Chers
camarades,
Depuis 9 mois la
candidature de Jean-Luc Mélenchon, annoncée par
celui-ci en février 2016, fait débat chez les militants
communistes, que ce soit au sein du PCF, ou au sein des organisations
communistes extérieures au PCF.
Dans ce débat, il
nous semble que bon nombre de militants oublient l’objectif
principal qui doit nous guider : être utile aux masses,
être utile au développement de la lutte de classe.
Or quels sont les besoins
des masses aujourd’hui ? Il s’agit de résister
à la broyeuse libérale antisociale pilotée par
le MEDEF et le gouvernement PS, sous la férule de l’Union
Européenne. Il s’agit d’exprimer politiquement le
rejet des politiques libérales, austéritaires,
antisyndicales, racistes, guerrières, qui pavent la voie au
fascisme. Il s’agit, plus spécifiquement, de dénoncer
et battre ce parti de trahison sociale qu’est le PS, lequel
parti passe encore, aux yeux de millions de gens, pour être de
« gauche », c’est-à-dire, dans
l’esprit commun, pour être un parti se plaçant
« du côté des travailleurs et de la justice
sociale ».
Or
le rejet populaire des politiques libérales (dont par exemple
le rejet de la loi El Khomri, qui a aggravé le fossé
avec le PS) et le rejet des politiciens y compris corrompus (cf.
Cahuzac) qui incarnent ces politiques – rejets qui s’expriment
en partie dans l’abstention aux différentes élections
– peuvent s’exprimer aujourd’hui positivement par
un vote de masse en faveur d’un candidat en capacité de
briser la domination politique du PS sur la « gauche ».
Le verrou du bipartisme « gauche/PS » contre
« droite », qui alimente le FN (dénonciateur
de « l’UMPS »), peut sauter par le vote
Mélenchon, ce qui ouvrira ainsi un
espace politique aux forces révolutionnaires.
Battre le PS
Militer pour le vote
Mélenchon à la présidentielle, et viser qu’il
passe devant le candidat PS, c’est travailler à défaire
l’hégémonie du PS et donc du coup favoriser
l’alternative à sa gauche. Jean-Luc Mélenchon est
certes un social-démocrate de gauche, mais il représente
de fait la séparation en cours entre les libéraux et
les antilibéraux (forcément inconséquents) au
sein de la social-démocratie. C’est un processus
objectif produit par l’aggravation de la crise du capitalisme,
ses conséquences sur les masses et la montée de la
menace fasciste. De larges couches de la société,
notamment des couches dites moyennes soutiens traditionnels de la
social-démocratie, sont touchées par la crise du
système capitaliste, par la gestion libérale de
celle-ci, et rentrent en opposition avec le système et les
partis qui le défendent. Mélenchon est le reflet et le
catalyseur de ce processus, processus qui a atteint aujourd’hui
un stade tel que la social-démocratie libérale (le PS)
peut perdre son hégémonie sur la « gauche ».
Les forces communistes
doivent rompre avec le PS pour participer à ce front de
résistance mené par Mélenchon, l’adversaire
du moment du PS. Si demain nous voulons aller plus loin, obtenir des
changements plus décisifs, il convient de commencer d’abord,
avec Mélenchon, de mettre à bas la domination de la
social-démocratie libérale.
Etre un pas en avant
des masses, ce n’est pas se couper d’elles
Certes Mélenchon
n’est pas communiste, mais ce n’est pas cela qui est posé
dans une démarche de front. Chavez au Venezuela ne l’était
pas plus, mais cela n’a pas empêché le Parti
Communiste Vénézuélien de le soutenir, lui et
son « Mouvement pour la Vème République ».
Ce qui importe, c’est
l’objectif commun, et il faut mettre en avant la personnalité
la plus capable de faire progresser le front en direction de cet
objectif, voire d’atteindre l’objectif.
D’aucuns diront
qu’il n’y a pas réellement de « front »,
en ce sens que la « France Insoumise » -
puisque tel est le nom de la structure qui soutient sa campagne-
n’est pas un front constitué de différents
partis, comme pouvait l’être le « Front de
Gauche ». Mais s’arrêter à cela n’est
que s’attacher à la forme, au détriment du fond,
qui doit primer : qu’importe si la « France
Insoumise » n’est qu’un mouvement construit
autour du PG, ce qui nous intéresse c’est le sens et
l’objectif de cette campagne, et ce que représente
Mélenchon pour de larges masses. Or il incarne bien la
résistance populaire actuelle, ce qu’illustrait par
exemple la présence sur le plateau de la Convention
programmatique à Lille de représentants des principales
luttes sociales du moment ; et le mouvement ouvrier et populaire
passera de la défensive à l’offensive en
soutenant et promouvant cette candidature.
Marx
disait dans Le Manifeste que « les
communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres
partis ouvriers.
(…) Ils
sont la fraction la plus résolue des partis ouvriers » ;
« Dans
les différentes phases que traversent la lutte entre
prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les
intérêts du mouvement dans sa totalité ».
Il faut bien comprendre
par là que les communistes, tout en ayant leur propre
organisation qui ne se dilue jamais (tout comme le PC vénézuélien
ne se dilua pas dans le PSUV), sont partie prenante des différentes
phases du combat mené par les travailleurs, tout en continuant
à viser plus loin. Ainsi, ouvrir le chemin ultérieur
vers la révolution, dans le contexte actuel de régression
sauvage et de menace fasciste, c’est aujourd’hui bâtir
un solide front de résistance aux attaques libérales et
surmonter la domination politique de la social-démocratie
libérale.
Programme minimum et
programme maximum
Dire qu’il faut un
« programme communiste » pour cette élection
présidentielle, et critiquer le programme de Mélenchon
à cette aune-là, n’est pas une approche juste :
le « programme » pour une candidature à
une élection présidentielle est nécessairement
un « programme minimum » qui correspond aux
besoins immédiats de la lutte des masses et qui peut mettre en
mouvement ces masses, et non pas le « programme maximum »
qui est le programme de la révolution et de la construction de
la société socialiste étape vers le communisme.
Lénine et les bolchéviks, en 1917, réclamaient
la paix et la terre, mesures qui, en soi, n’étaient pas
« communistes » : la distribution de la
terre aux paysans était même une mesure démocratique
bourgeoise, mais c’était la mesure qui correspondait aux
besoins du moment des masses paysannes sans terre.
Il ne faut donc pas
rejeter le programme de Mélenchon en le déclarant
« non-communiste », ce qui n’a pas grand
sens, mais le prendre pour ce qu’il est (un programme immédiat
qui correspond aux besoins immédiats de la lutte de classe),
un programme même assez avancé sur la question
européenne par exemple, ce qui n’empêche qu’il
peut être et doit être critiqué (dans un esprit
constructif) et amélioré pour qu’il réponde
au mieux aux besoins immédiats des masses. Mais mettre cela en
avant, critiquer tel ou tel aspect du programme (alors que le
programme du PCF par exemple est tout aussi critiquable) pour refuser
de soutenir Mélenchon est tout simplement un prétexte
pour ne pas répondre à la question décisive qui
est le besoin objectif des masses de sanctionner dans les urnes le PS
libéral, de se défendre et d’aller à la
contre-offensive avec la candidature Mélenchon.
Sur la question de la
« candidature communiste »
Il en est de même
de la notion de « candidature communiste ».
Nous comprenons la volonté de militants qui souffrent de la
dérive réformiste et opportuniste de leur Parti de
vouloir absolument retrouver une « identité
communiste » menacée et de vouloir porter une
« parole communiste » dans cette campagne. Mais
il y a là une confusion : tout d’abord une
candidature portée par le PCF ne sera pas, ipso facto, une
« candidature communiste », mais simplement une
« candidature PCF », sauf à vouloir
attribuer au terme « communiste » simplement la
signification usuelle de « membre du PCF ».
Ensuite, à
supposer que le candidat choisi soit réellement communiste (et
pas un simple social-démocrate travesti en communiste comme
l’est Pierre Laurent), cette candidature n’en sera pas
plus efficace dans la lutte de classe, au vu de l’objectif
atteignable du moment qui est de contester et même battre la
domination du PS. Car aujourd’hui l’enjeu est bien d’être
en capacité d’exprimer la révolte populaire et de
battre le PS, et Mélenchon – l’homme qui a déjà
obtenu 4 millions de voix sur son nom en 2012 et qui a une très
forte popularité au sein du peuple de gauche – est le
seul aujourd’hui en capacité d’atteindre cet
objectif, qu’on l’aime ou pas, qu’on le veuille ou
non. Il nous faut le meilleur candidat capable de porter ce programme
immédiat ; c’est l’objectif qui détermine
le candidat. Tout comme, dans un syndicat, celui qu’on choisit
comme dirigeant, est celui qui est le meneur, le plus à même
de faire avancer la lutte et le camp des travailleurs. Alors oui,
souvent, ce meneur peut être justement un militant communiste,
et c’était souvent le cas quand le PCF était
authentiquement communiste et composé principalement de
militants ouvriers très engagés.
Mais c’est de moins
en moins le cas, et cette élection présidentielle n’est
au fond que le révélateur de 40 ans de dérive
opportuniste et de liquidation du PCF : ce n’est pas
Mélenchon qui liquide le PCF, c’est au contraire la
liquidation du PCF qui amène Mélenchon (et, soit dit en
passant, le « tout sauf Mélenchon » ne
pourra par conséquent « traiter le mal »).
Il y a 35 ans, même
avec ses défauts, le PCF était encore capable d’avoir
un Georges Marchais tribun du peuple capable de fédérer
au-delà des rangs du PCF. Aujourd’hui, c’est un
Mélenchon, socialiste de gauche, qui joue ce rôle-là.
Il faut le voir.
D’aucuns
s’illusionnent, estimant qu’il suffirait de la
désignation d’un « candidat communiste »
doté d’un « programme communiste »
pour reprendre, de facto, une position dirigeante dans le mouvement
ouvrier et populaire, contre la social-démocratie. Seulement,
le fait pour les communistes d’être l’avant-garde
des fronts anticapitalistes, antifascistes et anti-impérialistes
n’a jamais été acquise « de droit »,
mais a toujours résulté d’un travail de terrain
acharné. Chemin faisant, les communistes avaient acquis une
place incontournable dans le mouvement ouvrier et populaire.
Aujourd’hui, nous devons acter nos reculs pour préparer
l’avenir, et non les nier en nous contentant de réaffirmer
nos succès d’hier.
D’autres camarades,
plus lucides face à la situation, mais arc-boutés sur
la nécessité d’avoir un « candidat
communiste », en viennent à définir d’autres
objectifs pour cette campagne présidentielle, reproduisant
sans s’en rendre compte les postures traditionnelles des
organisations trotskistes : il s’agit alors d’avoir
un « candidat communiste » coûte que
coûte, simplement pour « porter la parole
communiste », simplement pour témoigner finalement.
Que le mouvement communiste en soit réduit à cela est
une régression.
Certains cherchent à
justifier cela par une perspective à long terme :
« qu’importe si le score est faible, au moins on
aura sauvegardé notre existence et notre indépendance
et on pourra continuer à construire demain ». Mais
cela signifie sacrifier la possibilité de victoire immédiate
contre la social-démocratie libérale qui ouvrira une
respiration et un espace au mouvement ouvrier et, ce faisant, aux
forces révolutionnaires ; c’est diviser la
résistance au PS incarnée par Mélenchon et, de
facto, c’est favoriser le PS. C’est aussi ne pas prendre
la mesure du danger fasciste et de la nécessité de
faire émerger un pôle jouant à armes égales
avec les partis traditionnels PS/ droite de la bourgeoisie,
permettant d’attirer les déçus et autres
travailleurs dégoûtés de l’alternance
libérale eurocratique PS/droite.
Sur la question des
législatives
Souvent hélas, il
y a surtout des calculs d’appareil dans cette volonté
d’avoir absolument un « candidat communiste »,
en liant cette campagne présidentielle, même avec un
score faible, aux législatives à venir, enjeu décisif
(au-delà de la question du groupe parlementaire) pour l’accès
au financement public pendant 5 ans. Aux pragmatiques qui diront que
l’argent est le nerf de la guerre et qu’il est
politiquement essentiel de sauvegarder un groupe de députés
à l’Assemblée, nous dirons que rien de tout cela
n’est en réalité impossible avec la France
Insoumise. Mais qu’à force de traîner, cela
devient certes plus difficile. En fait, à force de rester
arrimé au PS pour avoir des « députés
communistes », on finit par tout perdre et, finalement,
seul le FN, parti fasciste, en profite.
Si Mélenchon a
annoncé que la France Insoumise désignerait 577
candidats aux législatives, il faut le lire en miroir du
travail que fait actuellement le PCF pour désigner aussi 577
candidats. Donc là n’est pas la question. Et il ne faut
pas en déduire que Mélenchon est prêt à
faire battre des députés sortants du Front de Gauche,
rien ne permet de l’affirmer. Ce n’est d’ailleurs
pas son intérêt. La question clef qui permettra d’ouvrir
une discussion/négociation, c’est bien entendu la
question des présidentielles, qui est la bataille cruciale. Il
est logique de concevoir que les élections législatives,
qui auront lieu 5 semaines après la présidentielle, se
fassent en lien avec elle.
Conclusion :
sachons saisir une opportunité historique !
Chers camarades,
En 2012, face à la
droite au pouvoir, le PS se présentait comme « force
principale d’opposition de gauche ». Le « Front
de Gauche », avec Mélenchon comme candidat,
émergeait en montrant aux yeux de larges masses qu’il y
avait une « autre gauche » plus combative, qui
voulait s’en prendre réellement aux maux de cette
société. 4 millions de voix (11%) se sont portées
sur Jean-Luc Mélenchon, retrouvant un score inédit pour
une candidature à la gauche du PS.
Aujourd’hui, après
5 années de destruction accélérée des
conquis sociaux et démocratiques par un gouvernement PS
clairement à la solde du MEDEF et de l’Union Européenne,
nous avons la possibilité avec Mélenchon de passer une
étape supérieure, celle de surpasser électoralement
le PS, décrédibilisant nettement ce Parti et permettant
ainsi d’ouvrir un nouveau chemin pour les forces progressistes.
Mélenchon futur
Tsipras ou Mitterrand?
D’aucuns ont
l’exemple grec à la bouche pour indiquer que dépasser
la social-démocratie, voire prendre le pouvoir, n’est
pas en soi un gage de succès pour les travailleurs si à
l’arrivée c’est une trahison à la Tsipras
qui nous attend. La référence à Mitterrand est
aussi faite.
A cela nous répondrons
que les combats que l’on mène, on n’est pas sûr
de les gagner, mais que les combats que l’on ne mène pas
sont perdus d’avance.
Mais il faut avoir perdu
le sens des réalités pour faire la fine bouche sur le
besoin de devancer toute candidature du PS alors que le mouvement
ouvrier est à ce point sur la défensive, qu’il
subit des coups très durs (voir notamment la très forte
répression antisyndicale), et que les travailleurs ont tout
simplement besoin de souffler, de relever la tête. Toute
avancée sur le front électoral de Mélenchon sera
vécue par des millions de gens comme une bouffée
d’oxygène, doublée d’une saine satisfaction
si le PS est à terre, dépassé. Ce sera un
puissant moteur permettant à la classe ouvrière de
reprendre confiance en elle, voire de repartir à l’offensive.
Comparaison n’est
pas raison. Chaque contexte politique est différent.
Mitterrand voulait « plumer la volaille communiste » ;
aujourd’hui voter Mélenchon, c’est « plumer
la volaille socialiste » !
A
quoi cela servira-t-il, demandent encore certains, si, au final,
c’est pour terminer 3ème
de la présidentielle derrière la droite et le FN ?
A cela nous répondons que briser la domination du PS sur la
« gauche » est en soi un objectif, puisqu’il
permettra ensuite une reconstruction de cette gauche dans laquelle le
mouvement communiste pourra jouer un rôle beaucoup plus
important qu’aujourd’hui, à condition bien sûr
que nous sachions nous rassembler dans et hors du PCF contre
l’opportunisme.
Mais un tel
questionnement interroge. Est-ce à dire que pour certains il
faille absolument trouver l’équation permettant à
la « gauche » (mais quelle gauche ?!) de
se trouver au second tour. Car, mis à part Mélenchon
lui-même (que certains analystes, encore rares bien sûr,
situent même à cette deuxième place), envisager
un « candidat de gauche » au second tour de la
présidentielle ne peut que vouloir dire soutenir un candidat
issu du PS. Or c’est précisément cela que le
peuple ne veut pas : faire croire qu’il y a une différence
entre la social-démocratie libérale incarnée par
le PS et la droite libérale.
Pour en finir avec la
social-démocratie libérale, il faut choisir Mélenchon !
A moins que…. le
secret espoir de certains (et notamment à la direction du PCF)
soit que ce soit un « frondeur » qui gagne la
« primaire du PS », un Montebourg par exemple
(qui semble le mieux placé des frondeurs). Auquel cas cette
direction du PCF jugerait « plus facile » de
faire accepter le ralliement du PCF dès le premier tour à
ce candidat du PS frondeur. Cela ne serait alors qu’une
tentative inacceptable de sauver le PS dans le vain espoir d’avoir
un retour d’ascenseur au moment des législatives.
Montebourg
représente l’illusion d’une « critique
de gauche » au sein du sérail. Le « Ministre
liquidateur de Florange », qui a soutenu l’arrivée
de Valls au poste de premier ministre, peut difficilement être
présenté comme un opposant de gauche, radical,
permettant d’ouvrir une alternative. Sa seule fonction est de
capter des voix au détriment de Mélenchon pour tenter
de sauver le PS ou tout au moins de limiter les dégâts.
Non,
il n’y a pas d’échappatoire possible, la seule
alternative aujourd’hui, c’est Mélenchon.
Toute tentative de
trouver un autre candidat, par la « gauche »
(candidature « communiste ») ou par la
« droite » (candidature PS « frondeur »),
que ce soit dès aujourd’hui ou demain après avoir
attendu les résultats de la « primaire du PS »,
ne peut qu’affaiblir le principal adversaire de gauche du PS
qu’est Mélenchon et, ce faisant, ne peut que favoriser
le PS et renforcer sa domination.
Nous appelons donc à
soutenir la candidature et à voter Mélenchon. C’est
travailler à se débarrasser de la plaie libérale
anti-populaire de la gauche du capital qu’est le PS.
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