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Travail, Famille, Patrie, Sarkozy...

Burqa, mosquées, candidate voilée, auvergnats, drapeaux algériens, marseillaise… de faux débat en faux débat, les valeurs de Vichy éclipsent celles du Front Populaire

« Et au coeur de notre projet pour la France, il y a la valeur travail, la valeur du travail.

C’est dans la famille qu’on transmet la morale et les principes de vie commune.

On fait de la politique par amour de sa patrie ; »

Ces trois phrases ne sont pas extraites d'un discours de Pétain ou Laval, mais bien du discours de Xavier Bertrand au Conseil National du Mouvement Populaire le 28 Novembre 2009[1], pour appuyer le lancement du « grand » débat sur l'identité nationale.

Un retour aux valeurs et aux méthodes de Vichy…

Depuis que Brice Hortefeux a inauguré son Ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale, par une conférence européenne sur l’immigration à Vichy en Novembre 2007, jamais les valeurs du gouvernement qui y a siégé de 1940 à 1944 n’auront été autant au centre des débats imposés par les classes dominantes à la société française.

Cette « droite décomplexée » agit sur plusieurs axes, à commencer par l’institutionnalisation des valeurs de Vichy au plus haut niveau de l’état. La création du « Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire » qui protège l’identité nationale en luttant contre les immigrés, n’a rien à envier au « Commissariat général aux questions juives » créé par Pierre Laval en 1942. La famille, venue se greffer au ministère du travail pour créer l’inédit « Ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville » de Xavier Darcos, et voilà « Travail, Famille et Patrie » propulsés sur le fronton de nos Ministères. On y cherche en vain une référence à la liberté, l’égalité ou la fraternité. D’autre part, le lancement par l’état français d’un « grand » débat sur l’identité nationale en Novembre 2009, en pleine crise, est une démarche presque ouvertement xénophobe au regard des grands thèmes officiellement proposés[2] : Travail, Famille, Patrie (évidemment), fierté, carte d’identité, sang, tradition, drapeau, musulmans (avec un S, ils sont beaucoup !), Burqa, étranger, …

Le deuxième axe de cette droite décomplexée est de distiller quotidiennement ces valeurs au travers du discours politique. Sous couvert de références approximatives à Jaurès, Jean Moulin, Guy Moquet, Sarkozy avait déjà bien préparé le terrain lors de sa campagne de 2007, avec des phrases telles que « Dans la République française, il y a 2000 ans de chrétienté que nous avons intégré à la morale laïque française », « la France on l’aime ou on la quitte », « le travail c’est la liberté » (Arbeit macht frei en allemand). Obéissant à la voix de leur maître, les dociles Bertrand, Hortefeux, Besson, et consorts rivalisent d’imagination pour asséner quotidiennement des phrases telles que « Comme il faut sortir notre drapeau. Si nous le gardons dans notre poche, comment s’étonner ensuite que certains en sortent un autre ! »[3]. C’est d’ailleurs cette réorientation politique qui a permis à Philippe de Villiers et son Mouvement pour la France, de rallier en Août 2009 les rangs de l’UMP, tirant ainsi un peu plus le mouvement vers l’extrême droite.

Le troisième axe est de créer et d’orchestrer la polémique pour banaliser la xénophobie et plus particulièrement l’islamophobie. Sous Pétain, on caricaturait le Juif, le métèque, l’africain, sous Sarkozy les exemples équivalents sont légion.  Rappelons notamment le fameux « C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes » de Brice Hortefeux en parlant des auvergnats basanés, et le non moins savoureux « Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c'est qu'il aime son pays, c'est qu'il trouve un travail, c'est qu'il ne parle pas le verlan, qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers » de Nadine Morano lors d'un débat sur l'identité nationale le 14 décembre 2009. Sans oublier la promotion de l’islamophobe anti-arabe Philippe Val à la tête de France Inter, et qui fut directement nommé par Sarkozy en avril 2009, mais aussi l’importation du débat suisse sur la construction de nouvelles mosquées, ou bien encore l’invention  du débat sur le port de la Burqa début 2010, qui était quasiment inexistant en France… A chaque fois, on éteint les flammes pour la « gauche bien pensante » tout en soufflant sur les braises pour rendre l’UMP sympathique aux yeux de l’extrême droite.

Le quatrième axe, certainement le plus violent, est l’application d’une répression sociale et ethnique sans garde-fou. Même si tout le monde est maintenant sûr que ce n’était pas pour gagner plus, Sarkozy n’a jamais caché son intention de nous faire travailler plus. Sous Pétain, on interdisait les syndicats, sous Sarkozy on casse le mouvement syndical, on réprime les syndicalistes, on s’attaque au droit du travail, aux 35h, aux statuts de la fonction publique, on repousse l’âge de la retraite, on autorise le travail le dimanche bref, on accentue l’exploitation silencieuse des masses et on « réhabilite la valeur travail ».

Sous Pétain, la loi du 27 septembre 1940 relative aux « étrangers en surnombre dans l’économie nationale » permettait de les priver de la protection du droit du travail et de les expulser s’ils avaient perdu leur emploi, sous Sarkozy, le petit milicien zélé Eric Besson a battu tous les records d’expulsions en 2009 : il ne devait expulser que 27.000 étrangers et a finalement réussi à en expulser 29.288. Mais il aura fallu pour cela transformer toute la France en centre de rétention, démanteler des organismes de protection comme la Cimade, pourchasser les enfants de sans-papiers jusque dans les écoles, arrêter des centaines de milliers de personnes au faciès, rafler des sans-papiers aux quatre coins du pays, même s’ils travaillent en France, s’ils ont une famille en France, ou si leur pays d’origine est en guerre, comme l’Afghanistan. Il aura également fallu réduire sévèrement le nombre de renouvellements de cartes de séjour, afin de créer plus de nouveaux sans-papiers à expulser.

pour camoufler les effets de la crise du capitalisme et imposer la paix sociale

L’objectif du président, de son gouvernement, et des classes dominantes avec lesquelles ils sont mariés, est triple :

Flatter la France pétainiste, boulangiste ou lepeniste selon les époques, et chouchouter son électorat d’extrême droite, qui lui a été si précieux en 2007, comme il pourrait l’être en 2012,

Occuper l’espace médiatique de faux débat en faux débat pour éviter de ne parler que des conséquences dramatiques de la crise du capitalisme, que les classes populaires payent si chèrement et si violemment (délocalisations, fermetures, casse des services publics, de la protection sociale, du droit du travail, des retraites…), quand d’autres savourent leurs primes à l’abri de leur confortable bouclier fiscal.

Diviser la France « d’en bas » sur des critères de religion, d’état-civil ou même de faciès. Le musulman, le sans-papier ou simplement le basané est ainsi pointé du doigt et désigné comme le plus grave danger mettant en péril la république. La recette est ancienne en politique française, mais elle est malheureusement toujours payante, tantôt pour la droite, tantôt pour le PS.

Sarkozysme n’est pas fascisme, mais…

Le capitalisme n’a pas encore poussé son dernier soupir, et ce n’est que quand la bourgeoisie n’a plus d’autre alternative, comme à la fin des années 30 en France ou en Allemagne, qu’elle choisit d’abandonner la démocratie bourgeoise libérale au profit de régimes plus autoritaires tels que le fascisme, afin de conserver leur position dominante.

Attention donc de ne pas cependant qualifier de manière abusive le sarkozysme de fascisme, car c’est objectivement faux, et qu’à force de qualifier n’importe quel système de fasciste, on risque de ne pas le reconnaître si les classes dominantes sont amenées à y recourir pour éviter une révolution.

On peut se référer à l’excellente définition du fascisme qu’a donné le camarade Georgi Dimitrov:

« Le fascisme est une dictature terroriste, ouverte, des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier »[4]

Comme nous l’avons vu, les éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capitalisme financier ont maintenant un cadre pour s’exprimer sereinement et officiellement (au moment même où le communisme est criminalisé à l’échelle de l’Europe).

Le caractère dictatorial du pouvoir sarkozyste n’est certes ni terroriste, ni ouvert, et n’est donc pas fasciste (si c’était le cas, cet article ne pourrait certainement pas être rendu public), mais on peut le qualifier à bien des égards de fascisant :

- diabolisation du bouc-émissaire musulman, du communisme, du syndicalisme…

- banalisation de l’omniprésence de la police et de l’armée dans notre espace public, vigipirate aidant,

- méthodes terroristes pour traquer les sans -papiers (rafles de Calais…), l’extrême gauche (affaire Julien Coupat)…

- fusion des renseignements généraux et de la DST, utilisation du fichage à des fins répressives avec la mise en place de l’EDVIRSP (Exploitation documentaire et valorisation de l’information relative à la sécurité publique), qui succède à EDVIGE, la dimension sécurité en plus,

- centralisation des pouvoirs dans les mains du président ou de son gouvernement servile (nomination et révocations des présidents de médias publics, des présentateurs de JT, des journalistes de presse écrite, des juges d’instruction…)

- glorification du chef, auquel tous les ministres, tels des perroquets, prêtent toutes les vertus, citant son nom, son prénom et son poste 2 à 3 fois par phrase ; « le président Nicolas Sarkozy à dit.. »

- arbitraire de quasiment toutes ces décisions, et contrôle direct sur des décisions en dehors de ses attributions (candidature de Jean Sarkozy à l’EPAD, acharnement contre Villepin…)

- négation de la démocratie quand il impose le traité de Lisbonne par la loi alors que les français l’avaient rejeté par référendum.

Ce caractère fascisant est d'autant plus ouvert qu'en jouant sur le racisme et l'islamophobie, les classes dirigeantes ont donné une deuxième jeunesse au Front National et fait resurgir le fascisme décomplexé, les skinheads et autres nazillons aux 4 coins de la France. Ce mouvement a d'autant moins de chances de s'apaiser que la stratégie de Sarkozy s'est bel et bien fixée après sa fessée régionale : lâcher l'écologie et laisser les verts au centre gauche en appuyant sur les divergences avec le PS, phagocyter les chiraquiens et villepinistes, et draguer encore plus ouvertement et intensivement l'extrême droite.



Contre ces faux débats qui divisent, contre les valeurs de Vichy,

contre la xénophobie et l’islamophobie d’état, contre la répression sociale et ethnique,

luttons contre la fascisation de la France et mettons la lutte des classes au centre du débat public et politique !




[2] Voir la sympathique sphère des « grands thèmes » sur  http://www.debatidentitenationale.fr/organisation/les-objectifs-du-debat.html

[3] Discours de Xavier Bertrand au Conseil National du Mouvement Populaire le 28 Novembre 2009.

[4] « L’offensive du fascisme et les tâches de l’IC pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme », 1930




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