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en bas de page)
Chers
amis, Chers camarades,
Nous
sommes à nouveau réunis aujourd'hui pour rendre un
double hommage, d’une part aux martyrs soviétiques morts
en France entre 1940 et 1945, et d’autre part aux soldats des
troupes coloniales morts pour la libération de la France,
contre le nazisme.
Plus
largement, venir ici à Haubourdin le 8 mai chaque année,
c’est célébrer le 8 mai 1945, date de la
capitulation finale de l’Allemagne nazie, date de la victoire
des peuples contre le nazisme. Cette année, il s’agit du
70ème anniversaire.
Mais nos médias, friands d’anniversaires, ne lui donnent
pas un relief particulier à vrai dire, puisque c’est
l’an passé, à l’occasion du
70ème anniversaire
du fameux « débarquement de Normandie »
de juin 1944, que nous avons eu le droit aux louanges et odes aux
Etats-Unis d’Amérique, notre « sauveur »….
Encore une fois, le rôle décisif joué par l’URSS
dans la victoire est minoré, et cette année
François Hollande n’a pas même la politesse de
rendre la pareille à Vladimir Poutine (qui était
présent l’an passé en Normandie) et de se rendre
en personne à Moscou demain le 9 mai pour les grandioses
festivités prévues en Russie pour les 70 ans.
De
même, l’'Etat français laisse dans l’oubli
l’histoire de ces Russes, de ces Soviétiques enterrés
sur notre sol, morts ici loin de leur patrie, qui ont participé
à la Résistance française, une Résistance
dont il faut rappeler le caractère multinational. Nous
communistes, sauvons l’honneur de la nation en leur rendant
hommage.
Cher(e)s
ami(e)s, Cher(e)s camarades,
A
Haubourdin, dans ce cimetière militaire, sont rassemblés
près de 200 tombes de partisans soviétiques morts sur
le sol français pour la défaite du nazisme et la
libération de la France de l’occupation.
Qui
étaient ces citoyens soviétiques ?
Pour
l’essentiel, il s’agissait de prisonniers de guerre,
militaires mais aussi civils, arrêtés par les Allemands
sur le front de l’'Est et transférés ici en
France pour servir de main d'oe’œuvre notamment dans les
mines (pour palier en particulier à la baisse de la production
charbonnière dès 1942) et pour participer à la
construction du Mur de l’Atlantique ou à d’autres
ouvrages défensifs. On estime à 7300 le nombre de
civils requis, en particulier des Ukrainiens, et de prisonniers de
guerres de l’Armée Rouge travaillant dans les mines du
Nord-Pas-de-Calais.
Il
y avait aussi parmi ces combattants enterrés ici à
Haubourdin des immigrés russes antifascistes, qui
travaillaient notamment dans les mines de notre région et qui,
dès mai 1941, participèrent à la grande grève
des mineurs, acte massif de la résistance de la classe
ouvrière de la région.
Tous
ces combattants participèrent directement à la
Résistance intérieure, pour l’essentiel par le
biais de deux organismes: d’une part « l’'Union
antifasciste des patriotes russes », centrée sur
l’'immigration russe en France ; d’autre part « le
Comité Central des Prisonniers de Guerre Soviétiques ».
Il
faut rappeler que les premières organisations clandestines des
prisonniers de guerre soviétique furent créées
au début d’octobre 1942 dans le camp de
Beaumont-en-Artois (Hénin-Beaumont aujourd’hui) dans le
Pas-de-Calais. On les appela « Groupes de Patriotes
Soviétiques ». Les initiateurs – officiers de
l’Armée Rouge ayant réussi à s’évader
– avaient pour noms : Marc Slobodinski, Alexandre
Tcherkassov, Alexis Krylov, Boris Chapine, Vassili Adoniev. A
l’automne 1943, suite à son évasion, s’y
joignit l’un des héros les plus connus dans notre
région, le lieutenant Vassyl Poryk, lieutenant de l’Armée
Rouge fait prisonnier et transféré en France en février
1943. Il dirigera un groupe de partisans soviétiques FTP
dans le Bassin Minier : à lui seul, son bataillon a à
son actif 300 soldats et officiers nazis tués ou blessés,
le déraillement de 11 convois militaires et 2 ponts détruits,
des attaques de dépôts de munitions et de vivres, ainsi
que la mise hors d’état de nuire de collaborateurs
notaires.
De
façon générale, l'activité pratique de
ces résistants soviétiques consistait à
organiser des actes de sabotages et de diversion dans les mines et à
mener le travail de propagande et d'agitation parmi les prisonniers
des camps en diffusant les communiqués et autres informations
venant de l'Union Soviétique.
Ces
camarades ont créé des détachements de
partisans, partout sur le territoire français. Ils avaient
pour nom « Stalingrad », « Liberté »,
« Patrie », « Joukov »,
Maxime Gorki », « Leningrad »,
« Commune de Paris ». A l’échelle
nationale, à la dernière étape de la libération
de la France, jusque 10 000 Soviétiques formaient 55
détachements, sans compter les centaines de soviétiques
intégrés dans des détachements soviéto-français
ou internationaux. Dans le Nord-Pas-de-Calais, 10 détachements
soviétiques ont combattu les occupants.
Ces
héros ont contribué à notre libération.
Ils ont été l’expression vivante de l’alliance
libre des peuples libres qu’a signifiée l’alliance
antifasciste contre le nazisme.
Chers
amis, Chers camarades,
Rendre
hommage à ces partisans soviétiques morts en France,
c’est aussi, à travers eux, rendre hommage à
l’URSS, qui a perdu 25 millions de ses enfants dans cette
grande boucherie de la deuxième guerre mondiale.
En
cette année du 70ème anniversaire
de la Victoire, il nous faut rappeler ici quelques vérités montrant
l’apport décisif de l’URSS dans la victoire contre
le nazisme.
Au
bilan final, sur 783 divisions allemandes ayant participé aux
différents fronts de la guerre, 670 ont été
détruites par l’Armée Rouge. 75% des avions, des
pièces d’artillerie, des blindés allemands ont
été détruits par l’Armée Rouge. 80%
des victimes allemandes l’ont été sur le front
germano-soviétique.
C’est
l’Armée Rouge qui a brisé l’armée
nazie et qui a fourni l’effort principal pour la libération
de l’Europe. Jusqu’au bout : même après
le débarquement de Normandie, l’Allemagne mobilisa 60
divisions à l’Ouest en France et en Italie, mais devait
encore maintenir 235 divisions contre l’Armée Rouge.
Quant à la bataille finale titanesque pour la prise de Berlin
en avril-mai 1945, c’est bien l’œuvre de l’Armée
Rouge soviétique seule: l’URSS y a perdu 300 000
hommes, soit presque deux fois plus que toutes les victimes
états-uniennes sur le sol européen entre 1941 et 1945.
En
juin 45, le New York Herald Tribune devait reconnaître :
« l’Armée Rouge a été de
fait l’armée qui a libéré l’Europe
et la moitié de notre planète en ce sens que sans elle,
et sans les immenses sacrifices consentis par le peuple russe, la
libération du joug cruel du nazisme aurait été
tout simplement impossible ». En France, le Général
de De Gaulle déclarait alors : « Les
Français savent ce qu’a fait la Russie soviétique
et savent que c’est elle qui a joué le rôle
principal dans leur libération ».
Hélas,
si à l’époque les Français savaient, c’est
beaucoup moins vrai aujourd’hui, comme le rappelle le nouveau
sondage Ifop publié il y a deux jours. A la question « Quelle
est, selon vous, la nation qui a le plus contribué à la
défaite de l’Allemagne en 1945 ? »
54% des sondés répondent « Les Etats-Unis »,
et ils sont même 59% chez les moins de 35 ans. Or en mai 1945,
la même question avait été posé par le
même institut de sondage qui existait déja: les
Etats-Unis n’étaient cités que par 20% des
Français, tandis que l’URSS était citée
par 57% d’entre-eux.
Chers
amis, chers camarades,
Vous
le voyez, notre
travail de mémoire est essentiel et notre présence ici
est importante. Nous ne devons pas lâcher un pouce au risque de
tout perdre.
Car
partout, en France, en Europe, dans l’ancien espace soviétique,
les forces les plus rétrogrades sont à l’œuvre
pour réécrire l’Histoire.
En
Ukraine, le nouveau gouvernement Porochenko de coalition entre la
droite affairiste et l’extrême-droite néo-nazie
vient de faire voter le 9 avril des lois dites « mémorielles »
qui réécrivent l’Histoire.
L’une
des lois condamne parallèlement les régimes
« soviétiques et nazis » et interdit
l’utilisation de leur propagande et de leurs symboles ;
mais bien sûr, c’est un miroir non-symétrique :
tandis que l’oppression nazie est simplement ramenée à
la « théorie des races » qui conduisait
à l’adoption de lois qui interdisaient « à
certaines personnes d’occuper des postes dans la fonction
publique ou d’obtenir une éducation »,
la part belle est faite, par contre, à « l’oppression
soviétique », ou plus exactement à
« l’occupation soviétique », selon
le terme défini par une des lois. Le fait de jouer en public
l’hymne soviétique sera par exemple passible de cinq ans
de prison. Les nombreuses localités ou voies publiques dont
les noms font référence au régime soviétique
devront être rebaptisées et les statues des dirigeants
soviétiques déboulonnées, ce qui revient à
effacer 70 ans de l’Histoire de l’Ukraine.
Au
nom de cette loi dorénavant, le Parti Communiste Ukrainien
peut être interdit d’un jour à l’autre, et
toutes les manifestations du mouvement ouvrier communiste interdites.
Déjà à Odessa ce 1er mai 2015,
la manifestation pour la fête des travailleurs a été
bloquée. Et pour contourner le 9 mai, qui reste officiellement
hypocritement date de la « victoire contre le nazisme »
mais qui, dans les faits, est vidé de sa substance et n’est
plus véritablement célébré (déjà
en 2014, pour la première fois le gouvernement n’avait
organisé aucun défilé officiel à Kiev),
pour contourner le 9 mai donc, est institué en Ukraine une
célébration le 8 mai « Jour de la Mémoire
et de la Réconciliation ».
A
noter que la Pologne, tout aussi avancée dans la réécriture
de l’Histoire – et cela va de pair avec son acceptation
du déploiement du bouclier antimissile de l’OTAN sur son
territoire -, vient également d’adopter un projet de loi
selon lequel le 9 mai va être purement et simplement remplacé
par le 8 mai. Cela va de pair avec la contestation désormais
officielle du rôle de l’URSS dans la libération de
la Pologne, alors que 500 000 soldats et officiers soviétiques
ont péri dans la campagne de libération de la Pologne
du joug nazi. On se souvient qu’en janvier la Russie n’a
pas été invitée officiellement au
70ème anniversaire
de la libération du camp d’Auschwitz, le ministre
polonais des Affaires étrangères affirmant que
c’étaient des troupes ukrainiennes qui avaient été
les premières à libérer le camp, ce qui est
doublement stupide, d’une part parce que l’unité
militaire de l’Armée Rouge dite « front
ukrainien » qui est arrivée à Auschwitz a
pris ce nom à l’automne 1943 pour marquer son avancée
vers l’Ouest mais préexistait auparavant sous d’autres
noms dont « front de Voronej » à sa
naissance sur les bords du Don en Russie en juin 1942 ; d’autres
part parce que l’Armée Rouge était par nature une
armée multinationale. A
jamais tous les peuples de l’ex-Union Soviétique sont
unis dans leur martyr, qu’importe leur nationalité.
Vassyl Poryk, à qui l’Union Soviétique a dressé
un mémorial à Hénin-Beaumont, était
Ukrainien, mais il restera à jamais un patriote soviétique,
un militant antifasciste.
L’'anti-soviétisme
déchaîné en Ukraine aujourd’hui – qui
est bien sûr la continuation sur le plan de la mémoire
historique du combat contre la Russie dans l’intérêt
des grandes puissances impérialistes occidentales - conduit en
parallèle à la réhabilitation de tous les
nationalistes ukrainiens, y compris ceux dont l’idéologie
n’est rien d’autre qu’une idéologie fasciste
ou nazie. L’une des lois mémorielles du 9 avril portant
sur « la
glorification de la mémoire des combattants pour
l’indépendance de l’Ukraine au XXe siècle »
est explicite. Sont réhabilités tous les « héros
» de la guerre livrée par les nationalistes ukrainiens
contre l’Armée rouge (et contre les résistants
juifs qu’ils pourchassaient dans les forêts) pendant que
cette Armée Rouge se battait pourtant contre les nazis sur le
territoire de l’Ukraine. Avec une deuxième facette :
mettre en doute la légitimité de cette lutte pour
l’indépendance, et donc des groupes désignés
comme étant « combattants pour l’indépendance
», devient aujourd’hui « une
insulte à l’honneur de l’Ukraine ».
La loi interdit dorénavant toute « falsification
de l’histoire »,
— délit qu’elle punit d’une peine de cinq
ans de prison, et d’une fermeture de l’organe de presse
qui serait à l’origine de la dite « falsification
».
« Insulter l’honneur »
de l’Ukraine, c’est pour ne prendre qu’un seul
exemple aujourd’hui, dire la vérité sur Stepan
Bandera, le héros de tous les nationalistes ukrainiens.
Qui
était Stepan Bandera ?
C’était
le chef de l’'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN),
organisation fasciste crée en exil en 1929, qui s’est
développée dans les années 30 avec l’appui
des Sections d’Assaut (SA) du parti nazi de Hitler. Dès
1940, avec l’'aide de l’'Abwehr, le service de
renseignement de la Wehrmacht, l’OUN organise des groupes de
sabotage et d’intoxication pour manipuler les populations
ukrainiennes. En 1941, l’OUN et son dirigeant, Stepan Bandera,
participent à l’agression du Reich contre l’URSS.
En uniforme de l’Armée rouge, ils commettent nombre
d’assassinats ciblés contre les officiers du NKVD,
cherchent à désorganiser la circulation et à
dynamiter des objectifs stratégiques. En juin – juillet
et août 1941 avant même l’arrivée des
Allemands en Ukraine, en supplétifs des Einsatzgruppen, les
fascistes de l’OUN massacrent les Juifs. Des centaines de
fascistes de l’OUN serviront comme gardiens dans les camps
d’Auschwitz, Treblinka et Belzec. L’OUN participe
activement à l’exécution de prisonniers de guerre
soviétiques et des communistes.
L’OUN
crée en 1942 l’Armée Insurrectionnelle
Ukrainienne (UPA), qui cherche d’ailleurs dans cette époque
à se démarquer des Allemands sur une base nationaliste,
car ceux-ci leur ont refusé la reconnaissance d’un
« Etat ukrainien indépendant », le
projet des nazis étant simplement de transformer les
territoires de l’Est en simples colonies allemandes, le fameux
« espace vitale » pour l’impérialisme
allemand.
En
mars 1943, après Stalingrad, l’OUN créée
la division SS « Galicie », qui comptera 26 000 hommes. A
la fin de la guerre, l’OUN, dans laquelle seront reversés
les effectifs rescapés de la SS « Galicie »
continuèrent de semer la terreur, jusque dans les années
cinquante à l’ouest du territoire de
l’Ukraine soviétique. Bandera fut ensuite recruté
par les Services secrets britanniques avant d’intégrer
en 1956 les services de renseignements de RFA, la BND, alors dirigée
par le général Reinhardt Gehlen, ancien chef des
services de renseignement militaire nazi pour le front oriental
pendant la Deuxième Guerre mondiale.
L’OUN
et l’UPA ont été responsables de milliers de
morts, y compris – il faut le rappeler - responsables d’une
véritable entreprise de purification ethnique pendant la
guerre contre les Polonais de Volynie au nom d’un projet de
« grande Ukraine ».
L'’héritier
politique de l’OUN est le parti Svoboda, dont le nom historique
est d’ailleurs « Parti
National Socialiste d'Ukraine ».
Svoboda, dont le congrès en 2004 avait comme invité
d’honneur Jean-Marie Le Pen, organise chaque année des
rassemblements à la mémoire de Stepan Bandera. Et
celui-ci a été officiellement réhabilité
dès 2007 par un décret de l’ancien président
de droite affairiste Ioutchenko.
Un
autre héritier idéologique, et qui s’en réclame,
est aussi le nouveau parti Praviy Sektor (Secteur Droit),
rassemblement de plusieurs groupuscules d’extrême-droite
né à l’automne 2013 autour de l’
« Organisation pan-ukrainienne Stepan Bandera »
et dont le leader Dimytro Iaroch est aujourd’hui Conseiller au
Ministère de la Défense Ukrainien.
Chers
amis, Chers camarades,
Nous
sommes aujourd’'hui loin du « plus
jamais ça »
déclamé lors du procès de Nuremberg jugeant les
auteurs fascistes de plus de 50 millions de morts entre 1939 et 1945
dont plus de 25 millions de Soviétiques. A la faveur de la
crise du capitalisme, on assiste au relèvement des partis
fascistes partout en Europe. Le combat de nos aînés
n’est donc pas fini.
Pour
continuer le combat contre le fascisme, la guerre et le capitalisme,
nous ne pouvons pas être amnésiques. Nous
devons nous inspirer du courage de ceux qui nous ont précédés.
Nous sommes des nains assis sur des épaules de géants.
Nous
nous inclinons aujourd’hui devant l’héroïsme
de ces partisans soviétiques, morts loin de leur patrie
socialiste pour la libération de l’humanité du
joug nazi. Honneur
aux combattants soviétiques ! Honneur aux martyrs !
Discours
d’hommage aux « tirailleurs » des troupes
coloniales morts pour la France en 1940-1945
Chers
amis, chers camarades, la Coordination Communiste est ici aussi ce
jour pour rendre hommage aux « tirailleurs »,
ces soldats originaires des colonies de l’empire français,
qui ont participé activement à la lutte dans les rangs
de l’armée française au cours des combats de la
seconde guerre mondiale.
Les
tirailleurs - tirailleurs sénégalais, algériens,
marocains.. - ont pris une part active aux combats. Et cela dès
mai-juin 1940, quand l’armée française en déroute
faisait face à l’avancée des troupes allemandes :
ce fut même une politique consciente alors de la part de
l’état-major de les mettre en première ligne.
Résultat : le taux de mortalité des troupes
coloniales issues de l’AOF et de l’AEF s’élève,
en mai-juin 1940 à 40% des troupes engagées, contre 3%
de pertes pour le restant de l’armée.
Après
juin 1940, Pétain signant l’armistice avec l’Allemagne
nazie, une nouvelle armée française – celle de la
France libre - va être reconstituée par De Gaulle pour
continuer le combat : les tirailleurs vont être le fer de
lance de cette nouvelle armée reconstituée pour une
large part en Afrique. 50% de l’armée d’Afrique du
Général de Lattre de Tassigny était constituée
de ceux qui étaient qualifiés d’indigènes,
soldats noirs et maghrébins.
En
octobre 1943, la Corse est libérée avec l’appui
de la 4ème Division Marocaine de Montagne.
Le
Corps expéditionnaire français engagée à
partir de février 1944 en Italie est constitué à
60% de maghrébins. Ces derniers jouent un rôle décisif
dans la reprise de Rome dans la nuit du 4 au 5 juin 1944.
En
août 1944, la moitié des troupes française ayant
débarqué en Provence était constituée de
tirailleurs. A noter toutefois, qu’au fur et à mesure de
la remontée de ces troupes vers le Nord, celles-ci étaient
« blanchies », selon l’expression
consacrée, par désarmement de certaines unités
et incorporation d’autres unités constituées en
France même, signe d’une méfiance qui n’avait
jamais totalement disparue, y compris dans l’armée
gaulliste.
On
sait ce q'u’il advint de la reconnaissance de l’Etat
français pour ces serviteurs issus des colonies. En 1959, une
loi venait geler les pensions.
On
sait ce qu’'il advint de la reconnaissance de l’Etat
français qui fit tirer ses gendarmes le 1er décembre
1944 sur des tirailleurs sénégalais rassemblés
dans le camp de Thiaroye près de Dakar, alors qu’ils
manifestaient simplement pour le paiement de leurs indemnités
et pécule promis depuis des mois. 70 morts.
On
sait aussi ce qu’il advint des frères de combat de ces
« tirailleurs » maghrébins, réprimés
sauvagement à Sétif, Guelma, Kherrata et dans tout le
Constantinois, à partir du 8 mai 1945, simplement pour avoir
voulu réclamer pour eux-mêmes la liberté
nationale que la France venait d’obtenir contre l’Allemagne.
Le déclenchement fut l’assassinat par un policier à
Sétif le 8 mai du jeune Bouzid Saâl qui brandissait un
drapeau algérien. Des milliers de morts.
Aujourd’'hui
en 2015, 70 ans après, la France vient enfin d’envoyer
en Algérie un membre du gouvernement, le secrétaire
d’Etat aux anciens combattants, pour participer aux
commémorations. Geste bien timide, bien tardif, qui se veut,
de plus, le plus neutre possible puisque dans le livre d’or du
Musée de la Ville le secrétaire d’état
rend hommage « aux victimes algériennes et
européennes ». Parole d’homme de Dieu en
quelque sorte qui rend hommage aux victimes sans distinctions…,
mais où est le geste politique qui consisterait à
reconnaître qu’il s’agit d’abord et avant
tout d’un massacre d’une puissance coloniale contre un
peuple qui aspirait à la souveraineté !
On
ne pouvait en attendre plus d’un gouvernement qui est
l’héritier politique de François Mitterrand,
l’homme qui, Ministre de l’Intérieur en 1954
vantait « la France de Dunkerque à Tamanrasset »
et Ministre de la Justice en 1957 faisait guillotiner le communiste
Fernand Iveton.
La
révolte de Sétif et du Constantinois était au
fond la répétition générale de la lutte
d’indépendance nationale qui se déclenchera en
1954 et elle doit, elle devrait être saluée comme telle,
et les massacres dénoncés comme l’impossibilité
de refreiner l’aspiration des masses populaires à la
liberté.
Chers
amis, chers camarades,
Le
capitalisme vante la libre circulation des capitaux et des
marchandises mais interdit la libre circulation des hommes. Nous nous
opposons à cette logique. Avec les sans-papiers d’aujourd’hui,
qui êtes venus en marchant de Lille rendre hommage à vos
ancêtres tirailleurs, nous dénonçons la politique
du gouvernement Hollande/Valls sur l’immigration – qui
continue la politique du gouvernement Sarkozy - et réclamons
la régularisation de tous les sans-papiers ; car les
travailleurs – qu’importe leur origine - ont intérêt
à avoir les mêmes droits, pour mieux se défendre,
et lutter ensemble, contre l’exploitation. Un travailleur
sans-papiers est vulnérable face au patronat, représente
une main d’œuvre corvéable à merci, à
moindre coût, ce qui conduit à une pression générale
à la baisse sur les salaires de l’ensemble de la classe
ouvrière.
Hier,
dans la Résistance militaire pour la libération de la
France, nous avons lutté ensemble ! Aujourd’hui,
contre l’exploitation capitaliste, pour l’unité de
la classe ouvrière au-delà de toutes les différences,
nous continuons le combat ensemble !
En
ce lieu chargé d’histoire qui réunit à la
fois des tombes de partisans soviétiques, dont des communistes
bien évidemment, et des combattants immigrés, nous
tenons aussi à rendre hommage ici officiellement à
celle pour laquelle l’engagement communiste trouvait
naturellement à s’exprimer dans son soutien sans faille
aux luttes des travailleurs immigrés, celle pour laquelle le
CSP a rendu un hommage la semaine passée pour les deux ans de
son décès : notre camarade Suzanne Calonne, épouse
Di Maio, la « mamie des sans-papiers ».
Elle
expliquait ainsi son engagement auprès du CSP : « C’est
une lutte de travailleurs, en particulier de travailleurs étrangers
sans papiers et des peuples dominés par l’impérialisme,
les communistes doivent en faire une lutte pour la solidarité
nationale ici et internationale, entre tous les travailleurs et tous
les peuples ». Ce sont ces paroles de sagesse qui
doivent continuer à nous guider. D’autant plus dans ce
monde où le fascisme relève la tête et distille
le venin de la division, de l’égoïsme et de la
peur, crachant par exemple sur les « boat-people »
de la Méditerranée qu’il ne faudrait pas
secourir, et qu’il faudrait refouler.
Dans
ce monde où ici à Haubourdin un Maire a osé
déverser de la boue devant les campements de Rroms, les parias
parmi les parias, qui subissent aujourd'’hui le plus les
discriminations.
Devant
ces tombes des « tirailleurs » combattants
d’hier contre le fascisme et pour la liberté qui, eux,
ont traversé la Méditerranée acclamés,
nous devons nous souvenir et prendre l’engagement collectif de
poursuivre la lutte pour les droits démocratiques, pour que
demain ne ressemble pas à nouveau à un champ de
bataille mené par la folie nationaliste et fasciste.





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