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8 mai 2016 - Discours d'hommage aux soldats soviétiques morts en France en 1940 - 1945

Cimetière d'Haubourdin (Nord)

Discours prononcé par William Roger, Coordinateur de la Coordination Communiste à l'occasion du traditionnel hommage rendu au cimetière militaire d'Haubourdin aux soldats soviétiques évadés et engagés dans la résistance française pour combattre l'occupation nazie, comme aux “tirailleurs” africains enterrés dans ce même cimetière.


Chers amis, Chers camarades,

Comme chaque année, nous nous réunissons ici, au Cimetière militaire d’Haubourdin, pour rendre un double hommage à l’humanité résistante contre la barbarie. Hommage d’une part aux martyrs soviétiques morts en France entre 1940 et 1945, et hommage d’autre part aux soldats des troupes coloniales morts pour la libération de la France. Nous y reviendrons dans un deuxième temps, avec nos camarades du CSP59 qui arrivent en marchant de Lille.

Nous remercions de sa présence Monsieur le représentant de l’Ambassade de Russie en France, les amis de l’Association d’amitié France-Russie/CEI, la section d’Haubourdin du Parti Communiste Français, la Jeunesse Communiste du Nord.

Ici à Haubourdin, dans ce cimetière militaire, sont rassemblés plus de 200 tombes de partisans soviétiques morts sur le sol français pour la défaite du nazisme et la libération de la France de l’occupation. Pour la Coordination Communiste, leur rendre hommage, ici, c’est rendre hommage à des hommes oubliés, morts loin de leur patrie, qui ont participé à la Résistance française, une Résistance dont il faut rappeler le caractère multinational. C’est aussi rendre hommage, bien sûr, à l’URSS et à sa contribution décisive à la défaite du fascisme.

Qui étaient ces citoyens soviétiques enterrés ici sur notre sol ?

Pour l’essentiel, il s’agissait de prisonniers, militaires mais aussi civils, arrêtés par les Allemands sur le front de l’Est et transférés ici en France pour servir de main d’œuvre notamment dans les mines et pour participer à la construction du Mur de l’Atlantique ou à d’autres ouvrages défensifs. Environ 7300 hommes (civils requis et prisonniers de l’Armée Rouge) ont ainsi travaillé dans les mines du Nord-Pas-de-Calais. Auxquels s’ajoutaient des immigrés russes antifascistes, qui, dès mai 1941, participèrent d’ailleurs à la grande grève des mineurs, acte massif de la résistance de la classe ouvrière de la région.

Tous ces hommes participèrent directement à la Résistance intérieure, organisés pour l’essentiel dans deux organismes fondés par le PCF en octobre-décembre 1943 : d’une part « l’Union antifasciste des patriotes russes », centrée sur l’immigration russe en France ; d’autre part « le Comité Central des Prisonniers de Guerre Soviétiques ».

Les premières organisations clandestines des prisonniers de guerre soviétique furent créées au début d’octobre 1942 dans le camp de Beaumont-en-Artois (Hénin-Beaumont aujourd’hui) dans le Pas-de-Calais. Les initiateurs étaient des officiers de l’Armée Rouge ayant réussi à s’évader. A l’automne 1943 s’y joignit un nouvel évadé, lieutenant de l’Armée Rouge fait prisonnier à l’Est et transféré en France depuis février 1943 : Vassyl Poryk, qui deviendra le chef des partisans soviétiques FTP du Bassin Minier. A l’actif de son bataillon : 300 soldats et officiers nazis tués ou blessés, le déraillement de 11 convois militaires et 2 ponts détruits, des attaques de dépôts de munitions et de vivres, ainsi que la mise hors d’état de nuire de collabos notoires.

A la dernière étape de la libération de la France, jusque 10 000 Soviétiques formaient 55 détachements en France, sans compter les centaines de soviétiques intégrés dans des détachements soviéto-français ou internationaux. Un millier de partisans soviétiques ont participé à la libération de Paris. Dans le Nord-Pas-de-Calais, 10 détachements soviétiques ont combattu les occupants.

Ces héros ont contribué à notre libération. Ils ont été l’expression vivante de l’alliance libre des peuples libres qu’a signifié l’alliance antifasciste contre le nazisme.


Chers amis, Chers camarades,

Au-delà de ces combattants soviétiques morts en France, héros oubliés de la Résistance, il faut rendre hommage, en ce 8 mai, à l’URSS, qui a perdu 25 millions de ses enfants dans cette grande boucherie de la deuxième guerre mondiale déclenchée par le fascisme hitlérien.

En particulier ici en France, dans cet « occident capitaliste » où les héros médiatisés sont les Etats-Unis d’Amérique venus « sauver la pauvre Europe » en juin 1944, il importe de rétablir les faits en montrant l’apport décisif de l’URSS et de son Armée Rouge dans la victoire contre le nazisme.

Sur 783 divisions allemandes ayant participé aux différents fronts de la guerre, 670 ont été détruites par l’Armée Rouge. L’Armée Rouge a détruit 75% des avions allemands, des pièces d’artillerie et des blindés. 80% des victimes allemands l’ont été sur le front germano-soviétique, soit 3 millions de soldats.

C’est l’Armée Rouge qui a brisé l’armée nazie et qui a fourni l’effort principal pour la libération de l’Europe. Jusqu’au bout : même après le débarquement de Normandie – ce second front tant attendu par les Soviétiques pour les soulager un peu de l’effort principal qu’ils supportaient depuis 1941 – l’Allemagne avait 60 divisions mobilisées à l’Ouest en France et en Italie, mais devait maintenir 235 divisions contre l’Armée Rouge.

L’URSS a payé cher cet effort titanesque :

Un soviétique sur 7 a perdu la vie, 70 000 villes, cités et villages ont été détruites, ainsi que 98 000 fermes collectives. Au cours de la seule bataille de Stalingrad, l’Armée Rouge a eu plus de pertes que les Anglais et les Américains réunis pendant toute la guerre.

Ce rôle essentiel de l’URSS était forcément reconnu à l’époque. Churchill eut ce mot : « C’est l’Armée Rouge qui a tordu les tripes de la machine de guerre nazie ». Le Général de De Gaulle déclarait alors : « Les Français savent ce qu’a fait la Russie soviétique et savent que c’est elle qui a joué le rôle principal dans leur libération ».

Rôle principal n’a jamais voulu dire nier l’apport des autres nations partie prenante de cette grande coalition contre le fascisme. Et on peut féliciter l’intelligence de la direction politique de l’URSS de l’époque, du Parti Communiste d’Union Soviétique et de ses dirigeants d’avoir su éviter l’encerclement politique de l’URSS par les puissances capitalistes fascistes et les puissances capitalistes démocratiques peu enclines alors à se battre contre le fascisme à la fin des années 1930, et d’avoir su construire un véritable front antifasciste.

Outre l’ouverture -bien tardive- du second front sur le plan militaire, sur le plan économique la contribution des occidentaux a été dans la fourniture d’environ 10% des besoins économiques des soviétiques du temps de guerre, notamment 360 000 camions, 43 000 jeeps, 2 000 locomotives et 11 000 wagons, sans oublier les livraisons alimentaires. Certes la plupart de cette aide n’est parvenue qu’après la bataille de Stalingrad, mais elle a grandement facilité l’offensive stratégique soviétique de 1943-1945.


Chers amis, Chers camarades,

Pour continuer le combat contre le fascisme, la guerre et le capitalisme, nous ne pouvons pas être amnésiques. Nous devons nous inspirer du courage de ceux qui nous ont précédés. Qu’ils s’appellent Vassyl Poryk, Félicien Joly, Eusébio Ferrari, Tiemoko Garang Kouyaté ou Mohamed Lakhdar-Toumi.

Les temps sont durs, le 13 novembre à Paris ou le 22 mars à Bruxelles la barbarie a frappé, écho au cœur de l’occident des guerres impériales menées dans les pays dominés. Aujourd’hui comme hier, la bourgeoisie préfère parfois soutenir ou fabriquer des monstres afin de diviser les peuples, lutter contre leur esprit d’insoumission, restreindre leur capacité de résistance aux diktats des puissances impérialistes. Et ces monstres se retournent parfois contre leurs créateurs.

L’impérialisme, c’est-à-dire le capitalisme à son stade supérieur, veut écraser toute résistance de la classe ouvrière et du mouvement populaire à sa recherche permanente du profit maximum, et diviser les peuples pour mieux régner, en s’appuyant sur les différences ethniques ou religieuses. En Syrie, dans cette optique, ils ont joué avec le feu, vantant les mérites des barbares d’Al-Nosra contre le gouvernement de Bachar El-Assad. Et aujourd’hui encore, alors que l’Etat syrien lutte et remporte des victoires décisives contre les barbares de Daesh, avec l’aide des troupes russes, les puissances occidentales rechignent à s’unir aux forces de paix, et trouvent à redire quand – beau symbole – un orchestre symphonique russe vient redonner de la vie à la cité martyr de Palmyre. Encore une fois, dans un autre contexte, 70 ans après, la Russie est en première ligne pour sauver l’humanité de la folie meurtrière fasciste.

En France, cette situation nous donne l’état d’urgence. Le gouvernement étouffe nos libertés sur l’autel de sa politique de la canonnière. Il essaie de créer un climat de peur permanente, qui conduit jusqu’à interdire les fêtes des enfants dans les écoles. Quant au mouvement social en cours contre la loi El Khomri, il essuie les coups de matraque, les gaz lacrymogènes et les tirs de flash-ball d’un gouvernement qui a choisi la stratégie de la tension. A taper sur le mouvement social, à restreindre les espaces de liberté, on prépare le terrain au fascisme, qui se tient en embuscade et se frotte les mains.

Dans ce cimetière d’Haubourdin, soviétiques ici, tirailleurs des troupes coloniales là-bas, des centaines de jeunes gens sont morts en luttant contre le fascisme. Nous nous inclinons devant l’héroïsme de ces partisans soviétiques, morts loin de leur patrie pour la libération de l’humanité du joug nazi. Honneur aux combattants soviétiques !


Discours d’hommage
aux “tirailleurs” des troupes coloniales

Cimetière d’Haubourdin – 8 mai 2016


Chers amis, chers camarades,

La Coordination Communiste est ici dans ce cimetière militaire, tous les ans le 8 mai, pour rendre un double hommage : d’une part aux partisans soviétiques, oubliés de tous, qui ont combattu ici dans la Résistance et ont payé de leur vie ; d’autre part à ces autres oubliés, les ‘tirailleurs’, ces soldats originaires des colonies de l’empire français, qui ont participé activement à la lutte dans les rangs de l’armée française au cours des combats de la seconde guerre mondiale contre le fascisme hitlérien.

178000 Africains et Malgaches et 320 000 Maghrébins ont été appelés au combat dès 1939-1940, et souvent placés en première ligne lors des combats de mai-juin 1940, quand l’armée française en déroute faisait face à l’avancée des troupes allemandes. Ils paieront un lourd tribut : sur un total de 60 000 militaires français tués pendant l’invasion, un tiers appartiennent à ces troupes coloniales.

Après juin 1940, Pétain signant l’armistice avec l’Allemagne nazie, une nouvelle armée française – celle de la France libre - va être reconstituée par De Gaulle pour continuer le combat : les ‘tirailleurs’ vont être le fer de lance de cette nouvelle armée reconstituée pour une large part en Afrique. Ils seront de toutes les batailles, en Italie à Monte-Cassino, lors du débarquement de Provence en août 1944, en franchissant les premiers le Rhin en 1945. A la fin de la guerre, dans la 1ère armée du Général de Lattre de Tassigny, sur 550 000 hommes, on comptait 134 000 Algériens, 73 000 Marocains, 26 000 Tunisiens et 92 000 ressortissants d’Afrique Noire.

Dans la Résistance intérieure, les ex-tirailleurs étaient également présents : 5 000 Africains, évadés des camps de prisonniers allemands, ont rejoint les rangs des FFI. On se souvient par exemple du Guinéen Addi Ba, capturé en juin 1940 puis évadé en octobre 1940, qui participe à l’établissement du premier maquis des Vosges en 1943 et qui sera arrêté et fusillé à Epinal.

Sans oublier bien sûr, tous ces militants immigrés, souvent déjà engagés avant-guerre, qui ont poursuivi la lutte dans la Résistance, par exemple le militant communiste algérien Mohamed Lakhdar-Toumi, ouvrier métallurgiste, militant de la JC, engagé dans les FTP en 1942, déporté à Dachau, qui survivra et qui participera, plus tard, au soulèvement du 1er Novembre 1954, pour lequel il sera arrêté et interné jusqu’en 1961.

Tels étaient les hommes qui, hier, ont lutté pour notre liberté et dont certains sont morts dans ce combat. Personne ne peut l’oublier, personne ne doit l’oublier.

Nous voulons d’autant plus nous souvenir, nous militants du camp des travailleurs et du progrès social, que la France officielle, elle, a fait le choix de l’invisibilité de ces « indigènes » et de la non-reconnaissance réelle de leur apport. Il est vrai que dès le 8 mai 1945, la victoire acquise, l’heure n’était déjà plus à la reconnaissance mais à la répression : en Algérie, à Sétif, Guelma, Kherrata et dans tout le Constantinois, la France se retourna contre ceux qui venaient réclamer leur part de liberté. En mars 1947, les Malgaches subiront eux-aussi les foudres de la répression coloniale. Quelques mois plus tôt, en novembre 1946, les obus français s’étaient abattus sur Haiphong, prélude de la guerre d’Indochine.


Chers amis, chers camarades,

Hier, dans la Résistance militaire pour la libération de la France, nous avons lutté ensemble, au-delà de nos origines, de notre couleur de peau, de nos religions ! Aujourd’hui, contre l’exploitation capitaliste et pour les droits démocratiques, pour l’unité de la classe ouvrière, nous continuons le combat ensemble !



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