Les
élections régionales, en particulier en
Nord-Pas-de-Calais/Picardie, - avec la première place accordée
au FN, le faible score des forces de l’opposition de gauche
divisée, le retrait du PS et la situation de duel FN /
LesRépublicains au second tour – ont été
un choc pour nombre de citoyens, pour nombre de militants de gauche.
Quand
au second tour d’une élection, pour empêcher
l’ascension au pouvoir du parti fasciste, les travailleurs
n’ont plus d’autre choix que de voter pour leur
adversaire de classe, c’est déjà en soi une
défaite qui montre l’extrême faiblesse du
mouvement ouvrier et populaire incapable de construire et de faire
émerger une alternative crédible à gauche de la
social-démocratie libérale. C’est cette situation
qu’il convient de changer ! C’est à cette
alternative qu’il convient d’œuvrer !
Le
vote anti-FN au second tour : une tactique antifasciste juste
Dans
l’immédiat, à défaut d’être en
position offensive, les communistes et au-delà toutes les
forces de la résistance antilibérales sont parfois
obligées d’adopter une position défensive. Ce fut
le cas en Nord-Pas-de-Calais-Picardie à l’issue du
premier tour : la Coordination Communiste 59/62, au vu du danger
fasciste représenté par le FN, a clairement appelé
à bloquer l’accession de Marine Le Pen à la tête
de la Région, appelant ainsi à freiner l’ascension
du FN vers le pouvoir d’Etat (la Région n’étant
qu’un marchepied dans leur objectif), pour ainsi « gagner
du temps »et permettre au mouvement ouvrier et populaire
de se réorganiser. C’était ainsi voter pour le
statu quo (les forces dominantes classiques) plutôt que pour
l’arrivée au pouvoir de la réaction fasciste.
Cette
prise de position a pu rencontrer l’incompréhension de
militants progressistes qui, à force de politique de
« dédiabolisation » du FN, ne perçoivent
plus la différence entre le fascisme et la droite, surtout la
droite qui se durcit sous la pression du FN. Cette indifférence
face au FN va même pour certains jusqu’à
considérer que le FN au pouvoir se discréditerait par
sa pratique, alors qu’au contraire l’arrivée au
pouvoir de Marine Le Pen à la région l’aurait
enraciné, donnant du crédit au FN pour se développer,
comme on le voit déjà à une moindre échelle
dans une ville comme Hénin Beaumont, qui sert de point
d’appui, de base arrière au FN dans le Bassin minier.
Par
contre, cette prise de position de la Coordination Communiste a
accompagné le réflexe antifasciste de larges couches
populaires, y compris peu politisées ou dépolitisées,
parfois abstentionnistes du premier tour, qui n’avaient aucun
attrait pour un Xavier Bertrand mais qui sentaient qu’avec le
FN il s’agissait d’un saut qualitatif, d’un risque
d’aggravation considérable de toutes les politiques
antisociales et réactionnaires subies, et qui ont voté
massivement en utilisant ce bulletin de vote-là :
Bertrand a eu 2,5 fois de voix en plus au second tour par rapport au
premier, il est donc surtout élu par défaut, par une
majorité de gens qui ne faisaient pas partie de son électorat
au premier mais qui ont voulu dire Non au FN.
Ce
sursaut antifasciste est plus marqué encore dans les villes
populaires où la composante d’origine immigrée
issue de la colonisation est importante, ce qui montre au moins une
perception encore vive du danger raciste représenté par
le FN. Par exemple, dans une ville populaire comme Tourcoing, on peut
observer une forte hausse de la participation électorale entre
les deux tours, plus marquée que la moyenne régionale
(+9,3 points à Tourcoing contre +6,4 points au niveau
régional). Si cela se traduit certes, aussi, par une hausse
des voix de Marine Le Pen - ce qui confirme que le FN a des réserves
chez les abstentionnistes-, par contre cela ne se traduit pas par une
augmentation en pourcentage mais au contraire par une érosion
(-1,4 points à Tourcoing contre +1,6 points entre les deux
tours pour Le Pen au niveau régional). Cette érosion du
FN est encore plus visible quand on observe la situation du quartier
très populaire de la ZUP de la Bourgogne (3 740 électeurs
inscrits): le FN y passe de 36,3% des votants au premier tour (mais
il n’y a eu que 25,1% de participation électorale), à
29,1% au second tour, soit 7 points en moins, dans un contexte de
participation qui monte à 35,35%. Sur les 3 740 inscrits,
le FN n’a engrangé que 43 voix en plus, alors qu’il
y avait 379 exprimés en plus, le FN ne représentant
donc que 11,34% des nouveaux exprimés du second tour.
La
question qui se pose aux communistes, et au-delà à tout
le camp progressiste antilibéral, c’est comment passer
de ce rejet immédiat du FN à la prise de conscience que
pour écarter véritablement sur le long terme le danger
FN il faut en finir avec ce système capitaliste de misère
et de guerre, et en finir avec ces partis gestionnaires du système
que sont les partis de l’alternance UMP/Républicains –
PS. Il faut ouvrir une alternative populaire crédible, faire
émerger contre ce tripartisme qu’on nous impose un 4ème
pôle, le pôle du rassemblement des forces de gauche
antilibérales et antifascistes.
De
l’épuisement du système de l’alternance
bourgeoise au FN
Les
classes populaires ont aujourd’hui cessé de croire,
jusqu’à un certain point, dans les partis
institutionnels de l’alternance, « libéraux »
ou « sociaux-démocrates » au pouvoir,
dont les scores électoraux s’écroulent.
Ces
partis chargés de la cogestion du système capitaliste
rivalisent et surenchérissent dans les mesures réactionnaires,
profitant d’effets collatéraux aux guerres qu’ils
mènent directement ou indirectement dans les ex-colonies, pour
instaurer l’état d’urgence, la répression
syndicale violente, la restriction de nos libertés
démocratiques, de notre liberté d’expression,
etc., la stigmatisation de communautés composant les couches
populaires pour tenter de détourner les luttes des véritables
responsables de la précarisation.
La
bourgeoisie se réserve cependant une option politique
violente, dans cette fuite en avant du capitalisme agonisant. Une
option leur permettant de tenter de restaurer la confiance populaire
perdue avec les partis « officiels », tout en
assumant ouvertement sa stratégie d’étouffement
des luttes et de la colère montante. Cette option porte un nom
: le fascisme.
Le
FN, le parti fasciste, a subi en quelques années les mutations
nécessaires pour se rendre « fréquentable »
aux yeux des médias bourgeois tout en rencontrant
l’assentiment de plus en plus large de couches populaires
dépolitisées et de la petite-bourgeoisie effrayées
par le déclassement. Il profite en effet de la sensibilité
de certaines couches sociales aux stratégies de division du
peuple que la bourgeoisie développe « pour mieux
régner », et s’enrichit en cadres politiques
issus des rangs de la droite « classique » (les
connections sont anciennes et notoires avec les villieristes,
madelinistes, mégrétistes, et autres pasquaïstes)
ou de la « gauche » sociale-démocrate
(l’ex-chevènementiste Florian Philippot).
La
montée en puissance électorale, présentée
comme inexorable, du Front National, a 2 aspects. Tout
d’abord,
elle reste une option politique de type terroriste pour la
bourgeoisie à terme. Mais c’est aussi parallèlement
une stratégie d’endiguement de la construction de
mouvements révolutionnaires, dont les premiers succès
sont connus depuis des années en Amérique Latine
notamment (suite aux crises financières latino-américaines
particulièrement violentes des années 90). Au vingtième
siècle, le fascisme tentait d’endiguer des mouvements
révolutionnaires déjà installés et
massifs, dans une course au pouvoir. Aujourd’hui il s’agit
d’empêcher leur formation même, tant leur
développement ensuite serait rapide et difficile à
endiguer.
La
très médiatique dédiabolisation du FN s’assortit
d’une stigmatisation de plus en plus généralisée
de l’immigration postcoloniale et des musulmans issus de cette
immigration, qui constituent une partie importante de notre classe
ouvrière, exclus pour certains du droit de vote ou s’en
détournant dans l’abstention comme bien d’autres
travailleurs faute d’alternative non islamophobe. Du point de
vue électoral, le programme du FN, typiquement fasciste
puisqu’il marie un verbiage prétendument anticapitaliste
et antieuropéen à son fonds de commerce raciste et
islamophobe, est l’antidote rêvé contre le
rassemblement d’un quatrième pôle de la vie
politique, à gauche du PS, défendant réellement
les intérêts des travailleurs contre le système.
La
nécessité de rompre avec la social-démocratie
Il
y a une réelle opportunité dans le contexte social
actuel pour la montée de forces réellement
anticapitalistes, que pourrait représenter le Front de Gauche
s’il rompait réellement avec la social-démocratie
et le réformisme.
Le
fait de dépendre encore de la social-démocratie
idéologiquement comme matériellement implique de la
part des forces traditionnelles situées « à
la gauche du PS » un certain aveuglement électoraliste,
et conduit également à survaloriser les différences
entre « gauche » social-démocrate et
droite.
Ainsi
le refus de qualifier de fasciste le FN, qui serait tout au plus un
parti « d’extrême droite » parmi
d’autres formations elle mêmes de plus en plus
radicalement de droite, implique un « ni-ni »
mortel entre FN et droite, …. tout en valorisant le soi-disant
caractère de « gauche » de la
social-démocratie.
Çà
et là il s’est trouvé des voix issues du Front de
Gauche pour condamner le désistement du PS au deuxième
tour face à un FN frôlant pourtant la victoire,
participant à la banalisation du parti fasciste en
revendiquant une équivalence LR-FN (comme si le PS d’Hollande
et Valls lui-même n’était pas en voie de
fascisation !) ou un vote blanc dangereux. Voter blanc n’était
pas seulement une victoire de la banalisation du FN (dont la
différence qualitative avec la droite n’est plus
perçue), mais était aussi souvent l’expression
d’une confiance dans la « gauche officielle »
(le PS), encore perçue, pour le coup, comme qualitativement
différente de la droite.
Cela
a été en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes jusqu’au
soutien au maintien au deuxième tour d’une liste « de
gauche » perdante (sous la bannière du PS pourtant
coresponsable des victoires du FN) juste pour assurer des sièges
d’élus à la région quitte à faire
élire le FN. Dans cette région, nos camarades du Cercle
Communiste d’Alsace ont eu raison de ne pas tomber dans le
piège du « soutien à la gauche »
et d’avoir appelé à voter pour le candidat le
mieux placé (LR) pour battre le FN Philippot.
Dans
une région comme l’Ile de France, pour évoquer
une situation encore différente, le FN n’ayant pas les
forces de remporter la triangulaire dominée par l’UMPS,
il était juste au contraire au second tour de s’abstenir
ou voter blanc, la nécessaire démarcation avec la
social-démocratie dite de « gauche » au
pouvoir interdisant de les soutenir.
Rassembler
les communistes pour radicaliser et développer le front
antilibéral, antifasciste et antiguerre
Pour
combattre et faire reculer sur le long terme le fascisme, il faut
préparer les conditions d’un Front Populaire
antilibéral, antifasciste et antiguerre, concrètement
construire d’abord l'unité d'action stratégique
des communistes sur la base d'une plateforme, hors de l’électoralisme
stérile et du réformisme illusoire, autour duquel les
révolutionnaires doivent se retrouver.
Ce
programme
d'actions,
les communistes conséquents de France le portent globalement
depuis des années, mais sa justesse se confirme aujourd’hui
avec clarté pour les larges masses. C’est d’ailleurs
les insuffisances programmatiques et les hésitations du Front
de Gauche à rompre avec la social-démocratie libérale
-qui se traduisent par la « lutte des places »
de certains opportunistes-, qui expliquent son affaiblissement
électoral actuel. 4 points clefs de ce programme d’action :
Sortie
de l’Euro et de l’Union Européenne : Les
inconséquences et les trahisons du parti réformiste
Syriza en Grèce par exemple, agent de la capitulation face au
rouleau compresseur européen, ont amplement démontré
qu’on ne peut résoudre les aspirations du peuple sans
indépendance nationale, c’est-à-dire sans sortir
de cette prison impérialiste !
Stop
aux guerres impérialistes, sortie de l’OTAN: Les
impérialistes états-uniens et européens doivent
stopper leurs menées guerrières à l’Est de
l’Europe, au Proche et au Moyen Orient, comme en Afrique !
Leur stratégie maquillée en « choc des
civilisations » doit cesser car les peuples n’ont
plus à subir les coûts humains et matériels
exorbitants de leurs guerres de rapine !
Non
au fascisme : seul un Front Populaire clairement antifasciste,
héritier de celui de 1936, à la base, par le travail
militant, local et national, dans les quartiers populaires, sur les
lieux de travail, unira toutes les composantes du peuple dans sa
lutte contre la forme la plus terroriste du capital ! La lutte
contre l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie
doivent devenir incontournable pour unir le peuple contre le
véritable ennemi, le patronat !
En
finir avec l’austérité capitaliste : les
richesses sont produites par les travailleurs, elles doivent revenir
aux travailleurs, pas aux banques ni aux actionnaires ! Seul ce
Front Populaire peut, en faisant reculer le capital financier et en
compromettant largement ses stratégies, gagner des batailles
sociales assez larges pour redonner aux travailleurs non seulement la
Paix mais aussi, ce qui est lié, du pouvoir d’achat, des
conditions de travail décentes, et des droits garantis.
Sur
cette base, les révolutionnaires communistes agissent dans le
front de résistance antilibéral et antifasciste
(aujourd'hui le « Front de Gauche ») pour
engager le débat sur la nécessité de la rupture
avec la social-démocratie libérale (le PS et les
Ecolo-libéraux) et l'unité d'action combative en
direction du mouvement ouvrier, paysan et des quartiers populaires.
Plus
le danger se montre imminent, plus il nous faut nous montrer
responsables et ne pas mettre l’unité stratégique
des communistes, d’autant plus fragile d’ailleurs qu’elle
est décrétée, avant l’intérêt
fondamental et immédiat du peuple dans les situations
complexes qui forment notre quotidien. Cacher les conséquences
réelles à court et à long terme d’une
prise de pouvoir du FN pour le peuple, par peur de masquer
momentanément le caractère fascisant de l’UMPS,
fait courir le risque bien plus grave de masquer le caractère
fasciste du FN. Or c’est précisément en
articulant ces deux analyses fondamentales de la compréhension
politique de l’époque (la guerre sociale déjà
extrêmement violente que mènent l’UMPS contre les
travailleurs, et la perspective fasciste du pouvoir incarnée
par la promotion du FN) que les communistes et les progressistes
antilibéraux du Front de Gauche parviendront à
s’accorder sur une plateforme claire de revendications communes
emportant l’adhésion du peuple ! C'est ainsi que le
Front populaire antilibérale, antifasciste, anti-guerre sera
forgé sur le terrain des luttes au quotidien dans les usines,
les quartiers et villages, y compris dans la perspective des
élections présidentielle et législatives à
venir.
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