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[ A LIRE ] Indépendances africaines: De quoi 1960 est-il la date? - par Guy Marius Sagna et Roland Fodé Diagne

Déclaration du Mouvement des Travailleurs Panafricain Fernent - Sénégal

Il a existé durant l’antiquité une « solennité publique qui, se célébrant de cinquante en cinquante ans, amenait la rémission de toutes les dettes, la restitution de tous les héritages aux anciens propriétaires, la redistribution des terres et la mise en liberté de tous les esclaves ». C’est le jubilé.

C’est le jubilé partout, de Dakar à Addis Abeba, de Rabat à Pretoria, l’élite gouvernante invite les peuples à fêter les 50 ans des indépendances africaines. Sont aussi de la fête les capitales des ex-puissances colonisatrices. Paris s’apprête, apprend-on, à faire défiler le 14 juillet prochain sur les Champs Elysées des « tirailleurs sénégalais » et des troupes des Etats indépendants de la Françafrique.

 Y a-t-il dans nos pays, en Afrique et au Sénégal, cinquante ans après les indépendances, des raisons de jubiler ? Y a-t-il des raisons de se réjouir, de se féliciter, de s’amuser, d’applaudir, de triompher, d’être content de la marche de nos pays en cette année 2010 ?

Les morts ne sont pas morts, ils féconderont l’Afrique nouvelle

Un regard rétrospectif montre que partout, les anciens colons se sont battus jusqu’au bout contre l’indépendance. Contre le FLN en Algérie, le PAIGC et le PDG/RDA (Sékou Touré) dans les deux Guinées, l’UPC au Cameroun, le MPLA d’Augusto Neto en Angola, le FRELIMO d’Eduardo Mondlane au Mozambique, la ZANU de Robert Mugabe au Zimbabwe, la SWAPO en Namibie, l’ANC en Afrique du sud, etc.

Au niveau des maillons faibles de la chaîne coloniale la décolonisation a pris des tournures violentes faites de massacres comme en 1947 à Madagascar et au Cameroun contre l’insurrection de 1955 à 1972. Massacres, répressions violentes, assassinats, mais aussi corruptions ont été utilisés par les forces coloniales et leurs alliés internes pour éliminer les leaders et les organisations véritablement indépendantistes et saboter la libération anti-coloniale dans l’unité des peuples africains.

Dans des pays comme le Sénégal, avant-poste et tête de pont colonial en Afrique, où la conscience et l’organisation anti-coloniale féconda en 1957 le PAI vite réprimé, l’idée de collaboration allait prendre le dessus permettant au colonialisme de placer des hommes de confiance aux postes de commandes pour sauvegarder leurs intérêts.

En réalité, dans les années 60, nous avons assisté à une sorte de « décentralisation » à l’échelle des empires coloniaux qui a donné naissance à des sortes de « communautés rurales » du Sénégal, de la Côte d’ivoire, du Cameroun, du Togo, du Bénin, du Tchad, du Congo, du Gabon, du RDC/Zaïre, etc. La concentration administrative coloniale avait atteint ses limites et « décentraliser », ne serait-ce que tactiquement, était devenu incontournable. Ces « collectivités territoriales » coloniales ont été ainsi bombardées du label « d’Etats indépendants » avec drapeau, hymne et président qui rappelle le pro-consul de l’empire romain antique et peu importe qu’elles aient cinq, neuf ou trente millions d’habitants. Que ces « collectivités locales » coloniales aient constitution, cour suprême, conseil d’Etat, assemblée nationale…peu nous en chaut ! 

Voilà ce qui explique qu’avant et depuis 1960, les anciens colons et leurs complices africains ont eu recours aux assassinats ciblés, aux tripatouillages constitutionnels, aux coups d’Etat militaires ou civils…jusqu’à la tactique récente de succession des présidents collabos par leur fils.

Voilà pourquoi ce que l’on doit célébrer ce 4 avril 2010, ce sont les martyrs dont certains sont morts les armes aux mains en luttant justement contre l’indépendance truquée, celle qui a consisté à passer du colonialisme au néocolonialisme. Les dignes fils d’Afrique qui sont morts au combat, mais qui ne seront jamais déshonorés. Ceux-là qui ont pour nom : Lamine Arfan Senghor, Tièmokho Garang Kouyaté, Patrice Lumumba, Pierre Mulélé, Ruben Um Nyobe, Roland Félix Moumié, Osende Afana, Abane Ramdane, Ferhat Hached, Mehdi Ben Barka, Frantz Fanon, N’Kwamé Nkrumah, Amilcar Cabral, Eduardo Mondlane, Samora Machel, Julius Nyerere, Augusto Neto, Steve Biko, Cheikh Anta Diop, Mariem Ngouabi, Thomas Sankara, etc. Ceux là qui méritent nos cœurs vivants et l’Afrique entière comme tombeau afin que de leur souvenir nous réinventions le futur.

Cinquantenaire partout, indépendance nulle part !

Ces dignes fils d’Afrique ont été assassinés et les moins illustres, mais tout aussi valeureux, se sont vus imposés prison, marginalisation, exil forcé, atteinte à leur intégrité physique, restriction de leurs droits…Ainsi, aux peuples d’Afrique ont été imposés les bourreaux tels que Eyadema, Kérékou, Mobutu, Bokassa, Idi Amin, Bongo, Sassou, Idriss Déby, Hassan II, Lansana Conté, Ben Ali, etc., mais aussi d’autres avec parures comme L.S. Senghor, Houphouët Boigny, Bourguiba, etc.

Aux peuples d’Afrique se sont imposés ensuite les A. Wade, Yayi Boni, Mohamed VI…qui ont eux aussi appliqué une politique d’abandon des intérêts nationaux. Ainsi que tous ceux qui pensent que « le FMI et la BM sont incontournables ». Il est donc tout à fait normal que par ces faits « l’Afrique soit mal partie » ! Qu’il semble que l’Afrique « refuse le développement » ! Qu’en Afrique, le seul résultat tangible soit « le développement du sous-développement ». Le passage de berceau à tombeau de l’humanité.

En ce 4 avril 2010, répondons à l’invitation du poète. « Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images ».

Les noces d’or de la victoire d’une partie de la classe politique africaine sur une autre au détriment des peuples africains. Les noces d’or d’une bourgeoisie sénégalaise, africaine servile qui a capitulé pour se mettre au service des intérêts de l’ex-bourgeoisie coloniale. Les noces d’or de ce que certains appellent le néocolonialisme et d’autres semi colonialisme. Les noces d’or de la victoire du centre capitaliste sur la périphérie africaine spoliée. Voilà de quoi  ce 4 avril est la date ! Comprenons donc que ce jubilé mérite d’être fêté en grande pompe.

L’impérialisme c’est Orange sur nos téléphones mobiles ! Le néo colonialisme c’est Transrail sur le Dakar-Bamako ! Le semi colonialisme c’est les bases militaires françaises en Afrique ! L’apatridie c’est nos langues nationales ravalées au rang de folklore ! La servilité c’est les principales banques et industries contrôlées par les Firmes étrangères ! La soumission c’est la zone franc, puis la dévaluation du franc Cfa ! C’est Total qui fait la loi au Tchad, au Gabon, au Congo, Areva au Niger, Bolloré au Cameroun, Bouygues au Mali, Rio Tinto en Guinée, Mimran au Sénégal, BNP, Crédit Lyonnais, Banque de France et ses succursales la Bceao et la Beac, etc. ! C’est le génocide rwandais et les menaces de partition de la Côte d’Ivoire ! C’est l’émigration par les pirogues qui transforme l’Atlantique en cimetière des jeunes ! C’est les pandémies du paludisme, du choléra et du SIDA ! C’est les inondations, les coupures de courant, la faim !

Pour arriver à ce résultat, il fallait que les colons aient des hommes de mains. Des suppôts locaux, collabos nationaux, complices ‘petits nègres’ qui soutiennent la Françafrique, acceptent plans d’ajustements structurels, bradage, dévaluation, privatisation, déprotections douanières, baisse des budgets des secteurs sociaux, éducatifs et de la santé, suppression des subvention aux paysans…, bref tout diktat imposé par le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC. Acceptant l’emprisonnement des Etats issus de l’AEF et de l’AOF dans la zone franc, cette monnaie qui fait d’eux des (semi ou néo) Colonies Françaises d’Afrique. Autant d’exemples qui confirment, si besoin en était, les propos du colonialiste anglais Benjamin Disraeli. « Les colonies ne cessent pas d’être des colonies parce qu’elles sont indépendantes ». Ce que Kwamé Nkrumah a illustré dans son livre Le néocolonialisme, dernier stade de l’impérialisme.

Ne pas confondre l’apparent et le réel

Et la variété des formes de l’oppression impérialiste ainsi que les niveaux différents atteints par la cinquantaine de pays ne change rien à l’essence du système semi colonial dans lequel l’Afrique a été maintenue 50 ans durant. Essence qui consiste en un monopole ayant deux fonctions principales : L’exploitation, le pillage impitoyable des richesses nationales au bénéfice des Entreprises impérialistes d’une part et l’association à cette spoliation d’une bourgeoisie locale corrompue par les miettes qu’elle reçoit pour service rendu d’autre part. C’est cela la Françafrique par laquelle « le pays (semi/néo) colonial est contraint de sacrifier les intérêts de son développement indépendant et de jouer le rôle d’appendice économique (agriculture, matières premières) du capitalisme étranger, afin de renforcer au détriment des classes laborieuses du pays (semi/néo) colonial le pouvoir économique et politique de la bourgeoisie du pays impérialiste, de perpétuer son monopole (semi/néo) colonial et de renforcer son expansion dans le reste du monde » (Thèses sur le mouvement révolutionnaire dans les colonies et semi-colonies, VIème congrès de l’Internationale Communistes, 1928). Quand des Africains acceptent que l’impérialisme volent les peuples africains, c’est pour eux-mêmes voler leur peuple en toute quiétude. Bénéficier du retour d’ascenseur de l’impérialisme en termes de soutien et de protection contre les adversaires politiques nationaux et contre leurs peuples d’où les interventions militaires et les putschs.

Hé bien, ce sont ces laquais africains apatrides qui détiennent le pouvoir contre les intérêts des peuples africains et leurs maîtres qui seront à la fête en ce cinquantenaire. Qui fêteront cinquante ans d’exercice d’une fonction semi coloniale, qui célèbreront cinquante ans de mariage avec l’impérialisme. Cinquante ans qui n’ont certes pas été de tout repos pour eux. Cinquante ans pendant lesquels ils ont tout de même réussi, avec leurs alliés impérialistes, à pérenniser la domination. Pour le plus grand malheur des peuples d’Afrique !

Les armées battues sont à bonne école

Mais du PAI à nos jours nous avons les moyens d’éviter à nos peuples la célébration des noces de diamant de l’alliance entre l’impérialisme et une bonne partie de l’élite bourgeoise africaine collaboratrice. La multipolarité progressive de ce monde et les expériences en cours dans plusieurs pays Sud-américains, en plus de constituer des notes d’espoir dans cette symphonie impérialiste, participent à confirmer que les armées défaites sont allées à bonne école. A l’Afrique combattante de rejoindre le mouvement enclenché en Asie et Amérique du sud vers le progrès, vers le développement.


C’est le jubilé. Le président A. Wade nous y invite. Y a-t-il dans notre pays, au Sénégal, cinquante ans après les indépendances, des raisons de jubiler ? Y a-t-il des raisons de se réjouir, de se féliciter, de s’amuser, d’applaudir, de triompher, d’être content de la marche de nos pays en cette année 2010 ?

Cinquantenaire et 10 ans d’alternance au Sénégal

La coïncidence de ces deux événements est intéressante. Car nous obligeant à refaire le parcours inverse pour chercher quoi fêter ? Les 10 ans de Wade et du PDS  inaugurent-ils une nouvelle ère différente quant au fond aux quarante ans du PS ?

L’intérêt de l’alternance comme acquis démocratique du peuple sénégalais est de révéler plus que toute la littérature apologétique, courtisane et les bouffonneries irresponsables du pouvoir actuel que ce dont le Sénégal a besoin ce n’est pas d’une alternance mais d’une alternative. Avant le Sénégal, d’autres pays avaient expérimenté l’alternance. Les alternances Soglo et Kérékou au Bénin et Manley et Seaga en Jamaïque pour ne citer que ces exemples. Expériences dont nous, les progressistes, aurions du nous instruire. Expériences qui révèlent toutes la même chose : des alternances sans alternative appliquant les recettes impérialistes du FMI, de la Banque Mondiale et de l’OMC aboutissent au même cul-de-sac !

Mais la vie, c'est-à-dire la lutte des peuples et des classes, prend souvent des détours. Le détour sénégalais a abouti à la même conclusion : l’alternance ne suffit pas ! Car l’alternance seule ne répond pas à la question de savoir si on va continuer à mettre en place le PDEF, etc. Si on va continuer à accepter de ne pas avoir une banque nationale de développement et donc se contenter des Banques Françaises et étrangères déguisées en Bicis, Cbao, etc. Si on va continuer à accepter l’impérialiste division internationale du travail qui nous ravale au rang de fournisseurs de matières premières (phosphates, arachides, marbre, or), de marché-déversoir, de Club-Méd pour touristes en mal de dépaysement, etc. Si on va continuer à appliquer les recettes des institutions de Bretton-woods dont l’unique but est faire payer à notre peuple la dette et ses intérêts qui n’en finissent pas.

Le régime de Wade, du PDSL a échoué car, comme le précédent PS, il n’a d’autre programme que d’appliquer les diktats du FMI et de la BM. Les défenseurs du régime de Wade disent souvent tout comme leurs prédécesseurs PS : « la situation du Sénégal est du à la crise internationale ». C’est justement cela l’impérialisme ! Locomotive mondialisée à laquelle notre pays et l’Afrique sont arrimés de force. C’est pourquoi l’heure est à l’édification de l’alternative.

Du colonialisme au néo-colonialisme

Senghor, Diouf et Wade, leurs partis PS et PDS, représentent en fait les forces sociales et politiques qui ont concocté en 1960 le « deal » qui a conduit à la date du 4 avril qu’ils fêtent aujourd’hui.

Pour réaliser le passage de la colonie à la néo ou semi colonie, il a fallu d’abord saborder la Fédération du Mali. Rappelons que le « Soudan » et le « Sénégal » étaient les deux derniers qui ont tenté de préserver l’unité panafricaine après le piège de la gouvernance territorialisée appelée « autonomie interne » instaurée par la « loi-cadre-Deferre ». En effet celle-ci fut une tactique du diviser pour mieux régner du colonialisme Français afin de faire exploser le projet panafricain que préfigurait le congrès fondateur du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) d’octobre 1946 à Bamako. Un à un les « territoires » de l’AOF vont se replier dans un « nationalisme » étroit vis à vis des autres « territoires ». Ce repli bourgeois sur le « marché local », qui va produire les futurs Etats indépendants en 1960, se reflètera dans le vote OUI à la « communauté Française ». Et seule la Guinée sous l’égide du PDG votera massivement NON. Cinq mois après sa proclamation, le 4 avril 1960, la Fédération du Mali éclatera comme aboutissement de la division initiée par la « loi-cadre » et par la mise en place progressive de la Françafrique. Faisons remarquer que la seule institution de l’AOF et l’AEF qui sera préservée sera la zone franc et le franc cfa, monnaie coloniale arrimée au franc Français et à l’euro avec dépôt de 65% et aujourd’hui de 50% des réserves de change des Etats de la Bceao et de la Beac. 

Ensuite la mainmise Françafricaine se manifestera par la provocation, la répression puis l’interdiction du PAI suite aux élections locales de juillet 1960. A Saint-Louis (Ndar), les élections sont manifestement remportées par le PAI. Ce que démontre assez clairement le procès des inculpés Majhmout Diop, secrétaire général, Madické Wade, etc., notamment à travers les auditions pourtant à charge du gouverneur Daniel Cabou. La provocation commence par l’expulsion illégale des représentants du PAI des bureaux de vote. Puis par l’utilisation de la police et de nervis pour s’attaquer aux militants qui résistaient à l’expulsion. La pasonaria Tchoumbé Samb s’illustra par son courage pour s’opposer aux fraudes. Ensuite pour brouiller les cartes, on crée la confusion générale qui débouche sur les arrestations des militants PAI et la proclamation de résultats électoraux donnant la victoire au pouvoir.

Une fois débarrassée du PAI par son interdiction, la fraction relativement patriotique du pouvoir, celle d’ailleurs qui a été utilisée pour en finir avec le PAI, elle-même est éliminée par un putsch en 1962. Pour ce faire les agents néo ou semi coloniaux, en l’occurrence Senghor, se sont servis du voyage de Mamadou Dia en URSS pour lancer l’accusation de « tentative de coup d’état » et l’écarter du pouvoir. Dans le régime parlementaire type IVème République, le président du Conseil, Mamadou Dia, exerçait la réalité du pouvoir alors que le président de la République, L.S. Senghor, avait un pouvoir symbolique à l’instar de la Reine d’Angleterre. C’est ainsi qu’est instauré le régime présidentiel avec Senghor qui va ensuite par le biais d’un traficotage constitutionnel de l’article 35 donné en héritage le pouvoir à son dauphin A. Diouf.

 Notons que c’est donc dans la lutte contre les forces patriotiques, principalement celle de la gauche incarnée par le PAI à l’époque, que le régime néo ou semi coloniale s’est stabilisée et imposée. C’est ce que démontrent le Doyen Alla Kane quand il cite les chiffres ci-après de la répression au Sénégal contre le PAI révélés par feu Maître Babacar Niang : « du mois de mars 1962 au mois d’octobre 1975, la juridiction d’exception sous Senghor a prononcé plus de trois cents (300) années d’emprisonnement, plus de deux cents (200) années de travaux forcés à temps, plusieurs condamnations à perpétuité, dont deux condamnations à mort exécutées » (La Gauche : S’unir ou continuer de dépérir, Rapport du CNP, 8 août 2009).

Comme cela arrive toujours la répression va engendrer la division PAI, PIT, LD/MPT, AJ, etc. Les nouvelles forces de Gauche vont à la fois lutter contre le pouvoir semi-colonial, mais aussi lutter les unes contre les autres. Les démembrements issus du PAI vont tour à tour subir à leur tour la répression du pouvoir PS et certains connaître aussi la prison, la persécution, à l’instar des militants de Ferñent / M.T.P-S, dont notre regretté camarade feu Birane Gaye.

Le bipartisme semi-colonial

Une fois le PAI du Manifeste du 15 septembre 1957 et la révolte estudiantine, ouvrière et populaire de mai-juin 1968 écrasés, le régime PS va se donner le rôle de vitrine « démocratique » de la Françafrique en organisant le « multipartisme limité à quatre tendances ». La manœuvre politique avait pour but de forger la bipolarisation de la scène politique en marginalisant les forces révolutionnaires de gauche et patriotiques. Senghor se débarrassa du parti d’opposition réelle qu’était le RND de feu le savant Egyptologue et panafricaniste Cheikh Anta Diop en l’interdisant tout simplement. C’est ainsi que naquit le PDS qui s’est auto-défini comme « parti de contribution », lequel fut autorisé à participer à un duel électoral avec Senghor en 1978 sous l’appellation significative de « Laye Ndiombor ».

Ainsi fut mis en route le processus qui allait conduire à imposer le domination de la scène politique sénégalaise par le bipartisme PS/PDS dans le cadre du « multipartisme intégral » institué par A. Diouf à partir de 1981.

Les élections de 1983, de 1988, 1993 vont servir à installer ce bipartisme faisant de A. Wade et du PDS le « chef naturel » de l’opposition. En 1993 il y eut une tentative de briser ce piège bipartiste avec la candidature de Landing Savané, puis en 2000 ce fut celle de Mademba Sock. Mais il faut dire clairement que cet état de fait a été admis, entériné, théorisé, puis mis en pratique par la majorité écrasante des forces de la gauche jusqu’à l’alternance de 2000.

L’alternance et la Monarchisation Françafricaine

A. Wade a déclaré vouloir garder le pouvoir pendant 50 ans. Bien sûr certains pensaient à sa famille politique libérale, mais on découvre que la famille à laquelle pense le « père » n’est pas uniquement idéologique, elle est aussi biologique. En plus d’avoir prolongé, A. Wade et le PDSL amplifient le désastre national et social dans lequel le Sénégal s’enfonce depuis le règne du PS.

La catastrophe visible n’empêche pas les bouffonneries présidentielles Wadistes d’annoncer, par exemple, en se l’appropriant une décision de « redéploiement des forces Françaises d’Afrique en fermant la base militaire de Dakar » qui figure pourtant dans « le livre blanc de la Défense et de la sécurité nationale » Française publié en 2008. Si l’impérialisme Français qui ne cesse de s’affaiblir cherche à réduire ses bases à deux en Afrique tout en développant sa capacité militaire d’intervention rapide directe ou indirecte à travers des forces « Européennes » et/ou « Africaines », les spéculateurs immobiliers et terriens lorgnent déjà sur les terrains occupés par les bases militaires qui devront lever le camp.

Beaucoup s’étonnent de la tendance actuelle à la monarchisation des pouvoirs africains. Les fils Eyadéma, Bongo, Khadafi, Wade illustrent cette tendance à la préservation du pouvoir au sein d’une famille non plus seulement politique mais biologique. Il s’agit ici d’un greffe féodale, celle de l’ancien régime Africain qui a pactisé avec la colonisation, sur le nouveau régime semi-colonial Françafricain issu du régime colonial lui même. Les bourgeoisies semi-coloniales Africaines ont lié leur sort à la domination impérialiste et donc de dictatures militaires et civiles des années 60/70/80, elles vont s’intégrer et s’adapter à la nouvelle restructuration multipartiste impulsée à la fin des années 80 suite aux « conférences nationales ». La particularité de cette ère multipartiste réside dans le fait qu’elle a été la conséquence politique du triomphe de la pensée unique libérale, celle des plans d’ajustement structurel, celle de la dévaluation du franc cfa et des privatisations qui se poursuivent encore aujourd’hui du patrimoine économique national.

Un des graves effets du triomphe du libéralisme a été la dangereuse dépolitisation d’une partie de la jeunesse africaine universitaire, individualisée, affairiste et dépouillée de tous sentiments patriotiques, dont les fils Eyadéma, Bongo, Wade sont les purs produits caricaturaux. Il n’échappera pas ainsi à l’observateur attentif que la monarchisation Wadiste en cours est consécutive à la fois de ce bradage des biens nationaux et de celui en cours des terres urbaines et rurales. S’approprier le pays en se donnant le droit de vendre les terres est une caractéristique de la bourgeoisie Françafricaine dont la base sociale est à la fois féodale, ethnique ou religieuse et capitaliste.

Il existe même une alliance panafricaine de cette bourgeoisie aux contours idéologiques et économiques Françafricains qui se soutiennent mutuellement. C’est le cas selon certaines sources entre les fils Eyadéma, Bongo et Wade, etc. L’impérialisme Français a manifestement choisi d’intégrer ce panafricanisme féodalo-bourgeois monarchisant dans sa stratégie de préservation du pré-carré Françafricain complément du dispositif qui consiste à intervenir militairement pour imposer ses proconsuls comme au Tchad ou à organiser des putschs électoraux comme au Niger (AREVA), au Gabon (Total), au Togo ou à soutenir les putschs militaire comme en Guinée (Lansana Konté puis CNDD). L’expérience ratée d’une succession politique Françafricaine à l’Ivoirienne qui a conduit à la séparation de fait du pays en zones contrôlées par le pouvoir issu des urnes et par les ‘rebelles’ avec à la clef l’intervention militaire Française contre le pouvoir légal est certainement un facteur explicatif de l’évolution vers la monarchisation Françafricaine en cours. C’est là un nouvel arsenal de l’impérialisme Français pour préserver sa sphère de domination semi-coloniale en Afrique.

L’alternance et la recomposition politique de la Gauche

Des forces politiques de la Gauche avaient participé au pouvoir du PS après la trahison par le PDS et A. Wade de la révolte populaire anti-fraude électorale de 1988. La majorité de la Gauche s’est retrouvée au pouvoir une fois obtenue cette conquête démocratique qu’est l’alternance.

En fait le piège dans lequel le réformisme a conduit la Gauche est celui contre lequel mettait en garde avec une pertinence d’une actualité saisissante au Sénégal le clairvoyant F. Engels en 1894 sur la situation italienne d’alors: « Après la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques sièges au nouveau gouvernement - mais toujours en minorité. Cela est le plus grand danger. Après février 1848, les démocrates socialistes français (...) ont commis la faute d’accepter des sièges pareils. Minorité au gouvernement des républicains purs, ils ont partagé volontairement la responsabilité de toutes les infamies votées et commises par la majorité, de toutes les trahisons de la classe ouvrière à l’intérieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvrière était paralysée par la présence au gouvernement de ces messieurs, qui prétendaient l’y représenter » (La révolution italienne à venir et le Parti Socialiste - P.486).

Les travaux pratiques de la collaboration au gouvernement de la bourgeoisie libérale semi ou néo coloniale ont provoqué des implosions au sein des différentes composantes de la Gauche et ont impulsé un processus nouveau de recherche d’unification. Les expériences en cours forcent à relativiser les divergences qui apparaissaient colossales il y a quelques décennies. Elles révèlent aussi les erreurs commises par les uns et les autres et le grand travail théorique à faire pour maîtriser la science révolutionnaire.

L’évolution même au plan international avec Chine, Vietnam, Corée du Nord, Cuba et l’Amérique du sud et les expériences Bolivariennes et la ré émergence de la question nationale Amérindiennes exigent de revoir nos « certitudes » à partir du critère de la pratique. Ces expériences nouvelles et celles qui prolongent l’époque du camp socialiste doivent inspirer nos réflexions et notre travail théorique et pratique pour frayer la voie à l’indispensable force de Gauche dont les travailleurs et notre peuple ont besoin pour s’émanciper et se libérer véritablement de l’oppression impérialiste.

L’enjeu aujourd’hui n’est plus les attributs officiels et apparents de l’indépendance politique, mais celui de l’indépendance réelle qui permet de rompre avec le cycle infernal du développement du sous développement inévitable parce que l’impérialisme tel une sangsue parasitaire suce nos pays les vidant de nos richesses naturelles, de son capital le plus précieux ses enfants et les transforme en un marché pour déverser ses marchandises.

Faisant le bilan de nos échecs du PAI à nos jours, mais conscients que tous les progrès ont été possibles grâce à l’engagement de la Gauche, nous avons les moyens d’éviter à notre peuple la célébration des noces de diamant de l’alliance entre l’impérialisme et une bonne partie de la classe politique sénégalaise de la bourgeoisie collaboratrice. Voilà comment nous pourrons ainsi réinventer le 4 avril.

Fait le 01/04/10



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