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Il est urgent de construire un Front Populaire antilibéral, antifasciste, antiguerre, pour ouvrir une alternative réellement de gauche!

Notre bilan des élections régionales 2015

Les élections régionales, en particulier en Nord-Pas-de-Calais/Picardie, - avec la première place accordée au FN, le faible score des forces de l’opposition de gauche divisée, le retrait du PS et la situation de duel FN / LesRépublicains au second tour – ont été un choc pour nombre de citoyens, pour nombre de militants de gauche.

Quand au second tour d’une élection, pour empêcher l’ascension au pouvoir du parti fasciste, les travailleurs n’ont plus d’autre choix que de voter pour leur adversaire de classe, c’est déjà en soi une défaite qui montre l’extrême faiblesse du mouvement ouvrier et populaire incapable de construire et de faire émerger une alternative crédible à gauche de la social-démocratie libérale. C’est cette situation qu’il convient de changer ! C’est à cette alternative qu’il convient d’œuvrer !

Le vote anti-FN au second tour : une tactique antifasciste juste

Dans l’immédiat, à défaut d’être en position offensive, les communistes et au-delà toutes les forces de la résistance antilibérales sont parfois obligées d’adopter une position défensive. Ce fut le cas en Nord-Pas-de-Calais-Picardie à l’issue du premier tour : la Coordination Communiste 59/62, au vu du danger fasciste représenté par le FN, a clairement appelé à bloquer l’accession de Marine Le Pen à la tête de la Région, appelant ainsi à freiner l’ascension du FN vers le pouvoir d’Etat (la Région n’étant qu’un marchepied dans leur objectif), pour ainsi « gagner du temps »et permettre au mouvement ouvrier et populaire de se réorganiser. C’était ainsi voter pour le statu quo (les forces dominantes classiques) plutôt que pour l’arrivée au pouvoir de la réaction fasciste.

Cette prise de position a pu rencontrer l’incompréhension de militants progressistes qui, à force de politique de « dédiabolisation » du FN, ne perçoivent plus la différence entre le fascisme et la droite, surtout la droite qui se durcit sous la pression du FN. Cette indifférence face au FN va même pour certains jusqu’à considérer que le FN au pouvoir se discréditerait par sa pratique, alors qu’au contraire l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen à la région l’aurait enraciné, donnant du crédit au FN pour se développer, comme on le voit déjà à une moindre échelle dans une ville comme Hénin Beaumont, qui sert de point d’appui, de base arrière au FN dans le Bassin minier.

Par contre, cette prise de position de la Coordination Communiste a accompagné le réflexe antifasciste de larges couches populaires, y compris peu politisées ou dépolitisées, parfois abstentionnistes du premier tour, qui n’avaient aucun attrait pour un Xavier Bertrand mais qui sentaient qu’avec le FN il s’agissait d’un saut qualitatif, d’un risque d’aggravation considérable de toutes les politiques antisociales et réactionnaires subies, et qui ont voté massivement en utilisant ce bulletin de vote-là : Bertrand a eu 2,5 fois de voix en plus au second tour par rapport au premier, il est donc surtout élu par défaut, par une majorité de gens qui ne faisaient pas partie de son électorat au premier mais qui ont voulu dire Non au FN.

Ce sursaut antifasciste est plus marqué encore dans les villes populaires où la composante d’origine immigrée issue de la colonisation est importante, ce qui montre au moins une perception encore vive du danger raciste représenté par le FN. Par exemple, dans une ville populaire comme Tourcoing, on peut observer une forte hausse de la participation électorale entre les deux tours, plus marquée que la moyenne régionale (+9,3 points à Tourcoing contre +6,4 points au niveau régional). Si cela se traduit certes, aussi, par une hausse des voix de Marine Le Pen - ce qui confirme que le FN a des réserves chez les abstentionnistes-, par contre cela ne se traduit pas par une augmentation en pourcentage mais au contraire par une érosion (-1,4 points à Tourcoing contre +1,6 points entre les deux tours pour Le Pen au niveau régional). Cette érosion du FN est encore plus visible quand on observe la situation du quartier très populaire de la ZUP de la Bourgogne (3 740 électeurs inscrits): le FN y passe de 36,3% des votants au premier tour (mais il n’y a eu que 25,1% de participation électorale), à 29,1% au second tour, soit 7 points en moins, dans un contexte de participation qui monte à 35,35%. Sur les 3 740 inscrits, le FN n’a engrangé que 43 voix en plus, alors qu’il y avait 379 exprimés en plus, le FN ne représentant donc que 11,34% des nouveaux exprimés du second tour.

La question qui se pose aux communistes, et au-delà à tout le camp progressiste antilibéral, c’est comment passer de ce rejet immédiat du FN à la prise de conscience que pour écarter véritablement sur le long terme le danger FN il faut en finir avec ce système capitaliste de misère et de guerre, et en finir avec ces partis gestionnaires du système que sont les partis de l’alternance UMP/Républicains – PS. Il faut ouvrir une alternative populaire crédible, faire émerger contre ce tripartisme qu’on nous impose un 4ème pôle, le pôle du rassemblement des forces de gauche antilibérales et antifascistes.


De l’épuisement du système de l’alternance bourgeoise au FN

Les classes populaires ont aujourd’hui cessé de croire, jusqu’à un certain point, dans les partis institutionnels de l’alternance, « libéraux » ou « sociaux-démocrates » au pouvoir, dont les scores électoraux s’écroulent.

Ces partis chargés de la cogestion du système capitaliste rivalisent et surenchérissent dans les mesures réactionnaires, profitant d’effets collatéraux aux guerres qu’ils mènent directement ou indirectement dans les ex-colonies, pour instaurer l’état d’urgence, la répression syndicale violente, la restriction de nos libertés démocratiques, de notre liberté d’expression, etc., la stigmatisation de communautés composant les couches populaires pour tenter de détourner les luttes des véritables responsables de la précarisation.

La bourgeoisie se réserve cependant une option politique violente, dans cette fuite en avant du capitalisme agonisant. Une option leur permettant de tenter de restaurer la confiance populaire perdue avec les partis « officiels », tout en assumant ouvertement sa stratégie d’étouffement des luttes et de la colère montante. Cette option porte un nom : le fascisme.

Le FN, le parti fasciste, a subi en quelques années les mutations nécessaires pour se rendre « fréquentable » aux yeux des médias bourgeois tout en rencontrant l’assentiment de plus en plus large de couches populaires dépolitisées et de la petite-bourgeoisie effrayées par le déclassement. Il profite en effet de la sensibilité de certaines couches sociales aux stratégies de division du peuple que la bourgeoisie développe « pour mieux régner », et s’enrichit en cadres politiques issus des rangs de la droite « classique » (les connections sont anciennes et notoires avec les villieristes, madelinistes, mégrétistes, et autres pasquaïstes) ou de la « gauche » sociale-démocrate (l’ex-chevènementiste Florian Philippot).

La montée en puissance électorale, présentée comme inexorable, du Front National, a 2 aspects. Tout d’abord, elle reste une option politique de type terroriste pour la bourgeoisie à terme. Mais c’est aussi parallèlement une stratégie d’endiguement de la construction de mouvements révolutionnaires, dont les premiers succès sont connus depuis des années en Amérique Latine notamment (suite aux crises financières latino-américaines particulièrement violentes des années 90). Au vingtième siècle, le fascisme tentait d’endiguer des mouvements révolutionnaires déjà installés et massifs, dans une course au pouvoir. Aujourd’hui il s’agit d’empêcher leur formation même, tant leur développement ensuite serait rapide et difficile à endiguer.

La très médiatique dédiabolisation du FN s’assortit d’une stigmatisation de plus en plus généralisée de l’immigration postcoloniale et des musulmans issus de cette immigration, qui constituent une partie importante de notre classe ouvrière, exclus pour certains du droit de vote ou s’en détournant dans l’abstention comme bien d’autres travailleurs faute d’alternative non islamophobe. Du point de vue électoral, le programme du FN, typiquement fasciste puisqu’il marie un verbiage prétendument anticapitaliste et antieuropéen à son fonds de commerce raciste et islamophobe, est l’antidote rêvé contre le rassemblement d’un quatrième pôle de la vie politique, à gauche du PS, défendant réellement les intérêts des travailleurs contre le système.

La nécessité de rompre avec la social-démocratie

Il y a une réelle opportunité dans le contexte social actuel pour la montée de forces réellement anticapitalistes, que pourrait représenter le Front de Gauche s’il rompait réellement avec la social-démocratie et le réformisme.

Le fait de dépendre encore de la social-démocratie idéologiquement comme matériellement implique de la part des forces traditionnelles situées « à la gauche du PS » un certain aveuglement électoraliste, et conduit également à survaloriser les différences entre « gauche » social-démocrate et droite.

Ainsi le refus de qualifier de fasciste le FN, qui serait tout au plus un parti « d’extrême droite » parmi d’autres formations elle mêmes de plus en plus radicalement de droite, implique un « ni-ni » mortel entre FN et droite, …. tout en valorisant le soi-disant caractère de « gauche » de la social-démocratie.

Çà et là il s’est trouvé des voix issues du Front de Gauche pour condamner le désistement du PS au deuxième tour face à un FN frôlant pourtant la victoire, participant à la banalisation du parti fasciste en revendiquant une équivalence LR-FN (comme si le PS d’Hollande et Valls lui-même n’était pas en voie de fascisation !) ou un vote blanc dangereux. Voter blanc n’était pas seulement une victoire de la banalisation du FN (dont la différence qualitative avec la droite n’est plus perçue), mais était aussi souvent l’expression d’une confiance dans la « gauche officielle » (le PS), encore perçue, pour le coup, comme qualitativement différente de la droite.

Cela a été en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes jusqu’au soutien au maintien au deuxième tour d’une liste « de gauche » perdante (sous la bannière du PS pourtant coresponsable des victoires du FN) juste pour assurer des sièges d’élus à la région quitte à faire élire le FN. Dans cette région, nos camarades du Cercle Communiste d’Alsace ont eu raison de ne pas tomber dans le piège du « soutien à la gauche » et d’avoir appelé à voter pour le candidat le mieux placé (LR) pour battre le FN Philippot.

Dans une région comme l’Ile de France, pour évoquer une situation encore différente, le FN n’ayant pas les forces de remporter la triangulaire dominée par l’UMPS, il était juste au contraire au second tour de s’abstenir ou voter blanc, la nécessaire démarcation avec la social-démocratie dite de « gauche » au pouvoir interdisant de les soutenir.

Rassembler les communistes pour radicaliser et développer le front antilibéral, antifasciste et antiguerre

Pour combattre et faire reculer sur le long terme le fascisme, il faut préparer les conditions d’un Front Populaire antilibéral, antifasciste et antiguerre, concrètement construire d’abord l'unité d'action stratégique des communistes sur la base d'une plateforme, hors de l’électoralisme stérile et du réformisme illusoire, autour duquel les révolutionnaires doivent se retrouver.

Ce programme d'actions, les communistes conséquents de France le portent globalement depuis des années, mais sa justesse se confirme aujourd’hui avec clarté pour les larges masses. C’est d’ailleurs les insuffisances programmatiques et les hésitations du Front de Gauche à rompre avec la social-démocratie libérale -qui se traduisent par la « lutte des places » de certains opportunistes-, qui expliquent son affaiblissement électoral actuel. 4 points clefs de ce programme d’action :

Sortie de l’Euro et de l’Union Européenne : Les inconséquences et les trahisons du parti réformiste Syriza en Grèce par exemple, agent de la capitulation face au rouleau compresseur européen, ont amplement démontré qu’on ne peut résoudre les aspirations du peuple sans indépendance nationale, c’est-à-dire sans sortir de cette prison impérialiste !

Stop aux guerres impérialistes, sortie de l’OTAN: Les impérialistes états-uniens et européens doivent stopper leurs menées guerrières à l’Est de l’Europe, au Proche et au Moyen Orient, comme en Afrique ! Leur stratégie maquillée en « choc des civilisations » doit cesser car les peuples n’ont plus à subir les coûts humains et matériels exorbitants de leurs guerres de rapine !

Non au fascisme : seul un Front Populaire clairement antifasciste, héritier de celui de 1936, à la base, par le travail militant, local et national, dans les quartiers populaires, sur les lieux de travail, unira toutes les composantes du peuple dans sa lutte contre la forme la plus terroriste du capital ! La lutte contre l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie doivent devenir incontournable pour unir le peuple contre le véritable ennemi, le patronat !

En finir avec l’austérité capitaliste : les richesses sont produites par les travailleurs, elles doivent revenir aux travailleurs, pas aux banques ni aux actionnaires ! Seul ce Front Populaire peut, en faisant reculer le capital financier et en compromettant largement ses stratégies, gagner des batailles sociales assez larges pour redonner aux travailleurs non seulement la Paix mais aussi, ce qui est lié, du pouvoir d’achat, des conditions de travail décentes, et des droits garantis.

Sur cette base, les révolutionnaires communistes agissent dans le front de résistance antilibéral et antifasciste (aujourd'hui le « Front de Gauche ») pour engager le débat sur la nécessité de la rupture avec la social-démocratie libérale (le PS et les Ecolo-libéraux) et l'unité d'action combative en direction du mouvement ouvrier, paysan et des quartiers populaires.

Plus le danger se montre imminent, plus il nous faut nous montrer responsables et ne pas mettre l’unité stratégique des communistes, d’autant plus fragile d’ailleurs qu’elle est décrétée, avant l’intérêt fondamental et immédiat du peuple dans les situations complexes qui forment notre quotidien. Cacher les conséquences réelles à court et à long terme d’une prise de pouvoir du FN pour le peuple, par peur de masquer momentanément le caractère fascisant de l’UMPS, fait courir le risque bien plus grave de masquer le caractère fasciste du FN. Or c’est précisément en articulant ces deux analyses fondamentales de la compréhension politique de l’époque (la guerre sociale déjà extrêmement violente que mènent l’UMPS contre les travailleurs, et la perspective fasciste du pouvoir incarnée par la promotion du FN) que les communistes et les progressistes antilibéraux du Front de Gauche parviendront à s’accorder sur une plateforme claire de revendications communes emportant l’adhésion du peuple ! C'est ainsi que le Front populaire antilibérale, antifasciste, anti-guerre sera forgé sur le terrain des luttes au quotidien dans les usines, les quartiers et villages, y compris dans la perspective des élections présidentielle et législatives à venir.



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