Monsieur
le Ministre et cher métèque,
Je me
permets cette familiarité car nous avons un point commun, nous
sommes tous les deux de nationalité française et
métèques. Nous avons cependant un point qui nous
sépare. Je ne supporte pas la chasse aux métèques.
Car
c'est bien ce que vous savez organiser dans la ligne de vos
prédécesseurs, la chasse aux métèques. Oh
! je pense moins à vos prédécesseurs de droite
qui ne faisaient que continuer une tradition, je pense à ce
grand ancêtre qui avait nom Chevènement et qui a su
introduire la chasse aux métèques comme pratique de
gauche. Vous y ajoutez une chose, votre métèquerie,
comme si la chasse aux métèques vous rendez un peu plus
français.
Vous
avez montré vos qualités en montrant comment vous
saviez faire la chasse aux Roms encore mieux que votre prédécesseur.
Vous continuez à parquer les étrangers
indésirables dans les Centres de Rétention avant de les
expulser, et pour mieux vous protéger, vous inventez un devoir
de réserve pour les associations qui viennent aider ceux qui
sont emprisonnés dans ces centres à faire valoir les
quelques droits qui leur restent. Il est vrai que, par respect de la
démocratie, il vaut mieux éviter que les basses œuvres
de vos services soient connues. Et, loin de remettre en cause les
lois que vos prédécesseurs, Pasqua, Debré,
Chevènement, Sarkozy, ont mis en place pour "protéger"
la France des étrangers qui y viennent pour fuir les
difficultés politiques ou économiques qu'ils
rencontrent dans leur pays, des étrangers qui voient souvent
la France comme un pays qui leur permettra enfin de vivre, le pays
des Droits de l'Homme comme certains le croient encore, vous
continuez les mêmes pratiques xénophobes. Mais il paraît
que c'est le devoir d'un ministre de la police de rappeler à
ces étrangers qu'ils ont tort de croire que la France est un
pays accueillant et vous le rappelez avec force. Pourtant ces
étrangers que vous considérez comme des ennemis ne
demandent qu'à vivre paisiblement dans notre pays, comme
l'ont fait, il y a quelques années, vos parents.
Vous
devez savoir que certains de ces étrangers font parfois, pour
rappeler leur existence, des grèves de la faim qui mettent en
danger leur santé, voire leur vie. Votre ancêtre
préféré, Chevènement, a déjà
rencontré ce genre de problème et la lutte n'a jamais
été facile, même si les grévistes ont
souvent réussi à obtenir le droit de rester en
France, mais à quel prix !
Lorsque
la droite, je veux dire la vraie droite, celle qui n'a pas besoin de
se déguiser en gauche, est revenue au pouvoir, elle a su
durcir les mesures que Chevènement avait mises en place. C'est
alors que les sans-papiers ont obtenu le soutien de la gauche,
laquelle espérait ainsi se donner une belle image humaniste,
ce qui peut toujours servir dans les élections. Ainsi, alors
que la Mairie de Lille envoyait la police pour réprimer les
grévistes de la faim lorsque ses amis gouvernaient la France,
elle a su apporter, lorsque la droite est revenue au pouvoir, son
soutien aux sans-papiers. Mais le rêve a peu duré, la
gauche est enfin revenue au pouvoir et, par la grâce de son
ministre de l'intérieur, a su retrouver les plaisirs de la
chasse aux métèques.
Il y eut une époque
où le Comité des Sans-Papiers de Lille (CSP 59) pouvait
rencontrer la Préfecture pour défendre les dossiers des
demandeurs de régularisation et a ainsi pu obtenir des
régularisations. Un préfet a décidé que
cela était fini. Le préfet actuel continue ce refus et
lors d'une rencontre avec le Comité des Sans-Papiers, n'a su
que renvoyer à votre circulaire qui ne pourra résoudre
que quelques cas. Il ignore la grève de la faim et ne connaît
que la répression. Il est vrai qu'une certaine tradition
oppose, depuis un demi-siècle, Jean Moulin, préfet qui
sut choisir la Résistance pour défendre la liberté
et l'égalité contre les autorités de l'époque,
et Maurice Papon qui, en bon fonctionnaire, obéit aux ordres
et participa d'abord à la déportation des Juifs
de Bordeaux à Drancy et quelque années plus tard
à un massacre d'Algériens à Paris.
Officiellement, c'est Jean Moulin qu'on célèbre, mais
ce que demandent les ministres de l'Intérieur aux préfets,
c'est d'être des Papon, et malheureusement ils le sont. Même
lorsqu'ils font semblant de faire quelques concessions, ils savent
les remettre en cause comme ce préfet de Lille qui, en bon
séide, a su expulser deux grévistes de la faim alors
qu'il avait déclaré qu'il n'y aurait pas d'expulsions
de grévistes avant l'examen de leurs dossiers.
Si vous
étiez un homme de gauche, membre d'un gouvernement de gauche,
vous mettriez fin à cette zone de non droit en facilitant la
régularisation des sans-papiers qui espèrent recouvrer
une vie normale dans notre pays et vous demanderiez aux préfets
de faire le nécessaire pour résoudre ce problème.
Et vous pourriez commencer par remettre au goût du jour les
rencontres entre la Préfecture de Lille et le Comité
des Sans Papiers de Lille, rencontres qui ont permis nombre de
régularisations
Mais on
peut douter du fait que vous êtes un homme de gauche. Votre
place au ministère de l'Intérieur, c'est de faire
respecter l'ordre, c'est à dire votre ordre, aux dépens
des hommes.
Tout
cela est bien triste. Et votre métèquerie rend vos
agissements encore plus intolérables.
Je vous prie de
recevoir, monsieur le ministre et cher métèque,
l'expression de mon dégoût le plus profond.
Rudolf
Bkouche, professeur émérite, université de
Lille,
ancien
membre de la commission juridique du Comité des Sans-Papiers
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