trois tendances ont miné puis fait exploser le travail de construction politique du front anti-libéral :

- la première est celle des « anti-partis », c’est-à-dire des militants issus du mouvement alter-mondialiste, écologiste et trotskiste (minorité de la LCR), lesquels ont fait, sans jamais le dire auparavant, du rejet du choix majoritaire de la Secrétaire Général du PCF par les collectifs anti-libéraux un dogme diviseur. Cette ligne dans le front anti-libéral veut se soumettre les partis, les diluer dans une recomposition politique qui liquide de fait l’indépendance des partis.

- Lutte Ouvrière et la LCR ont successivement, dès le départ, rejeté l’effort collectif fait pour unir tout le camp militant du NON. A la base de leur comportement diviseur, il y a le fait que la stratégie unitaire du camp militant du NON remet en cause leur stratégie visant à substituer au PCF une union des partis trotskistes. Minés par des divergences liées à la nature idéologique petite bourgeoise individualiste du trotskisme, LO et LCR cherchent à rééditer ce que le PS sous l’égide de Mitterrand avait réussi avec le « programme commun de gouvernement » dans les décennies 70/90 à savoir « plumer la volaille communiste ». C’est la ligne de la concurrence pour effacer le PCF de la scène politique.

- Le PCF sous la houlette de MG BUFFET, principale force organisée du camp du NON, n’a œuvré qu’à l’unité du camp du NON « autour du PCF » au lieu d’être « unitaire pour deux ». C’est la ligne anti-libérale pour sauver et remettre en selle le PCF.

Contre ces trois orientations, la lutte doit être menée pour faire triompher la ligne suivante : Dans les circonstances actuelles, il ne peut y avoir de front anti-libéral sans les partis, contre les partis ou autour des partis. Le front anti-libéral ne peut donc exister qu’avec les partis. 

Voilà en substance les facteurs politiques décisifs qui ont conduit à l’échec de l’unité électorale du camp du NON pour le premier tour de la présidentielle 2007. Toutefois, il nous faut analyser en profondeur la nature politique, idéologique et la signification sociale de ces courants.

Les nouvelles luttes anti-libérales des classes paupérisées
et la théorie anti-libérale


L’époque inaugurée par la « chute du mur de Berlin » correspond au développement progressif du militantisme alter-mondialiste, anti-guerre, écologiste, anti-raciste, etc. à travers les mobilisations contre les sommets du G8 (Seattle, Gênes, etc.), contre les guerres impérialistes. Les forums sociaux européens et mondiaux en sont devenus le moyen privilégié d’expression politique. En effet débarrassé de l’URSS, le capital armé du libéralisme, pensée unique libérale totalitaire, s’est attaqué aux conquêtes sociales, a démantelé « l’Etat providence », les politiques keynésiennes, les nationalisations, le « service public », la « sécurité sociale » et la retraite par répartition, a mis en place une recette politique fondée sur le « désengagement de l’Etat, les privatisations, le monétarisme ».

L’offensive de l’impérialisme va faire émerger une nouvelle résistance politique informelle (sous la forme d’associations, d’ONG, etc.) traversée par les débats de positionnement sur les notions d’alter-mondialisme ou d’anti-mondialisme, les mobilisations anti-guerre minées par le « ni Bush, ni Saddam » ou encore le « ni OTAN, ni Milosevic », les options alternatives au libéralisme avec des slogans comme « un autre monde est possible », « une autre Europe est possible », « l’écologie politique pour un développement durable non productiviste », la notion d’« empire » en lieu et place de celle d’impérialisme, la « réforme des institutions financières internationales (IFI) comme le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et de l’OMC » au lieu de les abolir. La critique du néolibéralisme va constituer l’axe principal de démarcation au sein de la « gauche » et la nouvelle aune idéologique indépassable. C’est ainsi que le néolibéralisme, l’ultra-libéralisme - partie prenante de la superstructure politique - vont devenir la nouvelle définition du capitalisme. Or, le libéralisme est une des politiques économiques possibles du mode de production capitaliste. C’est l’économiste libéral Keynes qui, pour sauver le capitalisme empêtré dans la crise de 1929, théorisa la nécessité pour l’Etat capitaliste « d’amorcer la pompe », c’est-à-dire d’établir une politique monétaire inflationniste et de créer des infrastructures sur la base desquelles le capital privé pourrait réinvestir pour tirer des profits. C’est cela qui donna naissance à la politique des « grands travaux de l’Etat » ou new deal notamment aux USA sous Roosevelt. La social-démocratie a fait à partir de 1945 du « keynésianisme » sa doctrine économique en démarcation avec le libéralisme présenté comme la doctrine de la droite politique.

En 1934, Keynes écrit au New York Times : « je vois le problème du redressement de la façon suivante : Combien de temps faudra t-il aux entreprises ordinaires pour venir à la rescousse ? A quelle échelle, par quels moyens et pendant combien de temps les dépenses anormales du gouvernement doivent-elles se poursuivre en attendant ? ». Rappelons que le capitalisme apeuré par la force du socialisme réel, surtout après la guerre et la victoire antifasciste de l’URSS et des peuples, a concédé aux travailleurs et aux peuples, qui se sont battus sous la direction des PC, des conquêtes sociales d’une grande importance qu’il cherche depuis les années 80 à reprendre par son offensive libérale. L’ultra-libéralisme qui caractérise le discours économique du Front National aujourd’hui ne peut nous cacher, par exemple, le fait que le parti Nazi de Hitler a combiné à la fois « Keynes et le libéralisme », c’est-à-dire la mise à disposition de l’Etat, de l’épargne nationale au service des intérêts patronaux, particulièrement le patronat de l’industrie militaire.

La critique anti-libérale alter-mondialiste reste donc prisonnière du carcan du système capitaliste. Cette critique ne dépasse pas le réformisme historique de la social démocratie. Mais dans le contexte actuel du rapport des forces largement favorable au capital dans la lutte des classes, la critique keynésienne du néolibéralisme est une arme de résistance sociale et politique contre la liquidation libérale programmée des acquis et conquêtes sociales et démocratiques de l’après guerre. La social-démocratie connaît d’ailleurs en son sein un processus de démarcation entre critiques du libéralisme et sociaux libéraux qui se sont affrontés lors du débat interne au PS sur le TCE. En ce sens les 125 propositions des Comités anti-libéraux sont une avancée permettant l’unité du front anti-libéral. Avancée nécessaire, mais insuffisante à ne pas confondre avec l’anti-capitalisme, c’est-à-dire la suppression de la propriété privée des moyens de production et d’échange et l’édification d’une société socialiste. 

Dans notre texte intitulé « les contradictions du mouvement alter-mondialiste : alternative au capitalisme ou nouvelle alternance dans les formes du capitalisme ? », nous écrivions que « le mouvement alter-mondialiste est l’expression de la résistance populaire à l’échelle mondiale. Il est porteur de potentialités énormes de luttes mais également de lignes différentes et contradictoires » parce que « si l’ensemble du mouvement alter-mondialiste peut s’entendre sur l’ampleur des dégâts du fonctionnement économique dominant sur la planète, il se divise en revanche sur de nombreuses contradictions : nature et caractérisation de ce système économique (c’est-à-dire en réalité sur les causes de la misère et des guerres), contenu de l’alternative à construire, revendications à avancer, etc. » (10/11/2003). Ces positionnements politiques différents recoupent aussi les différences de position du Nord et du Sud dans la nouvelle phase de la mondialisation capitaliste, c’est à dire l’oppression et l’exploitation renforcée du Sud par le Nord. L’opposition à la mondialisation est en général plus radicale dans le Sud que dans le Nord. Il suffit de lire les résolutions adoptées dans les forums sociaux mondiaux de Porto Alegre, de Bamako, et de regarder l’exemplaire progrès des conquêtes démocratiques et sociales en cours en Amérique Latine pour s’en convaincre. En fait, la reprise de la mondialisation capitaliste après la défaite du socialisme réel, c’est la destruction de l’indépendance nationale des Etats du Sud et la recolonisation indirecte ou directe, voire parfois la reconquête militaire comme en Irak, l’implosion d’Etats comme la Yougoslavie et la disparition de l’Etat comme en Somalie. 

Mais la tendance à la radicalisation anti-libérale des travailleurs du Nord s’est aussi affirmée suite aux coups anti-sociaux toujours plus nombreux et s’est matérialisée par des luttes sociales comme novembre/décembre 1995, contre la casse de la retraite en 2003, des luttes sectorielles dures contre les délocalisations, les licenciements, les privatisations, le CPE, etc. Ces luttes ont été des étapes pour un rapprochement entre syndicats, PCF et alter-mondialistes, pour la recherche de convergences, de solidarités au sein du monde du travail à l’échelle locale, nationale, régionale (continentale) et internationale.

L’anti-libéralisme d’aujourd’hui est la voie de passage obligée pour retrouver à l’échelle des masses laborieuses le chemin de la lutte anti-capitaliste.

Les projets de recomposition politique anticommuniste


Depuis les années 89/90 les trotskistes, LO, LCR, PT, sont des formations politiques petites bourgeoises revitalisées par la défaite de l’URSS. Ces groupuscules anti-soviétiques et anti-bolcheviques ont propagé, durant des décennies la théorie de « l’Etat ouvrier dégénéré bureaucratique Stalinien » de leur mentor Trotski, combattant historique contre le socialisme réel. Ils ont ainsi participé à fournir la partie trotskiste de l’arsenal théorique mensonger et contre-révolutionnaire de la bourgeoisie mondiale contre l’URSS, le camp socialiste, le socialisme réel. A l’exception de LO qui le fait depuis 1974, ces groupes se sont lancés dans la compétition électorale avec un certain succès, occupant sur la scène politique la posture de la « gauche de la gauche » à mesure que le PCF s’enfonçait dans la collaboration de classe au gouvernement, particulièrement lors du gouvernement dit de « gauche plurielle » de 1997 à 2002. LO et LCR ont même tenté de s’unir électoralement pour damer le pion au PCF. Ils ont aussi envisagé l’unité organique, la sainte alliance des trotskistes pour en finir avec les « staliniens du PCF ». Mais le dogmatisme de gauche a échoué parce que l’idéologie trotskiste, dont la marque de fabrique est le « scissionnisme putschiste » de la démocratie petite bourgeoise individualiste, les en rendait fondamentalement incapable. La discipline ouvrière démocratique fondée sur le respect de la majorité pour l’action de lutte leur est étrangère, parce que l’individu prime sur le collectif dans l’idéologie trotskiste.

La bourgeoisie a très vite compris l’intérêt de parachever la disparition de l’URSS par celle du PCF en France : la place et le rôle du PCF dans l’histoire rappellent quand même un peu trop les grandes conquêtes sociales, les grandes victoires politiques du mouvement ouvrier et communiste et bien sûr l’existence de l’URSS, première expérience réussie d’un pouvoir ouvrier et paysan durant 70 ans. Le PS social démocrate dont plusieurs cadres politiques ont été formés dans l’une des écoles trotskistes, est aussi impatient, après avoir « plumé la volaille communiste », de se débarrasser à la première occasion du « boulet PCF ».

Le révisionnisme et le réformisme dirigeant au sein du PCF résulte justement de la conciliation avec la social-démocratie devenue la « gauche » du capital impérialiste. C’est d’ailleurs aussi la tactique des Verts qui promeuvent « l’écologie politique » pour tenter de rompre l’ordre de l’alliance/soumission PS/PCF/Verts. Le capital, dans ses calculs de recomposition politique à gauche du PS, œuvre à substituer au PCF une combinaison trotskiste et/ou écologiste, tout en continuant à pousser le parti historique de la classe ouvrière dans le renoncement révisionniste et réformiste. Ainsi la « chute du mur de Berlin » fut un accélérateur de la social-démocratisation du PCF et de son passage aux « travaux pratiques de la collaboration de classe ». Si la participation du PCF au gouvernement en 1981 était déjà un pas dans la collaboration de classe, ce dernier démissionna sous la houlette de Georges Marchais dès le « tournant de la rigueur et de l’austérité budgétaire ». L’opportunisme minait fortement le PCF, mais la résistance interne d’une partie significative de la base poussa à la démarcation, sans parvenir toutefois à une rectification idéologique et une indépendance électorale réelle.  

Dans notre texte intitulé « la place des communistes est auprès des travailleurs et non au gouvernement des capitalistes », nous écrivions : « Le PCF s’est empressé d’envoyer trois ministres au gouvernement issu de ces élections législatives (1997). C’est le premier pas du passage de ce parti devenu social-démocrate aux travaux pratiques de la collaboration de classe. Le PS jette de la poudre aux yeux avec le thème trotskiste de « l’Europe sociale » utilisant à ce propos le fait que la social-démocratie européenne est au pouvoir dans 12 des 15 pays que compte l’Union Européenne. Mais la fonction du PS de parti de « gauche » du capital ne changera rien aux effets sociaux dévastateurs qu’induisent inévitablement les traités de Maastricht et d’Amsterdam et la recherche accrue du profit maximum qui résulte de la crise du système » (31/01/1998). La figure qui symbolise la capitulation réformiste du PCF est Robert Hue -que l’on peut appeler le « Gorbatchev français »-, lequel a conduit à son effondrement électoral.  L’abandon du Marxisme-Léninisme, de l’internationalisme pro-soviétique, de la défense intransigeante des intérêts de l’ensemble de la classe ouvrière, de la lutte pour la transformation révolutionnaire de la société, le renversement de la dictature de la bourgeoisie, de l’expropriation des capitalistes et l’édification de la société socialiste par la dictature du prolétariat sans et contre la bourgeoisie a fait consensus progressivement dans la direction du PCF de G. Marchais à aujourd’hui. Le PCF s’est engagé d’abord de façon critique sous G. Marchais, puis entièrement, dans l’alliance/soumission au PS en privilégiant la défense des intérêts de l’aristocratie ouvrière (et non de l’ensemble de la classe ouvrière) ce qui a conduit à l’effacement du rôle et de la place des militants ouvriers d’avant-garde au profit du rôle des élus, eux mêmes de plus en plus issus des couches petites bourgeoises. De là on assista au passage inévitable à la collaboration de classe avec Robert Hue : tel est le processus que l’on a connu ces deux dernières décennies dans le PCF. Ce qui devait arriver arriva : la capitulation idéologique, puis l’affaiblissement organisationnel furent suivis de l’effondrement électoral du PCF. C’est en partie en réaction à cela qu’arrive MG Buffet à la tête du PCF et qu’un revirement anti-libéral s’opère… réaction liée en partie à un réflexe de survie de l’appareil et des élus.

Plusieurs positions s’expriment dans le PCF ; les éléments ultra-droitiers, comme Robert Hue, poursuivent l’objectif d’un naufrage du PCF dans le PS. D’autres, comme Braouzek, veulent l’effacement du PCF au profit des Collectifs anti-libéraux. Certains sont partisans du sectarisme vis à vis les Collectifs anti-libéraux comme beaucoup au sein des Fédérations du Nord-pas-de-Calais. Enfin, à l’instar de MG Buffet, certains veulent l’ouverture en direction des Collectifs anti-libéraux. Ces différenciations internes reflètent les différenciations qui s’opèrent au sein de l’aristocratie ouvrière et des couches petites bourgeoises que représente aujourd’hui la direction du PCF. Pour comprendre cela il faut revenir sur l’évolution du capitalisme en France depuis la fin de la guerre.

Comment a évolué le capitalisme français entre 1945 à nos jours


Au sortir de la seconde guerre antifasciste la caractéristique économique de la stratégie impérialiste a été le réaménagement de la « division internationale du travail », c'est-à-dire du système colonial ainsi transformé en système semi-colonial ou « néo-colonial ». Ce réaménagement était imposé aussi par l’existence d’un vaste camp socialiste qui limitait le processus « naturel » d’internationalisation ou -comme on dit aujourd’hui- de « mondialisation » du capitalisme.

Un des moyens utilisés par le capital pour contourner cette restriction du marché capitaliste mondial a été la mise en place d’un système d’emprunt massif auprès des Etats impérialistes et des grandes banques monopolistes de la part des nouveaux Etats politiquement indépendants. Ces dettes massives ainsi concoctées ont favorisé la naissance d’une bourgeoisie d’Etat compradore dans les semi-colonies et/ou « néo-colonies » et les Etats dépendants. La « décolonisation » par l’impérialisme français a été aussi la mise en place de la zone monétaire CFA qui capte 65% des réserves de change des Etats de l’ex-empire colonial de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et de l’Afrique Equatoriale Française (AEF), les accords de sujétion militaire qui permettent la présence de près de dix bases militaires françaises sur le continent, la Francophonie et les sommets annuels  de la « Françafrique ».   

A l’intérieur de la Métropole, des stratégies de maintien du profit maximum furent adoptées par l’utilisation d’une main d’œuvre féminine massive dans le secteur tertiaire, immigrée non qualifiée et surexploitée dans les industries.

De 1945 aux années 70/80, après 22 ans de pouvoir de la droite, l’alternance, véritable conquête politique en 1981, aura permis à la gauche socialiste flanquée de quatre ministres du PCF de passer à l’introduction des nouvelles technologies nécessitant une main-d’œuvre hautement qualifiée dans les grandes entreprises industrielles, notamment l’automobile, puis à la fermeture des mines de charbon, etc. Le chômage devait exploser, franchissant le cap des 3 millions de salariés jetés à la rue. Le capitalisme confronté à la désagrégation de son marché mondial a introduit les nouvelles technologies (robotique, bureautique, Internet, NTIC, etc. ) qui ont provoqué le chômage de masse et la précarité massive que connaît actuellement le monde du travail. L’avènement du PS au pouvoir a favorisé sans résistance de classe majeure la mise au pas du mouvement ouvrier ; chômage, précarité et appauvrissement des travailleurs devenant des facteurs de régulation libérale du marché du travail.

Parallèlement s’est développé un phénomène de délocalisation des entreprises ayant besoin de main d’œuvre importante, phénomène qui a géographiquement étendu la prolétarisation à l’échelle de toute la planète. L’externalisation de certaines activités s’est accrue en rapport avec le développement de la sous-traitance. La délocalisation et l’externalisation par la sous-traitance ont littéralement explosées, répandant comme une traînée de poudre le travail intérimaire, les CDD, les multiples formes en évolution permanente du travail précaire et l’appauvrissement de pans entiers du monde du travail.             

De 1945 aux années 70/80, le capital a mis ainsi à profit cette période d’évolution « pacifique » et les plus-values tirés de cette réorganisation prédatrice pour corrompre, soudoyer progressivement la couche dirigeante du mouvement ouvrier et l’intégrer dans son système de domination politique. La base économique et sociale du révisionnisme et du réformisme se retrouve dans le processus de réadaptation du capital au nouveau rapport de forces né de la victoire de l’URSS dans la confrontation avec le fascisme.

Cette période d’évolution « tranquille » du capitalisme a été fatale au PCF en ce sens que, lentement mais sûrement, celui-ci a été miné par la montée progressive du révisionnisme, de la déviation de droite, et s’est retrouvé dans l’incapacité de lancer une contre-offensive lorsque vint la crise avec les « chocs pétroliers » dans les années 70, la crise de l’endettement des pays du Tiers-Monde dans les années 80, et le chômage de masse dans les pays impérialistes, notamment en France. Le PCF s’est peu à peu transformé en parti des couches privilégiées du prolétariat, abandonnant les couches toujours plus nombreuses des travailleurs précarisés. L’électoralisme du PCF l’amènera à abandonner aussi la fraction immigrée de la classe ouvrière, cédant peu à peu le terrain à la propagande raciste du FN. C’est ainsi qu’après l’époque glorieuse de « l’union inter-coloniale », puis de la MOI, ce n’est qu’aujourd’hui, à l’occasion de la campagne présidentielle 2007, que la candidate anti-libérale du PCF propose le droit de vote à toutes les élections nationales pour les immigré(e)s avec carte de 10 ans et aux élections locales pour ceux, celles qui ont la carte d’un an.  

La défaite de l’URSS vaincue par l’encerclement capitaliste et la trahison révisionniste khrouchtchévienne, puis bourgeoise Gorbatchévienne ont littéralement libéré les forces prédatrices du capital, lesquelles, pour faire face à la crise structurelle de surproduction qui frappe l’économie capitaliste mondiale, passèrent à l’offensive libérale, mettant fin à « l’Etat providence » par les plans d’ajustement structurel du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale, l’austérité budgétaire, la marchandisation de la santé, du social et de l’école, les privatisations et la mise en place de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). 

Les partis et mouvements politiques
représentent des classes et couches sociales


Voilà une définition oubliée de nos jours. Examinons la de plus près : Quelle est la base sociale représentée par l’appareil du PCF ? Quelles couches de la société sont représentées par la constellation trotskiste, les Verts, les alter-mondialistes ?

Les processus économiques et politiques décrits ci-dessus ont eu pour conséquence de transformer progressivement le PCF de parti de l’ensemble de la classe en parti d’une partie de la classe. En effet, l’adaptation du capitalisme français par le réaménagement de son empire colonial en système semi-colonial françafricain, la réorientation de son activité économique sur la construction du nouvel impérialisme montant de l’Union Européenne, la féminisation massive du tertiaire et l’importation massive de travailleurs immigrés masculins ont permis la corruption progressive de la couche supérieure du mouvement ouvrier dans un contexte d’évolution « pacifique et tranquille » du capitalisme entre 1945/80.

La principale manifestation politique de cela a été l’abandon de la lutte idéologique contre la social-démocratie et le glissement progressif du PCF vers l’alliance stratégique avec le PS pour un « programme commun de gouvernement de gauche ». Une couche de plus en plus bureaucratisée s’est emparée de la direction du PCF qui privilégia peu à peu les intérêts de certaines fractions du mouvement ouvrier : Secteur nationalisé, public, para-public et grands groupes monopolistes privés, en d’autres termes l’aristocratie ouvrière issue du dévoiement des conquêtes sociales.

Les grandes grèves des années 80 dans l’automobile, coïncidant avec les luttes immigrées des foyers Sonacotra et les mobilisations des mouvements féministes furent traitées par le PCF comme des luttes secondaires. Il en est de même des luttes des chômeurs, des précaires, des quartiers populaires, de l’immigration, des sans papiers aujourd’hui. A l’époque ce sont les trotskistes et les maoïstes qui vont donner une certaine importance à ces combats sociaux en critiquant le « chauvinisme du PCF », mais en surestimant de façon gauchiste ces luttes dans l’optique infantile du « grand soir ». Aujourd’hui les luttes sociales ont été dans un premier temps, médiatiquement et théoriquement parlant, l’affaire des alter-mondialistes - non pas dans l’optique du « grand soir », mais comme laboratoire expérimental de la critique anti-libérale du néolibéralisme.

Si le PCF a été marqué par la montée en puissance de la déviation de droite, du réformisme opportuniste jusqu’à la collaboration au gouvernement, les mouvements trotskistes, mao-écologistes ont été caractérisés par la déviation de « gauche ». L’actuel mouvement alter-mondialiste est lui même traversé par des débats entre ligne réformiste, ligne gauchiste et ligne anti-capitaliste.

Toutefois, le PCF tout comme les courants de la démocratie petite bourgeoisie anti-communiste et trotskiste (LO, LCR, PT, Verts, socialistes de gauche) vont aussi subir de plein fouet, à partir des années 89/90, des évolutions dues à l’offensive néo-libérale. Rappelons le : dans un premier temps le PCF s’enfonce dans la collaboration de classe, y compris au gouvernement, en 1997/2002. La sanction tomba comme un couperet avec « le tremblement de terre de l’arrivée de Le Pen au second tour de la présidentielle ». Le candidat du PCF fut dépassé pour la première fois dans une élection par les « candidats d’extrême gauche ». A la base du virage anti-libéral radical du PCF, il y a à n’en pas douter l’expérience douloureuse de la punition électorale qu’a donné l’électorat ouvrier et populaire au renégat Robert Hue. Mais il y a aussi le fait que l’attaque du capital, surtout depuis novembre/décembre 1995, avec la casse des retraites du privé puis du public, a visé les bastions du mouvement ouvrier qui ont le plus bénéficié des conquêtes sociales d’après guerre et dans lesquelles on retrouve l’aristocratie ouvrière, voire la bureaucratie ouvrière, et la petite bourgeoise. Le chômage de masse, résultat des licenciements de masse organisés dans les années 80 par la social-démocratie, a laminé les « bastions ouvriers » dans la métallurgie, les mines, etc. L’extension des liens entre multinationales donneuses d’ordre et petits patrons, sous traitants comme exécutants, structure dorénavant le tissu économique ainsi fortement marqué par les petites unités de sous traitance à courte durée de vie et par les sociétés d’intérim qui prennent la place de l’ANPE. Non seulement ce système massifie la précarité des travailleurs, mais la faillite des petits patrons (ils sont près de 2 millions dans le pays) devient structurelle. Peu à peu, aucune couche du monde du travail, de la classe ouvrière, du prolétariat -y compris le nouveau prolétariat surqualifié des centres de recherche-, n’échappe à la remise en cause des acquis sociaux, des conquêtes sociales.

Les bastions traditionnels où le prolétariat était fortement concentré dans des grandes unités de production comme les mines, la sidérurgie, la métallurgie, la chimie, etc., ont été démantelées dans le cadre du processus de la division européenne du travail à l’échelle de la Communauté Economique Européenne (CEE) puis de l’Union Européenne (UE). Ce réaménagement de la spécialisation dans certains secteurs par les fusions et rachats pour fonder de grands groupes industriels et financiers a affaibli la classe ouvrière en France. Ce processus a été renforcé par la délocalisation des entreprises à faible composition organique du capital employant une main d’œuvre nombreuse.  

Pour vaincre les résistances ouvrières isolées par un manque de solidarité du au réformisme politique et syndical, la stratégie des gouvernements successifs de droite et de gauche a été d’éviter l’attaque globale pour diviser et donc mieux régner. Les fractions du monde du travail ont été attaquées et vaincues les unes après les autres. L’exemple de la retraite est à ce propos édifiant : D’abord en 1993 le secteur privé est passé sans lutte significative de 37,5 annuités de cotisation pour une retraite complète à 40 annuités ; puis 10 ans plus tard en 2003, c’est le tour du secteur public avec à la clef une propagande bourgeoise fortement médiatisée sur le thème des « fonctionnaires privilégiés ».

L’offensive libérale a provoqué un processus de différenciation au sein même du mouvement ouvrier, au sein du monde du travail. Une ligne d’affrontement émerge peu à peu au sein des organisations ouvrières syndicales et politiques entre ceux qui défendent le système au nom de l’inexistence d’alternative au capitalisme et ceux qui cherchent une autre voie dans la formule alter-mondialiste « un autre monde est possible ». Cette différenciation se nourrit des luttes sociales et politiques telles que le recul imposé par la jeunesse au gouvernement de droite sur le projet anti-social du CPE, la résistance extraordinaire des sans papiers en lutte continue depuis plus de 10 ans, le formidable mouvement gréviste de novembre/décembre 95 piloté par les cheminots, celle des marins et dockers de Marseille et de Corse, les luttes souvent vaincues contre les délocalisations, celles des intermittents, des paysans, etc.

L’opposition aux politiques libérales devient ainsi un facteur de rapprochement entre les tenants de la tradition ouvrière communiste incarnée par le PCF dans la mémoire collective et ceux symbolisant les résistances sociales actuelles très souvent labellisées « alter-mondialistes ». La lutte à l’usine ; c’est le PCF. Les luttes sociétales types paysans, intermittents, chômeurs, sans papiers, anti-racistes, féministes, c’est alter-mondialiste. Le mouvement alter-mondialiste naissant à l’époque a pu ainsi observer le rôle important et décisif du PCF dans la campagne du NON à Maastricht. Puis l’occasion de la campagne victorieuse du NON au référendum sur la constitution européenne fut une étape où la tactique du « marcher séparément pour frapper ensemble » se montra efficace.

Mais il faut dire que si le besoin de résister, de riposter aux attaques anti-sociales de la bourgeoisie pousse à l’unité d’action, l’origine historique, la nature sociale et politique des organisations et surtout leur projet stratégique à long terme revient systématiquement au galop. Cet obstacle s’est révélé insurmontable lors du choix du nom du candidat unitaire et unique du camp anti-libéral pour la présidentielle 2007.

L’enjeu des traditions, de l’héritage,
des cultures sociales, politiques, idéologiques


Questions complexes difficiles à éclaircir. Lénine disait que la meilleure méthode consiste à « séparer l’essence de l’apparent ». Essayons comme nous avons tenté de le faire jusqu’ici d’appliquer cette méthodologie marxiste léniniste.

Le PCF a révisé le Marxisme-Léninisme en abandonnant en 1976 la dictature du prolétariat, en adoptant la stratégie opportuniste de la conquête du pouvoir de classe par la voie parlementaire, en abandonnant l’internationalisme prolétarien au profit de l’eurocommunisme, puis en rééditant le « socialisme ministérialiste » du 19e siècle en 1981. Enfin, quand survint la chute du mur de Berlin, ce fut la couardise et la débandade idéologique foudroyant le parti, et la fuite en avant dans la « mutation » social-démocrate et la collaboration de classe au gouvernement (« gauche plurielle »). Mais ce qui reste de la base ainsi dépossédée du pouvoir au sein du parti reste pour une part importante ouvrière. On peut vérifier cela par le fait que très souvent les dirigeants ouvriers des luttes sociales actuelles sont pour beaucoup soit des adhérents, soit des sympathisants du PCF. Les départs successifs de militants qui vont fonder la Coordination Communiste, l’URCF, le PRCF, Rouges Vifs, Communistes, etc. n’ont pas, loin de là, vidé le PCF de sa substance ouvrière. Même si sur le plan idéologique et organisationnel la liquidation des positions révolutionnaires est très avancée dans le PCF, des éléments combatifs à la base y sont encore relativement nombreux. La faillite électorale à laquelle a conduit la « mutation » a poussé à réorienter l’action du PCF en direction des luttes alter-mondialistes et de plus en plus de militants du PCF se sont engagés dans l’animation des associations et la participation aux forums sociaux. Ces facteurs sont à la base du virage anti-libéral qui a fait jouer au PCF, d’abord contre le traité de Maastricht, puis contre le TCE, le rôle objectif de principal parti politique du camp du NON. C’est cela aussi qui explique, du moins en partie, l’engagement du PCF dans l’expérience des Collectifs anti-libéraux. 

Le PCF, parti révolutionnaire du Congrès de Tours, a été à la direction des grandes luttes sociales et nationales qui ont contraint le capital aux concessions sociales et démocratiques, « acquis » aujourd’hui en voie de liquidation. Même si le PCF de l’époque de Thorez et Duclos n’a rien à voir sur le plan idéologique, politique, organisationnel et électoral avec l’actuel PCF social-démocratisé, un certain héritage, des traits pérennes ont traversé le temps et continuent à œuvrer en profondeur au sein du mouvement ouvrier et donc au sein des organisations politiques et syndicales ouvrières.

Les traditions guesdistes ouvriéristes demeurent présentes au sein du PCF et cohabitent avec les traditions jauressistes démocratiques petites bourgeoises comme le démontrent notre texte intitulé Contribution à l’histoire du PCF, des Origines au Front Populaire (tome 1). Le rapport non critique à la révolution bourgeoise de 1789/1793 est à l’origine de l’existence de deux tendances historiques au sein du mouvement ouvrier en France : la déviation ouvriériste ou guesdisme qui consiste à ne s’occuper que des questions ouvrières, à absolutiser les luttes économiques, les luttes de classe « pures » des ouvriers. Déviation que l’on retrouve au sein du PCF à différents moments de l’évolution historique, mais aussi chez les formations trotskistes comme LO. La déviation petite bourgeoise jauressiste qui consiste à absolutiser les questions démocratiques, les questions dites « sociétales », à les porter aux nues, à les considérer prioritaires par rapport aux questions spécialement « ouvrières ». Si de l’époque de Thorez à celle de Marchais, le PCF était traversé par ces déviations contradictoires, on les retrouve toujours au sein du PCF social-démocratisé avec même plus d’ampleur.

A l’époque de l’Internationale Communiste, ces déviations étaient combattues dans le PCF avec, notamment l’aide du mouvement communiste international. Tendances lourdes du mouvement ouvrier et populaires, elles caractérisent aussi fondamentalement le mouvement alter-mondialiste. Les désastres écologiques sont par exemple considérés comme des conséquences du « productivisme » et non du capitalisme, d’où les critiques de type « comportementalistes » individuels. Une autre tendance lourde imposée par le travail de sape de la bourgeoisie est la sous-estimation, voire une certaine ignorance de l’importance politique fondamentale de l’expérience révolutionnaire de la Commune dans le pays même où elle s’est déroulée. Une des déviations historiques du mouvement ouvrier et populaire a été d’idolâtrer « la République » comme « Etat au dessus des classes » au contraire de ce qu’enseigne l’expérience révolutionnaire de la Commune théorisée par Karl Marx. 

Rappelons que ces courants idéologiques et politiques de l’actuel front anti-libéral – PCF mutant, LO, LCR, Verts, Républicains de gauche – se sont aussi très souvent combattus durant des décennies avant la « chute du Mur de Berlin ». Ces courants ont été tous porteurs de projets de « réforme du communisme ». La « défaite de l’URSS » a ainsi été perçue par les uns et les autres comme une occasion d’en finir avec le « modèle stalinien ». Chacun à sa manière a affûté ses ambitions « réformatrices » tout en subissant des évolutions imposées par la nécessité du combat anti-libéral. Nous avons ici à faire à la dialectique entre ce qu’impose la situation réelle (ce que veulent les masses) et les désirs de chaque formation (ce que veulent les partis). Interfère aussi la réalité de la paupérisation des « classes moyennes » représentées par les courants non prolétarien altermondialistes.

Dès 1974, LO entamait le projet de concurrence électorale à la présidentielle, « Arlette » devenant la coqueluche « d’extrême gauche » des grands médias bourgeois. La LCR, après la vieille expérience électorale de la présidentielle de 1969 où Krivine fit 1%, ne reprend ses aventures électorales à partir de 2002 qu’avec la nouvelle coqueluche des médias bourgeois, le « postier » Besancenot. L’objectif politique des trois formations trotskistes – LO, LCR, PT – est de damer le pion au PCF électoralement. LO cherche à capter l’électorat ouvrier de plus en plus abandonné par le PCF dans sa dérive opportuniste de « mutation ». La LCR et les Verts, souvent ex-maoïstes, s’orientent vers l’électorat des « classes moyennes », des luttes dites « sociétales ». Le PT veut attirer la frange anti-européenne de l’électorat ouvrier. Il n’est donc pas surprenant que LO, la LCR et le PT aient boudé, puis pour la LCR saboté dès le départ, l’expérience des Collectifs anti-libéraux (la LCR a toutefois choisi de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier en envoyant sa « minorité » dans le processus unitaire).

La stratégie du capital est d’empêcher la reconstruction d’un parti communiste révolutionnaire s’inspirant de la seule expérience révolutionnaire ayant vaincu la bourgeoisie dans un pays et édifié une société socialiste débarrassée de la propriété privée des moyens de production. Sur ce point précis la bourgeoisie voit tout l’intérêt pour elle d’avoir une « gauche de la gauche » trotskiste/social-démocrate/écologiste. Les forces politiques sur lesquelles compte le capital pour faire obstacle à la reconstruction d’un parti de la révolution socialiste sont les suivantes:

- D’abord il y a la « mutation » enclenchée par la direction du PCF, qui se résume à une transformation en parti social-démocrate avec des tendances reconnues en son sein. Ce projet en cours illustre tout le danger que constitue la stratégie de la « renaissance ou de la reconquête communiste» du PCF. Il faut une rupture politique claire et nette, préservant la capacité d’une propagande et d’une agitation communiste réelle tout en gardant les liens d’unité d’action avec la base et parfois le sommet du PCF. L’affaiblissement électoral du PCF résulte de la colère des classes populaires contre l’abandon de la lutte des classes, sa participation aux gouvernements patronaux et sa dépendance de plus en plus grande vis à vis du PS pour ses élus nationaux (députés) et locaux (collectivités territoriales). Une partie des ouvriers – moins nombreuse que l’affirment la bourgeoisie et ses sociologues - allant même se réfugier dans le vote FN. Le processus de liquidation du PCF même muté vient de franchir une étape nouvelle avec les appels émanant à la fois de l’intérieur du PS et du PCF à la « fusion »/liquidation par la création d’un « parti de la gauche ». Historiquement la bourgeoisie a d’abord affaibli idéologiquement le PCF en détruisant de l’intérieur avec l’aide des révisionnistes ses fondements marxistes-léninistes, puis l’a affaibli sur le plan organisationnel par la liquidation des cellules d’entreprises et de sa direction prolétarienne, tout en l’inféodant au PS sur le plan électoral. Il s’agit maintenant de lui substituer les trotskistes sur la scène médiatico-électorale. La bourgeoisie est en effet consciente que la tradition et la culture ouvrière et communiste qui marque le PCF et qui peut, avec son nouveau virage anti-libéral, continuer à inspirer les jeunes générations, ses liens – affaiblis mais toujours existants - avec le monde du travail, sont objectivement un facteur de résistance anti-libérale aujourd’hui, notamment dans les usines, dans les entreprises et les lieux de travail. Une partie significative de la base militante ouvrière et populaire du PCF peut (et devra) participer demain à une possible et nécessaire recomposition politique Marxiste-Léniniste. - Ensuite il y a le projet d’un grand parti trotskiste à la « gauche » du PCF, notamment l’alliance ou la fusion LO, LCR, PT et autres groupes trotskistes. Cette perspective butte sur les rivalités entre les formations trotskistes. LO et LCR n’étant parvenues à se présenter ensemble que pour les élections européennes (voir notre texte intitulé Victoire populaire de classe du NON au Référendum sur le TCE, Quelles leçons ?). Leur unité idéologique pro-européenne facilite une telle unité, mais la concurrence entre elles, voire le partage de rôle ciblant la classe ouvrière pour LO et les « classes moyennes » pour la LCR, priment souvent dans les élections nationales. Puis il y a les Verts chez qui se retrouvent bon nombre d’ex-maoïstes qui ont la charge de capter les éléments des classes moyennes de sensibilité écologiste pour les détourner des questions sociales.

- Enfin, autour de la candidature Bové s’agitent des militants anti-partis, viscéralement anti-communistes, dont le projet est un « linkspartei » à la « gauche de la gauche » dans lequel doivent se diluer les partis existants et les « militants-citoyens » individuels. L’Humanité présente ainsi les thèses de ce courant: « Condamnée par le stalinisme, mise au rencard après la déconstruction du mur de Berlin, anémiée par l’échec du « tiers-mondisme », l’idée même de « révolution » aurait-elle aussi entraîné dans sa chute celle de « réformes » véritables, les forces politiques ayant longtemps véhiculé cette ambition, se contentant aujourd’hui d’accompagner l’évolution du capitalisme ? C’est en tout cas à partir du double échec du soviétisme (qui a porté un coup meurtrier à l’idée de transformation radicale) et de la social-démocratie (qui prétendait changer les choses par d’autres voies) qu’Yves Salesse, conseiller d’État, président de la Fondation Copernic, a entrepris, avec « Réformes et Révolution : propositions pour une gauche de gauche », de tenter de repenser, dans le monde d’aujourd’hui, ce que pourraient être les contours d’un « projet » susceptible de refonder la conviction que le capitalisme n’est pas « la fin de l’histoire », et qu’une alternative est possible – « qui ne soit pas pire ». Ne rêvons plus aux « lendemains qui chantent », dit-il en substance, mais définissons « des axes pour une transformation sociale, ici et maintenant ». Impulsion démocratique, invention de nouvelles formes « d’appropriation sociale », réforme de l’État articulée aux mobilisations et aux formes d’« auto-organisation qui peuvent exister dans la société » : autant d’éléments mis en débat, de même que l’objectif explicite de contribuer, par ce biais, à la « recomposition d’une vaste force anticapitaliste », toutes choses sur lesquelles il s’explique dans un entretien à l’Humanité. Signe des temps ? Le lecteur sera peut-être surpris par une certaine proximité entre les problématiques esquissées par Yves Salesse et les réflexions de l’économiste Michel Husson, qui publie ces jours-ci le « Grand Bluff capitaliste », un ouvrage dans lequel il entend à la fois contredire la prétention du capitalisme à « incarner la modernité » et montrer que les conditions se créent pour l’émergence d’un « anticapitalisme moderne et radical ». Paraphrasant Che Guevara, et insistant à sa façon sur le fait que « le débat sur réforme et révolution » se présente « dans une configuration nouvelle », Michel Husson écrit, dans le texte que l’on lira ci-contre : Le premier devoir des révolutionnaires, c’est de faire des réformes » (le 14/01/07). Il n’y a vraiment rien de nouveau, c’est une recherche vaine et réformiste d’une « troisième voie » inspirée par les réformistes de la social-démocratie internationale – Bernstein, plus tard Kautsky, etc. - après la défaite de la première Révolution Ouvrière en France en 1871, la Commune.  

L’essence de classe des théories révisionnistes de « gauche », notamment les groupes de la constellation trotskiste et les nihilistes de « la troisième voie » a été ainsi décrite dans le programme de l’Internationale Communiste à son VIe Congrès en 1928 : « Le Communisme se heurte, d’autre part à divers courants petits-bourgeois reflétant et exprimant les fluctuations des couches sociales instables (petite bourgeoise urbaine, moyenne bourgeoisie en voie de dissolution, prolétariat en guenilles – Lumpenprolétariat -, bohêmes intellectuels déclassés, artisans tombés dans la misère, certains groupes de paysans et maints autres éléments). Ces courants, qui se distinguent par une extrême instabilité politique, dissimulent souvent sous une phraséologie de gauche une politique de droite ou tombent dans l’aventurisme, substituant à la connaissance objective des forces en présence une bruyante gesticulation politique, passant fréquemment de la « surenchère » révolutionnaire la plus insolente au plus profond pessimisme et à de véritables capitulations devant l’ennemi. Ces courants peuvent, dans certaines conditions, surtout au moment de changements brusques dans la situation politique et dans la nécessité de reculs momentanés, jouer dans les rangs du prolétariat un rôle désorganisateur des plus dangereux et entraver ainsi le mouvement ouvrier révolutionnaire ». On a ici l’explication scientifique de la base de classe du comportement désorganisateur et diviseur des formations trotskistes et des tenants trotskisants de la « troisième voie » dans la lutte pour forger un front anti-libéral, lesquels vont jusqu’au scandaleux amalgame bourgeois « stalinisme = hitlérisme ».  

L’élection pour construire un nouveau rapport de force :

L’exemple latino – américain

Avec la défaite de l’URSS et du camp socialiste dans le bras de fer historique qui l’a opposé au camp capitaliste, le rapport de force au plan international a été temporairement renversé. Le prolétariat, le mouvement communiste et révolutionnaire international et les peuples opprimés subissent la re-mondialisation du capitalisme. Les forces révolutionnaires ont ainsi été acculées à la défensive, à la résistance, pour ne pas être broyées par la machine infernale prédatrice de l’offensive impérialiste qui agresse tous les acquis sociaux, démocratiques, nationaux, culturels arrachés dans la période précédente par le prolétariat, les peuples, le mouvement communiste et révolutionnaire international.

Dans la période d’avant « la chute du mur de Berlin », l’existence de l’URSS, du camp socialiste, a contribué, articulée au niveau d’organisation des luttes nationales, aux victoires révolutionnaires directes en 1949 avec la révolution nationale démocratique populaire anti-impérialiste en Chine, en 1953 en Corée du Nord, en 1959 à Cuba, en 1946, puis en 1976 au Vietnam, etc. Elle a permis l’avènement des régimes des Démocraties Populaires dans les pays d’Europe de l’Est entre 1945 et 1947, conséquence de la victoire de l’URSS et des peuples contre le nazisme et le fascisme mondial. Ces victoires furent aussi réelles que l’aide, y compris électorale, des impérialistes US et anglais au maintien du capitalisme du coté des pays d’Europe de l’Ouest, contrairement au mensonge propagé par les impérialistes sur les prétendues « fraudes électorales des communistes » lors des élections issues des accords de Yalta.

Dans le contexte international actuel de contre-révolution bourgeoise impérialiste, les résistances nationales, démocratiques, anti-impérialistes, malgré le rapport de force encore favorable aux impérialistes et à leurs alliés bourgeois nationaux compradores, se manifestent dans certaines victoires électorales, notamment en Amérique Latine. Les luttes sociales, nationales et démocratiques débouchent par-ci par-là sur des victoires électorales mettant au pouvoir, à l’instar de Salvador Allende au Chili dans les années 70, des révolutionnaires, des patriotes démocrates anti-impérialistes, des anti-libéraux. Cette évolution correspond à une nouvelle étape, succédant à la période de défaite, marquée par la montée en puissance progressive des résistances sociales, populaires et nationales. C’est ainsi qu’il faut comprendre les victoires électorales des peuples français et néerlandais lors des référendums sur la Constitution Européenne et la récente percée électorale du camp du NON au Pays-Bas pour les législatives récentes. C’est aussi cela qu’expriment les victoires électorales de Lula au Brésil, de Chavez au Venezuela, de Morales en Bolivie, d’Ortega au Nicaragua, de Correa en Equateur, etc., et la contestation électorale de millions d’électeurs Mexicains en faveur d’Obrador au Mexique contre la fraude du candidat pro-US. En Amérique Latine, la lutte anti-impérialiste prend l’allure de victoires électorales des forces politiques révolutionnaires ayant rompu avec la social-démocratie, voire s’opposant à celle-ci sur les plans idéologique et politique.

Les représentants officiels de l’Internationale Socialiste en Amérique latine révèlent ainsi clairement en pratique leur nature d’agents de l’impérialisme, en particulier de la domination US sur « son arrière cour ». Mais cette résistance va au delà et se propage peu à peu sur tous les continents. C’est ainsi que les fraudes électorales, les conséquences du Tsunami et la contestation qui s’en est suivie a débouché au Népal et au Sri Lanka sur la lutte armée actuelle contre les monarchies pro-impérialistes. En Afrique, cela s’est traduit par les victoires électorales de Mugabe au Zimbabwe, la victoire électorale et la résistance de Gbagbo en Côte d’ivoire contre les stratagèmes de la françafrique, etc. Tous ces exemples non exhaustifs manifestent à des degrés différents les résistances des peuples, y compris sur le plan électoral, à la re-mondialisation, à la re-colonisation capitaliste.

Ces victoires électorales sont le contre-pied de l’utilisation par l’UE et par les USA des élections pour prendre le contrôle de pays entiers et poursuivre le démantèlement des Etats nations ou multinationaux. C’est le cas des prétendues « révolutions à fleurs » en Ukraine, en Georgie, en ex-Yougoslavie, etc.

Cependant il est clair que quand les impérialistes et les bourgeois nationaux compradores sont électoralement mis en échec par la volonté populaire au profit des forces objectivement anti-impérialistes, l’impérialisme n’hésite pas à revenir à sa vieille tradition des coups d’état, comme celui qui a échoué au Venezuela contre Chavez ou celui réalisé au Togo par Eyadéma fils.

Ces expériences électorales, en Amérique Latine en particulier, doivent être étudiées par les communistes révolutionnaires et les anti-libéraux. Ils doivent s’en inspirer et, à partir du scalpel  léniniste de l’analyse concrète d’une situation concrète, développer l’unité d’action nécessaire pour construire un front populaire anti-libéral capable de briser la bipolarisation politique droite/« gauche » imposée par le capital pour pérenniser son système économique et sa dictature de classe sur le pays. Séparer les particularités nationales de l’essentiel, pour apprendre des expériences, mêmes de pays arriérés sous le rapport du mode de production capitaliste, est une méthode scientifique marxiste-léniniste applicable tant à l’expérience de la Commune et à de la Révolution Bolchevique, qu’aux expériences en cours en ce début du 21e siècle, lesquelles s’inspirent et s’appuient sur la résistance exemplaire et le rôle d’avant-garde de la Révolution Cubaine.    

Paraphrasons Karl Kautsky en 1902 dans son article « Les slaves et la révolution » cité par Lénine dans La Maladie Infantile du Communisme, le « Gauchisme » : « Actuellement (contrairement à 1848), on peut penser que non seulement les slaves ont pris rang parmi les peuples révolutionnaires mais aussi que le centre de gravité de la pensée et de l’action révolutionnaire se déplace de plus en plus d’Occident en Orient. Dans la première moitié du XIXe siècle, il se situait en France, et par moments, en Angleterre. En 1848, l’Allemagne à son tour prit rang parmi les nations révolutionnaires… le siècle nouveau commence par des évènements qui nous font penser que nous allons au devant d’un nouveau déplacement du centre de la révolution, précisément son déplacement en Russie…La Russie, qui a puisé en Occident tant d’initiative révolutionnaire, est maintenant, peut-être, sur le point d’être pour lui, à son tour, une source d’énergie révolutionnaire (…) Ils féconderont les pousses de la révolution sociale dans le monde civilisé tout entier, ils les feront s’épanouir en une floraison plus luxuriante et plus rapide. En 1848, les slaves furent le gel rigoureux qui fit périr les fleurs du printemps populaire. Peut-être leur sera t-il donné maintenant d’être la tempête qui rompra la glace de la réaction et apportera impétueusement un nouveau, un radieux printemps pour les peuples » (Maladie Infantile du Communisme, édition du progrès, p.10). C’était en 1902, quinze ans avant la Révolution Bolchevik d’Octobre 1917 qui devait confirmer l’analyse marxiste de Karl Kautsky quand il était encore un révolutionnaire conséquent. Ces paroles ne sont-elles pas aujourd’hui applicables à l’Amérique latine, à Cuba et au Venezuela ?

Signalons encore que la résistance des peuples prend aussi la forme de victoires politiques et militaires en plus des victoires électorales. C’est le cas récemment au Liban et de plus en plus en Irak. La barbare provocation/piège d’Israël dont l’un des buts étaient d’entraîner la Syrie et l’Iran dans la guerre a échoué. L’assassinat de P. Gemayel est sans doute un prolongement du stratagème sioniste, qui à défaut de la guerre avec la Syrie, cherche à provoquer une guerre civile au Liban. Israël continue de pousser à la guerre civile au sein même de la résistance héroïque du peuple palestinien. Il en est de même en Irak où les USA pratiquent les mêmes politiques en organisant des attentats contre les civils dans le but de dresser les irakiens les uns contre les autres sur des bases confessionnelles et ethniques. La défaite électorale récente de Bush est ainsi à mettre au compte, notamment, des victoires militaires et politiques de la résistance en Irak et en Afghanistan. La formidable résistance de plus en plus victorieuse du peuple irakien est un boulet qui entrave le projet états-unien et sioniste de « guerre préventive et d’attaque nucléaire tactique » contre l’Iran. La possession unilatérale et exclusive de la bombe atomique que veulent imposer les impérialistes comme moyen de chantage pour soumettre les pays, les Etats et les peuples vient d’être battue en brèche par la Corée du nord.

Les résistances actuellement victorieuses sont parfois dirigées par les représentants politiques des classes féodales, aux contenus idéologiques moyenâgeux. Ce fait objectif est souvent instrumentalisé par l’impérialisme pour empêcher toute solidarité avec ces résistances nationales dans les pays faibles et dépendants. Les révolutionnaires prolétariens et les anti-libéraux doivent toujours garder en vue que ces luttes, au delà de la nature idéologique et de classe de ceux qui les dirigent, participent objectivement à l’affaiblissement de l’impérialisme, du capitalisme et donc facilitent jusqu’à un certain point le changement du rapport de force au bénéfice des forces révolutionnaires, patriotiques et de progrès. En ce sens, les résistances nationales mêmes dirigées par des bourgeoisies et/ou des féodalités nationalistes sont éminemment plus progressistes que les sociaux libéraux, les révisionnistes et autres renégats « modernes » qui capitulent devant l’impérialisme.

Selon la situation concrète de chaque peuple face à l’impérialisme déchaîné et libéré de la bride par laquelle le socialisme réel le tenait relativement en respect ; luttes politiques, militaires, grèves, manifestations, luttes électorales, alternent et se combinent dans le combat de classe et la lutte nationale des travailleurs et des peuples contre l’impérialisme. Ces luttes mettent au devant les revendications anti-libérales, patriotiques et démocratiques, étapes inévitables, nécessaires sur le chemin des futures révolutions prolétariennes et l’édification du socialisme dans un pays ou un groupe de pays à l’instar de la Révolution Bolchevik d’octobre 1917.

La tâche actuelle : construire le front anti-libéral
et une aile anti-capitaliste en son sein


La leçon à retenir de tout cela est que de façon générale et plus particulièrement dans le contexte actuel défavorable, les élections sont et peuvent être un moyen pour les anti-libéraux et les révolutionnaires, tout comme pour les impérialistes et leurs alliés bourgeois compradores, de mesurer et de faire évoluer le rapport de force pour réaliser des objectifs tactiques d’étapes. Dans notre document, intitulé Le Léninisme : Guide pour l’action révolutionnaire du prolétariat à l’époque de l’impérialisme, analysant les déviations de droite et surtout de « gauche » caractérisant le mouvement de la reconstruction communiste, nous écrivions : « dans la phase actuelle de reconstruction de l’organisation politique d’avant-garde du prolétariat, notre tâche à nous est de lier dialectiquement le Que faire ? et la Maladie infantile du communisme comme guide pour l’action sur la base de cet enseignement fondamental de Lénine : la nécessité de tenir compte, avec une objectivité rigoureuse, des forces de classe et du rapport de ces forces, avant d’engager une action politique quelconque » (8 avril 2004).

Et pourtant force est de constater que les multiples organisations marxiste-léninistes se fixant l’objectif de « construire » ou de « reconstruire » le parti communiste révolutionnaire ont appelé à l’abstention au premier tour et au second tour de la présidentielle 2007. Contre le sectarisme abstentionniste au sein des groupes marxistes-léninistes, le Cercle Henri Barbusse soutient la Coordination Communiste 59 pour son appel clair et net d’abord pour une candidature unique et unitaire du front anti-libéral pour battre la candidate social-libérale PS, ensuite, face à l’échec de la désunion, l’appel au vote Buffet au premier tour et à l’utilisation du bulletin Royal pour battre Sarkozy au second tour.

Si le doctrinarisme de gauche est souvent « une sorte de châtiment pour les déviations opportunistes du mouvement ouvrier », châtiment juvénile, Lénine avertissait déjà dans les années 20 que le « doctrinarisme de gauche dans le mouvement communiste international est, à l’heure présente, mille fois moins dangereux et moins grave que l’erreur représentée par le doctrinarisme de droite ; mais cela vient uniquement de ce que le communisme de gauche est une tendance de formation récente, qui ne fait que naître » (La maladie infantile du communisme). Comme il est démontré sur le plan théorique dans notre document cité ci-dessus, du triomphe du révisionnisme à la tête du Mouvement Communiste International au milieu des années 50 à la restauration du capitalisme en URSS entre les années 80/90, le mouvement communiste a été miné à la fois par le doctrinarisme de droite (opportunisme, réformisme) et le doctrinarisme de gauche (sectarisme petit bourgeois) ainsi devenu un « vice enraciné » comme le prévoyait Lénine lui même. C’est pourquoi dans notre document nous précisions : « Lénine parle de « doctrinarisme de gauche » et non de telle ou telle autre forme particulière que peut prendre « la maladie infantile du communisme » ou encore comme l’appelle aussi Lénine « l’esprit révolutionnaire petit-bourgeois ». En effet, de l’anarchisme au trotskisme (selon l’époque et la version), en passant par le « luxembourgisme », le « bordiguisme » ou encore le maoïsme (selon l’époque et la version), toutes ces déviations sont des variétés, des formes et non l’essence de ce que Lénine appelle le « doctrinarisme de gauche ou maladie infantile du communisme ». Prenant différentes formes, ces variétés du « gauchisme sectaire » peuvent se traduire et se traduisent dans des organisations spécifiques qui se combattent mêmes les unes les autres. Cela ne doit pas nous cacher le fait que ces organisations appartiennent toutes quant au fond à une seule et même déviation : le doctrinarisme de gauche, qui peut même, comme cela a été le cas maintes fois dans l’histoire de la lutte de classe, conduire à une capitulation de droite » (idem).

Ainsi on est frappé par le fait que trois sources sont à la base de l’abstentionnisme qui a caractérisé la majorité des groupes de la reconstruction du parti communiste marxiste-léniniste : d’abord le rejet de l’opportunisme de droite du PCF, justifié mais souvent mêlé de rancœur subjectiviste, ensuite la confusion sur la nature anti-libérale et non anti-capitaliste des forces en présence, l’ignorance du rapport réel des forces et la non prise en compte du sentiment d’impuissance au sein des masses, conséquence des défaites successives des combats de classe, enfin la négation des projets de recomposition politique anti-communiste de la bourgeoisie.

En effet, les uns ne font aucune différence entre le PCF même social-démocratisé et les formations trotskistes ou mao-écologistes, ce qui les isolent de la base, notamment ouvrière, de ce parti qui fut le nôtre, et dont nous partageons l’histoire révolutionnaire de sa fondation au Congrès de Tours comme section française de l’Internationale Communiste jusqu’à la victoire du révisionnisme khrouchtchévien dans les années 50/60. D’autres confondent la nécessaire propagande communiste sur la nature de classe de l’Etat capitaliste contre les théories bourgeoises de « l’Etat démocratique au dessus des classes » avec l’incontournable prise en compte, pour ne pas se laisser marginaliser vis à vis des masses, de la nécessaire participation aux combats électoraux structurant de fait la vie politique dans un pays de vieille démocratie bourgeoise comme la France. Certains s’enlisent dans la répétition de formules apprises par cœur – ils appellent cela du marxisme-léninisme (?!) - sans aucun effort d’analyse concrète de la situation concrète et de prise en compte du rapport des forces dans sa réalité objective.     

Les multiples groupes issus du PCF ayant le projet de « construire » ou de « reconstruire » un parti marxiste-léniniste se sont fourvoyés dans des appels à « l’abstention » en dehors de toute prise en compte du mouvement réel.

Près de 85% de participation au vote est un indice indéniable de cette incapacité que dénonçait Lénine quand il enseignait que « le tout est justement de ne pas croire que ce qui a fait son temps pour nous (les militants) a fait son temps pour la classe, a fait son temps pour les masses » (La maladie infantile du communisme, Edition du Progrès). Cette vérité indiscutable devrait être méditée par nos abstentionnistes, qui empruntent plus à l’anarchisme qu’au marxisme-léninisme en ce qui concerne les tactiques électorales et la question des élections. Dans les vieilles démocraties bourgeoises comme la France et comme la plupart des pays de l’UE et d’Amérique du Nord, la participation aux luttes électorales est un apprentissage obligatoire pour amener les masses laborieuses à la nécessité de la révolution prolétarienne. Aujourd’hui, dans un contexte de contre-révolution et de défaite idéologique et politique du prolétariat mondial, l’abstentionnisme conduit à la marginalisation et à l’auto-destruction. 

Dans les années 20 alors que le rapport des forces progressait plutôt en faveur du monde du travail et des forces communistes, Lénine enseignait que « si même ce ne sont pas des « millions » et des « légions » mais simplement une minorité assez importante d’ouvriers d’usines qui suivent les prêtres catholiques – et d’ouvriers agricoles qui suivent les grands propriétaires fonciers et les koulaks – il en résulte déjà sans le moindre doute que le parlementarisme…n’a pas encore fait son temps politiquement, que la participation aux élections parlementaires et à la lutte du haut de la tribune parlementaire est obligatoire pour le parti du prolétariat révolutionnaire afin précisément d’éduquer les couches retardataires de sa classe, afin précisément d’éveiller et d’éclairer la masse inculte, opprimée et ignorante des campagnes. Tant que vous n’êtes pas de force à dissoudre le parlement bourgeois et toutes les autres institutions réactionnaires, vous devez travailler dans ces institutions précisément parce qu’il s’y trouve encore des ouvriers abrutis par la prêtraille et par l’atmosphère étouffante des trous de province » (idem). Lénine poursuit : « C’est justement parce qu’en Europe occidentale les masses arriérées d’ouvriers et, plus encore, de petits paysans sont, beaucoup plus fortement qu’en Russie, imprégnées de préjugés démocratiques-bourgeois et parlementaires, c’est justement pour cette raison que les communistes peuvent (et doivent), uniquement de l’intérieur d’institutions comme les parlements bourgeois, mener une lutte opiniâtre, de longue haleine et ne reculant devant aucune difficulté pour dénoncer, dissiper, vaincre ces préjugés » (idem).

Il s’agit donc ici de la préparation, de la méthode pour arriver à vaincre la bourgeoisie en amenant les classes opprimées à la conscience de la nécessité pratique de briser la machine d’Etat capitaliste. Il s’agit là de la question pratique de comment amener les masses laborieuses, le peuple à se convaincre par l’expérience qu’il faut renverser et abolir les institutions de la démocratie bourgeoise une des formes de la dictature de classe des capitalistes.

Cet enseignement de Lénine nous indique du coup comment il faut poser les vraies et bonnes questions pour contribuer à l’émergence d’un mouvement populaire anti-libéral sur la base de la victoire du NON au TCE, du retrait du CPE, la campagne du NON à Maastricht et les luttes ouvrières et sociales vaincues. L’avènement et la montée des résistances altermondialistes – ce terme s’est imposé à la place du terme « anti-mondialiste » comme une concession social-démocrate trotskisante au capitalisme – ont peu à peu attiré les représentants des forces associatives, politiques et syndicales sans mettre pour le moment en mouvement les grandes masses des travailleurs. Beaucoup ont trouvé dans les discours altermondialistes un début de réponse théorique et pratique à l’offensive libérale du capital libéré par la défaite du socialisme. La formule « un autre monde est possible » indique qu’il faut faire autrement, mais de quel autre monde s’agit-il ? Le socialisme n’est ni l’alternative, ni la perspective des « penseurs » altermondialistes. Mais la résistance contre la politique libérale de casse sociale s’est emparée de ce point d’appui défensif au cœur des luttes ouvrières et populaires. Cette situation nécessite l’intervention des marxiste-léninistes pour participer à la construction du front anti-libéral rassemblant toutes les forces anti-libérales et l’élargir le plus possible aux masses laborieuses. Les marxiste-léninistes peuvent et doivent former l’aile anti-capitaliste du front anti-libéral en construction pour y frayer la voie à la ré-émergence d’un parti communiste véritable, héritier du PCF « section du Komintern » né à Tours.            

Les abstentionnistes marxiste-léninistes d’aujourd’hui opposent et confondent ce travail politique incontournable et la lutte idéologique continue contre les opportunistes pour expliquer la juste définition d’Engels selon laquelle le suffrage universel est en régime capitaliste « l'indice qui permet de mesurer la maturité de la classe ouvrière. Il ne peut être rien de plus, il ne sera jamais rien de plus dans l'Etat actuel » ; que les élections en régime capitaliste, c’est « décider périodiquement, pour un certain nombre d'années, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, écrasera le peuple au Parlement, telle est l'essence véritable du parlementarisme bourgeois, non seulement dans les monarchies constitutionnelles parlementaires, mais encore dans les républiques les plus démocratiques » (L’Etat et la Révolution) ; que « toute l'histoire de la démocratie bourgeoise a fait de la tribune parlementaire, notamment dans les pays avancés, la principale ou l'une des principales arènes des duperies financières et politique, de l'arrivisme, de l'hypocrisie, de l'oppression des travailleurs » (thèses du IIe congrès de l’Internationale Communiste (1920) ; que « tout Etat où existe la propriété privée de la terre et des moyens de production, où règne le capital, est un Etat capitaliste, une machine aux mains des capitalistes pour maintenir dans la soumission la classe ouvrière et la paysannerie pauvre. Le suffrage universel, l’Assemblée constituante, le Parlement, ne sont que la forme, une sorte de lettre de change, qui ne changent rien au fond » (De l’Etat, Lénine) et que « La forme que revêt la domination de l'Etat peut différer : le capital manifeste sa puissance d’une certaine façon là où existe une certaine forme, d'une autre façon là où la forme est autre; mais, somme toute, le pouvoir reste aux mains du capital, que le régime soit censitaire ou non, même si la république est démocratique ; mieux encore : cette domination du capitalisme est d’autant plus brutale, d’autant plus cynique que la république est plus démocratique » (De l’Etat, Lénine).

Ce travail idéologique et politique est obligatoire pour rallier l’avant-garde ouvrière et les couches exploitées afin de réaliser à terme la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier. Les communistes doivent mener une lutte opiniâtre de longue haleine, de toutes leurs forces et par tous les moyens, pour détruire toutes les illusions des éléments avancés et combatifs, des « militants acteurs du mouvement social » pour reprendre un jargon « alter-mondialiste » sur la prétendue « neutralité, impartialité de l’Etat » entre les classes sociales. Chaque lutte sociale, chaque grève, chaque manifestation réprimée, chaque procès contre des responsables syndicaux, des organisateurs ou simple manifestants, chaque atteinte aux libertés démocratiques doit être une occasion pour démontrer le mensonge des théories révisionnistes, opportunistes, réformistes et pour rétablir clairement par des foules de faits et d’exemples vécus par les travailleurs la nature de classe de l’Etat bourgeois. Toute notre propagande et agitation doit reposer sur les trois formes d’aides à la lutte de classe que distinguait Lénine : D’abord « développer la conscience de classe des ouvriers, c’est-à-dire la compréhension par ceux-ci du fait que pour améliorer leur sort et réaliser leur émancipation, il n’est pas d’autre moyen que de lutter contre la classe des capitalistes et des fabricants qui sont apparus avec les grandes fabriques et usines. C’est ensuite la compréhension du fait que les intérêts de tous les ouvriers d’un pays sont identiques, solidaires, que tous les ouvriers constituent une même classe distincte de toutes les autres classes de la société. C’est enfin, la compréhension du fait que pour parvenir à leurs fins, les ouvriers doivent nécessairement chercher à influer sur les affaires de l’Etat, comme l’ont fait et continuent de le faire les grands propriétaires fonciers et les capitalistes » (Exposé et commentaire du projet de programme du parti social-démocrate, textes sur les syndicats, éd. du Progrès idem, p.38). Pour élever le mouvement ouvrier, à cette prise de conscience, l’activité d’aide des communistes marxiste-léninistes doit consister « à leur indiquer les besoins vitaux essentiels pour la satisfaction desquels ils doivent lutter, à analyser les causes de l’aggravation particulière de la situation de telle ou telle catégorie d’ouvriers, à leur expliquer les lois ouvrières... Cette aide doit consister à formuler avec plus de précision et de netteté les revendications des ouvriers et les énoncer publiquement, à choisir le meilleur moment pour résister et la méthode de lutte, à analyser la situation et les forces des deux parties en présence, à examiner s’il ne serait pas préférable de recourir à une autre méthode de lutte, etc. » (idem). Ce travail, qui a fait la force historique, idéologique, politique du PCF à l’époque « section française de l’Internationale Communiste », doit être repris pour soustraire en particulier l’avant-garde ouvrière, les ouvriers combatifs souvent encore adhérents ou sympathisants à l’influence nocive du PCF social-démocratisé, des trotskistes et écologistes d’aujourd’hui.

Cette lutte idéologique et politique ne s’oppose donc pas et doit être complétée par le travail d’implication, d’intervention et d’actions unitaires anti-libérales sur le terrain avec toutes les forces luttant ensemble contre les attaques du capital pour la construction d’un front anti-libéral le plus large possible.

Les abstentionnistes en sont restés à la critique du « communisme du PCF » alors qu’il s’agissait dans le débat sur les élections de se prononcer sur l’anti-libéralisme actuel du PCF, lequel d’ailleurs confond lui même anti-libéralisme et anti-capitalisme. L’abstention est en réalité une désertion du terrain politique pour toute force qui a d’une manière ou d’une autre contribué à la victoire du NON au TCE. Ainsi nos abstentionnistes abandonnent le terrain aux manœuvres politiciennes des forces anti-communistes qui pullulent dans le front anti-libéral. Dans les circonstances actuelles et vu l’état réel du rapport de force, le principal danger qui menace les communistes « constructeurs » ou « reconstructeurs » est l’isolement sectaire vis à vis des masses ouvrières et populaires qui conduit à une mort politique certaine. Ce que nos abstentionnistes ne voient pas, c’est ce qui a bougé, ce qui a évolué, ce qui a changé ou ce qui est en train de subir des transformations dans la société, dans le mouvement ouvrier et populaire et partant dans les organisations politiques et syndicales. Le PCF, les trotskistes et écologistes sont des forces anti-communistes, anti-marxistes-léninistes, mais ces forces sont actives et hégémoniques dans les résistances ouvrières et populaires anti-libérales d’aujourd’hui. Le capital lamine toute résistance ouvrière et populaire, le sentiment d’impuissance écrase la volonté des masses. Le combat idéologique contre le réformisme n’est nullement incompatible avec l’unité d’action dans le combat de classe y compris sur le plan électoral. Il n’y a pas et ne peut y avoir de muraille de Chine infranchissable entre la tactique « classe contre classe » et la tactique du « front unique » ou du « front populaire ». Voilà l’essence de l’erreur de nos camarades abstentionnistes, erreur dont les traces remontent loin dans l’histoire du mouvement communiste.     

 

Le virage anti-libéral actuel en cours dans le PCF et des autres composantes du front anti-libéral populaire en construction favorise jusqu’à un certain point la possibilité d’émergence d’un front anti-libéral. Mais comme nous l’avons démontré dans cette réflexion, toutes les conditions pour y arriver ne sont pas encore arrivées à maturité. Dans toutes les expériences des victoires électorales, notamment en Amérique latine, y compris celles du NON en France et au Pays Bas, le front anti-libéral et patriotique anti-impérialiste a traversé une période expérimentale d’unité d’action pour résister aux agressions multiples des forces libérales. Nous passons et passerons ici aussi par une telle phase d’échecs relatifs pour repartir toujours de l’avant en raison même des nécessités imposées par la vie. L’étape du front anti-libéral pour résister et créer un nouveau rapport de force est la voie de passage obligée pour frayer un chemin à l’édification du parti communiste véritablement révolutionnaire et pour transformer le front anti-libéral en force anti-capitaliste.

C’est pourquoi nous devons assimiler ce qu’enseigne Lénine : « toute l’histoire du bolchévisme, avant et après la Révolution d’Octobre, abonde en exemples de louvoiement, d’ententes et de compromis avec les autres partis, y compris les partis bourgeois ! » (La maladie infantile). C’est ce qu’explique aussi le Comité Exécutif de l’Internationale Communiste contre les tenants de la « maladie infantile du communisme » dans les années 20 et 30 : « Le Comité Exécutif de l’IC croit utile de rappeler à tous les partis frères les expériences des Bolcheviks russes, dont le parti est le seul qui ait jusqu’à présent réussi à vaincre la bourgeoisie et à s’emparer du pouvoir. Pendant les quinze années qui s’étendent entre la naissance du Bolchevisme et sa victoire (1903-1917), celui-ci n’a jamais cessé de combattre le réformisme ou, ce qui revient au même, le menchevisme. Mais pendant ce laps de temps, les Bolcheviks ont à plusieurs reprises passé des accords avec les Mencheviks. La première scission formelle eut lieu au printemps de 1905. Mais sous l’influence irrésistible d’un mouvement ouvrier de vaste envergure, les Bolcheviks formèrent la même année un front commun avec les Mencheviks. La seconde scission formelle eut lieu en 1912. Mais, de 1905 à 1912, la scission alterna avec des unions et des accords temporaires (en 1906, 1907 et 1910). Unions et accords ne se produisirent pas seulement à la suite des péripéties de la lutte entre fractions, mais surtout sous la pression des grandes masses ouvrières éveillées à la vie politique et qui voulaient voir par elles-mêmes si les voies du Menchevisme s’écartaient véritablement de la révolution. Peu avant la guerre impérialiste, le nouveau mouvement révolutionnaire qui suivit la grève de la Léna engendra dans les masses prolétariennes une puissante aspiration à l’unité, que les dirigeants du Menchevisme s’évertuèrent à exploiter à leur profit, comme le font aujourd’hui les leaders des internationales « socialistes » et ceux de l’Internationale d’Amsterdam. A cette époque les Bolcheviks ne se refusèrent pas au front unique. Loin de là, ils adoptèrent le mot d’ordre de « l’unité à la base », c'est-à-dire de l’unité des masses ouvrières dans l’action révolutionnaire pratique contre la bourgeoisie. L’expérience montra que c’était là la seule voie vraie tactique. Modifiée selon les temps et les lieux, cette tactique gagna au communisme l’immense majorité des meilleurs éléments prolétariens Mencheviks » (Quatre Premiers Congrès de l’IC, 1919-1923). 

A la question pourquoi les Bolcheviks ont vaincu, Lénine donnait la réponse suivante dans « Une des conditions essentielles du succès des Bolchéviks » : « C’est premièrement la haute conscience de l’avant-garde prolétarienne, son dévouement à la révolution, sa maîtrise de soi, son esprit de sacrifice, son héroïsme. C’est, deuxièmement, son aptitude à se lier, à se rapprocher et, si vous voulez, à se fondre jusqu’à un certain point avec la masse la plus large des travailleurs, au premier chef avec la masse prolétarienne mais aussi avec la masse non prolétarienne des travailleurs. Troisièmement, c’est la justesse de la direction politique exercée par cette avant-garde, la justesse de sa stratégie et de sa tactique politiques, à condition que les plus larges masses se convainquent de cette justesse par leur propre expérience (…) d’autres parts ces conditions ne peuvent pas surgir d’emblée. Elles ne se réalisent qu’au prix d’un long travail, d’une dure expérience ; leur réalisation est facilitée par une théorie révolutionnaire juste qui, de son côté, n’apparaît pas comme un dogme mais ne prend finalement forme qu’en liaison étroite avec la pratique d’un mouvement réellement de masse et réellement révolutionnaire » (Maladie infantile du communisme, Edition du Progrès, p.14).

C’est à cette source que nous devons, tout en évitant les écueils du doctrinarisme de droite (opportunisme) et de « gauche » (gauchisme), nous abreuver car elle reste un guide pour l’action révolutionnaire dans les conditions nouvelles nées de la défaite du socialisme réel et de l’URSS.

 

Le 1er mai 2007


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