Il
a existé durant l’antiquité une « solennité
publique qui, se célébrant de cinquante en cinquante
ans, amenait la rémission de toutes les dettes, la restitution
de tous les héritages aux anciens propriétaires, la
redistribution des terres et la mise en liberté de tous les
esclaves ». C’est le jubilé.
C’est
le jubilé partout, de Dakar à Addis Abeba, de Rabat à
Pretoria, l’élite gouvernante invite les peuples à
fêter les 50 ans des indépendances africaines. Sont
aussi de la fête les capitales des ex-puissances
colonisatrices. Paris s’apprête, apprend-on, à
faire défiler le 14 juillet prochain sur les Champs Elysées
des « tirailleurs sénégalais » et
des troupes des Etats indépendants de la Françafrique.
Y
a-t-il dans nos pays, en Afrique et au Sénégal,
cinquante ans après les indépendances, des raisons de
jubiler ? Y a-t-il des raisons de se réjouir, de se
féliciter, de s’amuser, d’applaudir, de triompher,
d’être content de la marche de nos pays en cette année
2010 ?
Les
morts ne sont pas morts, ils féconderont l’Afrique
nouvelle
Un
regard rétrospectif montre que partout, les anciens colons se
sont battus jusqu’au bout contre l’indépendance.
Contre le FLN en Algérie, le PAIGC et le PDG/RDA (Sékou
Touré) dans les deux Guinées, l’UPC au Cameroun,
le MPLA d’Augusto Neto en Angola, le FRELIMO d’Eduardo
Mondlane au Mozambique, la ZANU de Robert Mugabe au Zimbabwe, la
SWAPO en Namibie, l’ANC en Afrique du sud, etc.
Au
niveau des maillons faibles de la chaîne coloniale la
décolonisation a pris des tournures violentes faites de
massacres comme en 1947 à Madagascar et au Cameroun contre
l’insurrection de 1955 à 1972. Massacres, répressions
violentes, assassinats, mais aussi corruptions ont été
utilisés par les forces coloniales et leurs alliés
internes pour éliminer les leaders et les organisations
véritablement indépendantistes et saboter la libération
anti-coloniale dans l’unité des peuples africains.
Dans
des pays comme le Sénégal, avant-poste et tête de
pont colonial en Afrique, où la conscience et l’organisation
anti-coloniale féconda en 1957 le PAI vite réprimé,
l’idée de collaboration allait prendre le dessus
permettant au colonialisme de placer des hommes de confiance aux
postes de commandes pour sauvegarder leurs intérêts.
En
réalité, dans les années 60, nous avons assisté
à une sorte de « décentralisation »
à l’échelle des empires coloniaux qui a donné
naissance à des sortes de « communautés
rurales » du Sénégal, de la Côte
d’ivoire, du Cameroun, du Togo, du Bénin, du Tchad, du
Congo, du Gabon, du RDC/Zaïre, etc. La concentration
administrative coloniale avait atteint ses limites et
« décentraliser », ne serait-ce que
tactiquement, était devenu incontournable. Ces « collectivités
territoriales » coloniales ont été ainsi
bombardées du label « d’Etats indépendants »
avec drapeau, hymne et président qui rappelle le pro-consul de
l’empire romain antique et peu importe qu’elles aient
cinq, neuf ou trente millions d’habitants. Que ces
« collectivités locales » coloniales
aient constitution, cour suprême, conseil d’Etat,
assemblée nationale…peu nous en chaut !
Voilà
ce qui explique qu’avant et depuis 1960, les anciens colons et
leurs complices africains ont eu recours aux assassinats ciblés,
aux tripatouillages constitutionnels, aux coups d’Etat
militaires ou civils…jusqu’à la tactique récente
de succession des présidents collabos par leur fils.
Voilà
pourquoi ce que l’on doit célébrer ce 4 avril
2010, ce sont les martyrs dont certains sont morts les armes aux
mains en luttant justement contre l’indépendance
truquée, celle qui a consisté à passer du
colonialisme au néocolonialisme. Les dignes fils d’Afrique
qui sont morts au combat, mais qui ne seront jamais déshonorés.
Ceux-là qui ont pour nom : Lamine Arfan Senghor, Tièmokho
Garang Kouyaté, Patrice Lumumba, Pierre Mulélé,
Ruben Um Nyobe, Roland Félix Moumié, Osende Afana,
Abane Ramdane, Ferhat Hached, Mehdi Ben Barka, Frantz Fanon, N’Kwamé
Nkrumah, Amilcar Cabral, Eduardo Mondlane, Samora Machel, Julius
Nyerere, Augusto Neto, Steve Biko, Cheikh Anta Diop, Mariem Ngouabi,
Thomas Sankara, etc. Ceux là qui méritent nos cœurs
vivants et l’Afrique entière comme tombeau afin que de
leur souvenir nous réinventions le futur.
Cinquantenaire
partout, indépendance nulle part !
Ces
dignes fils d’Afrique ont été assassinés
et les moins illustres, mais tout aussi valeureux, se sont vus
imposés prison, marginalisation, exil forcé, atteinte à
leur intégrité physique, restriction de leurs
droits…Ainsi, aux peuples d’Afrique ont été
imposés les bourreaux tels que Eyadema, Kérékou,
Mobutu, Bokassa, Idi Amin, Bongo, Sassou, Idriss Déby, Hassan
II, Lansana Conté, Ben Ali, etc., mais aussi d’autres
avec parures comme L.S. Senghor, Houphouët Boigny, Bourguiba,
etc.
Aux
peuples d’Afrique se sont imposés ensuite les A. Wade,
Yayi Boni, Mohamed VI…qui ont eux aussi appliqué une
politique d’abandon des intérêts nationaux. Ainsi
que tous ceux qui pensent que « le FMI et la BM sont
incontournables ». Il est donc tout à fait normal
que par ces faits « l’Afrique soit mal partie » !
Qu’il semble que l’Afrique « refuse le
développement » ! Qu’en Afrique, le seul
résultat tangible soit « le développement du
sous-développement ». Le passage de berceau à
tombeau de l’humanité.
En
ce 4 avril 2010, répondons à l’invitation du
poète. « Les miroirs feraient bien de réfléchir
un peu avant de renvoyer les images ».
Les
noces d’or de la victoire d’une partie de la classe
politique africaine sur une autre au détriment des peuples
africains. Les noces d’or d’une bourgeoisie sénégalaise,
africaine servile qui a capitulé pour se mettre au service des
intérêts de l’ex-bourgeoisie coloniale. Les noces
d’or de ce que certains appellent le néocolonialisme et
d’autres semi colonialisme. Les noces d’or de la victoire
du centre capitaliste sur la périphérie africaine
spoliée. Voilà de quoi ce 4 avril est la date !
Comprenons donc que ce jubilé mérite d’être
fêté en grande pompe.
L’impérialisme
c’est Orange sur nos téléphones mobiles ! Le
néo colonialisme c’est Transrail sur le Dakar-Bamako !
Le semi colonialisme c’est les bases militaires françaises
en Afrique ! L’apatridie c’est nos langues
nationales ravalées au rang de folklore ! La servilité
c’est les principales banques et industries contrôlées
par les Firmes étrangères ! La soumission c’est
la zone franc, puis la dévaluation du franc Cfa ! C’est
Total qui fait la loi au Tchad, au Gabon, au Congo, Areva au Niger,
Bolloré au Cameroun, Bouygues au Mali, Rio Tinto en Guinée,
Mimran au Sénégal, BNP, Crédit Lyonnais, Banque
de France et ses succursales la Bceao et la Beac, etc. ! C’est
le génocide rwandais et les menaces de partition de la Côte
d’Ivoire ! C’est l’émigration par les
pirogues qui transforme l’Atlantique en cimetière des
jeunes ! C’est les pandémies du paludisme, du
choléra et du SIDA ! C’est les inondations, les
coupures de courant, la faim !
Pour
arriver à ce résultat, il fallait que les colons aient
des hommes de mains. Des suppôts locaux, collabos nationaux,
complices ‘petits nègres’ qui soutiennent la
Françafrique, acceptent plans d’ajustements structurels,
bradage, dévaluation, privatisation, déprotections
douanières, baisse des budgets des secteurs sociaux, éducatifs
et de la santé, suppression des subvention aux paysans…,
bref tout diktat imposé par le FMI, la Banque Mondiale et
l’OMC. Acceptant l’emprisonnement des Etats issus de
l’AEF et de l’AOF dans la zone franc, cette monnaie qui
fait d’eux des (semi ou néo) Colonies Françaises
d’Afrique. Autant d’exemples qui confirment, si besoin en
était, les propos du colonialiste anglais Benjamin Disraeli.
« Les colonies ne cessent pas d’être des
colonies parce qu’elles sont indépendantes ».
Ce que Kwamé Nkrumah a illustré dans son livre Le
néocolonialisme, dernier stade de l’impérialisme.
Ne
pas confondre l’apparent et le réel
Et
la variété des formes de l’oppression
impérialiste ainsi que les niveaux différents atteints
par la cinquantaine de pays ne change rien à l’essence
du système semi colonial dans lequel l’Afrique a été
maintenue 50 ans durant. Essence qui consiste en un monopole ayant
deux fonctions principales : L’exploitation, le pillage
impitoyable des richesses nationales au bénéfice des
Entreprises impérialistes d’une part et l’association
à cette spoliation d’une bourgeoisie locale corrompue
par les miettes qu’elle reçoit pour service rendu
d’autre part. C’est cela la Françafrique par
laquelle « le pays (semi/néo) colonial est
contraint de sacrifier les intérêts de son développement
indépendant et de jouer le rôle d’appendice
économique (agriculture, matières premières) du
capitalisme étranger, afin de renforcer au détriment
des classes laborieuses du pays (semi/néo) colonial le pouvoir
économique et politique de la bourgeoisie du pays
impérialiste, de perpétuer son monopole (semi/néo)
colonial et de renforcer son expansion dans le reste du monde »
(Thèses sur le mouvement révolutionnaire dans les
colonies et semi-colonies, VIème congrès de
l’Internationale Communistes, 1928). Quand des Africains
acceptent que l’impérialisme volent les peuples
africains, c’est pour eux-mêmes voler leur peuple en
toute quiétude. Bénéficier du retour d’ascenseur
de l’impérialisme en termes de soutien et de protection
contre les adversaires politiques nationaux et contre leurs peuples
d’où les interventions militaires et les putschs.
Hé
bien, ce sont ces laquais africains apatrides qui détiennent
le pouvoir contre les intérêts des peuples africains et
leurs maîtres qui seront à la fête en ce
cinquantenaire. Qui fêteront cinquante ans d’exercice
d’une fonction semi coloniale, qui célèbreront
cinquante ans de mariage avec l’impérialisme. Cinquante
ans qui n’ont certes pas été de tout repos pour
eux. Cinquante ans pendant lesquels ils ont tout de même
réussi, avec leurs alliés impérialistes, à
pérenniser la domination. Pour le plus grand malheur des
peuples d’Afrique !
Les
armées battues sont à bonne école
Mais
du PAI à nos jours nous avons les moyens d’éviter
à nos peuples la célébration des noces de
diamant de l’alliance entre l’impérialisme et une
bonne partie de l’élite bourgeoise africaine
collaboratrice. La multipolarité progressive de ce monde et
les expériences en cours dans plusieurs pays Sud-américains,
en plus de constituer des notes d’espoir dans cette symphonie
impérialiste, participent à confirmer que les armées
défaites sont allées à bonne école. A
l’Afrique combattante de rejoindre le mouvement enclenché
en Asie et Amérique du sud vers le progrès, vers le
développement.
…
C’est
le jubilé. Le président A. Wade nous y invite. Y a-t-il
dans notre pays, au Sénégal, cinquante ans après
les indépendances, des raisons de jubiler ? Y a-t-il des
raisons de se réjouir, de se féliciter, de s’amuser,
d’applaudir, de triompher, d’être content de la
marche de nos pays en cette année 2010 ?
Cinquantenaire
et 10 ans d’alternance au Sénégal
La
coïncidence de ces deux événements est
intéressante. Car nous obligeant à refaire le parcours
inverse pour chercher quoi fêter ? Les 10 ans de Wade et
du PDS inaugurent-ils une nouvelle ère différente
quant au fond aux quarante ans du PS ?
L’intérêt
de l’alternance comme acquis démocratique du peuple
sénégalais est de révéler plus que toute
la littérature apologétique, courtisane et les
bouffonneries irresponsables du pouvoir actuel que ce dont le Sénégal
a besoin ce n’est pas d’une alternance mais d’une
alternative. Avant le Sénégal, d’autres pays
avaient expérimenté l’alternance. Les alternances
Soglo et Kérékou au Bénin et Manley et
Seaga en Jamaïque pour ne citer que ces exemples. Expériences
dont nous, les progressistes, aurions du nous instruire. Expériences
qui révèlent toutes la même chose : des
alternances sans alternative appliquant les recettes impérialistes
du FMI, de la Banque Mondiale et de l’OMC aboutissent au même
cul-de-sac !
Mais
la vie, c'est-à-dire la lutte des peuples et des classes,
prend souvent des détours. Le détour sénégalais
a abouti à la même conclusion : l’alternance
ne suffit pas ! Car l’alternance seule ne répond
pas à la question de savoir si on va continuer à mettre
en place le PDEF, etc. Si on va continuer à accepter de ne pas
avoir une banque nationale de développement et donc se
contenter des Banques Françaises et étrangères
déguisées en Bicis, Cbao, etc. Si on va continuer à
accepter l’impérialiste division internationale du
travail qui nous ravale au rang de fournisseurs de matières
premières (phosphates, arachides, marbre, or), de
marché-déversoir, de Club-Méd pour touristes en
mal de dépaysement, etc. Si on va continuer à appliquer
les recettes des institutions de Bretton-woods dont l’unique
but est faire payer à notre peuple la dette et ses intérêts
qui n’en finissent pas.
Le
régime de Wade, du PDSL a échoué car, comme le
précédent PS, il n’a d’autre programme que
d’appliquer les diktats du FMI et de la BM. Les défenseurs
du régime de Wade disent souvent tout comme leurs
prédécesseurs PS : « la situation du
Sénégal est du à la crise internationale ».
C’est justement cela l’impérialisme !
Locomotive mondialisée à laquelle notre pays et
l’Afrique sont arrimés de force. C’est pourquoi
l’heure est à l’édification de
l’alternative.
Du
colonialisme au néo-colonialisme
Senghor,
Diouf et Wade, leurs partis PS et PDS, représentent en fait
les forces sociales et politiques qui ont concocté en 1960 le
« deal » qui a conduit à la date du 4
avril qu’ils fêtent aujourd’hui.
Pour
réaliser le passage de la colonie à la néo ou
semi colonie, il a fallu d’abord saborder la Fédération
du Mali. Rappelons que le « Soudan » et le
« Sénégal » étaient les
deux derniers qui ont tenté de préserver l’unité
panafricaine après le piège de la gouvernance
territorialisée appelée « autonomie
interne » instaurée par la « loi-cadre-Deferre ».
En effet celle-ci fut une tactique du diviser pour mieux régner
du colonialisme Français afin de faire exploser le projet
panafricain que préfigurait le congrès fondateur du
Rassemblement Démocratique Africain (RDA) d’octobre 1946
à Bamako. Un à un les « territoires »
de l’AOF vont se replier dans un « nationalisme »
étroit vis à vis des autres « territoires ».
Ce repli bourgeois sur le « marché local »,
qui va produire les futurs Etats indépendants en 1960, se
reflètera dans le vote OUI à la « communauté
Française ». Et seule la Guinée sous l’égide
du PDG votera massivement NON. Cinq mois après sa
proclamation, le 4 avril 1960, la Fédération du Mali
éclatera comme aboutissement de la division initiée par
la « loi-cadre » et par la mise en place
progressive de la Françafrique. Faisons remarquer que la seule
institution de l’AOF et l’AEF qui sera préservée
sera la zone franc et le franc cfa, monnaie coloniale arrimée
au franc Français et à l’euro avec dépôt
de 65% et aujourd’hui de 50% des réserves de change des
Etats de la Bceao et de la Beac.
Ensuite
la mainmise Françafricaine se manifestera par la provocation,
la répression puis l’interdiction du PAI suite aux
élections locales de juillet 1960. A Saint-Louis (Ndar), les
élections sont manifestement remportées par le PAI. Ce
que démontre assez clairement le procès des inculpés
Majhmout Diop, secrétaire général, Madické
Wade, etc., notamment à travers les auditions pourtant à
charge du gouverneur Daniel Cabou. La provocation commence par
l’expulsion illégale des représentants du PAI des
bureaux de vote. Puis par l’utilisation de la police et de
nervis pour s’attaquer aux militants qui résistaient à
l’expulsion. La pasonaria Tchoumbé Samb s’illustra
par son courage pour s’opposer aux fraudes. Ensuite pour
brouiller les cartes, on crée la confusion générale
qui débouche sur les arrestations des militants PAI et la
proclamation de résultats électoraux donnant la
victoire au pouvoir.
Une
fois débarrassée du PAI par son interdiction, la
fraction relativement patriotique du pouvoir, celle d’ailleurs
qui a été utilisée pour en finir avec le PAI,
elle-même est éliminée par un putsch en 1962.
Pour ce faire les agents néo ou semi coloniaux, en
l’occurrence Senghor, se sont servis du voyage de Mamadou Dia
en URSS pour lancer l’accusation de « tentative de
coup d’état » et l’écarter du
pouvoir. Dans le régime parlementaire type IVème
République, le président du Conseil, Mamadou Dia,
exerçait la réalité du pouvoir alors que le
président de la République, L.S. Senghor, avait un
pouvoir symbolique à l’instar de la Reine d’Angleterre.
C’est ainsi qu’est instauré le régime
présidentiel avec Senghor qui va ensuite par le biais d’un
traficotage constitutionnel de l’article 35 donné en
héritage le pouvoir à son dauphin A. Diouf.
Notons
que c’est donc dans la lutte contre les forces patriotiques,
principalement celle de la gauche incarnée par le PAI à
l’époque, que le régime néo ou semi
coloniale s’est stabilisée et imposée. C’est
ce que démontrent le Doyen Alla Kane quand il cite les
chiffres ci-après de la répression au Sénégal
contre le PAI révélés par feu Maître
Babacar Niang : « du mois de mars 1962 au mois
d’octobre 1975, la juridiction d’exception sous Senghor a
prononcé plus de trois cents (300) années
d’emprisonnement, plus de deux cents (200) années de
travaux forcés à temps, plusieurs condamnations à
perpétuité, dont deux condamnations à mort
exécutées » (La Gauche : S’unir
ou continuer de dépérir, Rapport du CNP, 8 août
2009).
Comme
cela arrive toujours la répression va engendrer la division
PAI, PIT, LD/MPT, AJ, etc. Les nouvelles forces de Gauche vont à
la fois lutter contre le pouvoir semi-colonial, mais aussi lutter les
unes contre les autres. Les démembrements issus du PAI vont
tour à tour subir à leur tour la répression du
pouvoir PS et certains connaître aussi la prison, la
persécution, à l’instar des militants de Ferñent
/ M.T.P-S, dont notre regretté camarade feu Birane Gaye.
Le
bipartisme semi-colonial
Une
fois le PAI du Manifeste du 15 septembre 1957 et la révolte
estudiantine, ouvrière et populaire de mai-juin 1968 écrasés,
le régime PS va se donner le rôle de vitrine
« démocratique » de la Françafrique
en organisant le « multipartisme limité à
quatre tendances ». La manœuvre politique avait pour
but de forger la bipolarisation de la scène politique en
marginalisant les forces révolutionnaires de gauche et
patriotiques. Senghor se débarrassa du parti d’opposition
réelle qu’était le RND de feu le savant
Egyptologue et panafricaniste Cheikh Anta Diop en l’interdisant
tout simplement. C’est ainsi que naquit le PDS qui s’est
auto-défini comme « parti de contribution »,
lequel fut autorisé à participer à un duel
électoral avec Senghor en 1978 sous l’appellation
significative de « Laye Ndiombor ».
Ainsi
fut mis en route le processus qui allait conduire à imposer le
domination de la scène politique sénégalaise par
le bipartisme PS/PDS dans le cadre du « multipartisme
intégral » institué par A. Diouf à
partir de 1981.
Les
élections de 1983, de 1988, 1993 vont servir à
installer ce bipartisme faisant de A. Wade et du PDS le « chef
naturel » de l’opposition. En 1993 il y eut une
tentative de briser ce piège bipartiste avec la candidature de
Landing Savané, puis en 2000 ce fut celle de Mademba Sock.
Mais il faut dire clairement que cet état de fait a été
admis, entériné, théorisé, puis mis en
pratique par la majorité écrasante des forces de la
gauche jusqu’à l’alternance de 2000.
L’alternance
et la Monarchisation Françafricaine
A.
Wade a déclaré vouloir garder le pouvoir pendant 50
ans. Bien sûr certains pensaient à sa famille politique
libérale, mais on découvre que la famille à
laquelle pense le « père » n’est
pas uniquement idéologique, elle est aussi biologique. En plus
d’avoir prolongé, A. Wade et le PDSL amplifient le
désastre national et social dans lequel le Sénégal
s’enfonce depuis le règne du PS.
La
catastrophe visible n’empêche pas les bouffonneries
présidentielles Wadistes d’annoncer, par exemple, en se
l’appropriant une décision de « redéploiement
des forces Françaises d’Afrique en fermant la base
militaire de Dakar » qui figure pourtant dans « le
livre blanc de la Défense et de la sécurité
nationale » Française publié en 2008. Si
l’impérialisme Français qui ne cesse de
s’affaiblir cherche à réduire ses bases à
deux en Afrique tout en développant sa capacité
militaire d’intervention rapide directe ou indirecte à
travers des forces « Européennes » et/ou
« Africaines », les spéculateurs
immobiliers et terriens lorgnent déjà sur les terrains
occupés par les bases militaires qui devront lever le camp.
Beaucoup
s’étonnent de la tendance actuelle à la
monarchisation des pouvoirs africains. Les fils Eyadéma,
Bongo, Khadafi, Wade illustrent cette tendance à la
préservation du pouvoir au sein d’une famille non plus
seulement politique mais biologique. Il s’agit ici d’un
greffe féodale, celle de l’ancien régime Africain
qui a pactisé avec la colonisation, sur le nouveau régime
semi-colonial Françafricain issu du régime colonial lui
même. Les bourgeoisies semi-coloniales Africaines ont lié
leur sort à la domination impérialiste et donc de
dictatures militaires et civiles des années 60/70/80, elles
vont s’intégrer et s’adapter à la nouvelle
restructuration multipartiste impulsée à la fin des
années 80 suite aux « conférences
nationales ». La particularité de cette ère
multipartiste réside dans le fait qu’elle a été
la conséquence politique du triomphe de la pensée
unique libérale, celle des plans d’ajustement
structurel, celle de la dévaluation du franc cfa et des
privatisations qui se poursuivent encore aujourd’hui du
patrimoine économique national.
Un
des graves effets du triomphe du libéralisme a été
la dangereuse dépolitisation d’une partie de la jeunesse
africaine universitaire, individualisée, affairiste et
dépouillée de tous sentiments patriotiques, dont les
fils Eyadéma, Bongo, Wade sont les purs produits caricaturaux.
Il n’échappera pas ainsi à l’observateur
attentif que la monarchisation Wadiste en cours est consécutive
à la fois de ce bradage des biens nationaux et de celui en
cours des terres urbaines et rurales. S’approprier le pays en
se donnant le droit de vendre les terres est une caractéristique
de la bourgeoisie Françafricaine dont la base sociale est à
la fois féodale, ethnique ou religieuse et capitaliste.
Il
existe même une alliance panafricaine de cette bourgeoisie aux
contours idéologiques et économiques Françafricains
qui se soutiennent mutuellement. C’est le cas selon certaines
sources entre les fils Eyadéma, Bongo et Wade, etc.
L’impérialisme Français a manifestement choisi
d’intégrer ce panafricanisme féodalo-bourgeois
monarchisant dans sa stratégie de préservation du
pré-carré Françafricain complément du
dispositif qui consiste à intervenir militairement pour
imposer ses proconsuls comme au Tchad ou à organiser des
putschs électoraux comme au Niger (AREVA), au Gabon (Total),
au Togo ou à soutenir les putschs militaire comme en Guinée
(Lansana Konté puis CNDD). L’expérience ratée
d’une succession politique Françafricaine à
l’Ivoirienne qui a conduit à la séparation de
fait du pays en zones contrôlées par le pouvoir issu des
urnes et par les ‘rebelles’ avec à la clef
l’intervention militaire Française contre le pouvoir
légal est certainement un facteur explicatif de l’évolution
vers la monarchisation Françafricaine en cours. C’est là
un nouvel arsenal de l’impérialisme Français pour
préserver sa sphère de domination semi-coloniale en
Afrique.
L’alternance
et la recomposition politique de la Gauche
Des
forces politiques de la Gauche avaient participé au pouvoir du
PS après la trahison par le PDS et A. Wade de la révolte
populaire anti-fraude électorale de 1988. La majorité
de la Gauche s’est retrouvée au pouvoir une fois obtenue
cette conquête démocratique qu’est l’alternance.
En
fait le piège dans lequel le réformisme a conduit la
Gauche est celui contre lequel mettait en garde avec une pertinence
d’une actualité saisissante au Sénégal le
clairvoyant F. Engels en 1894 sur la situation italienne d’alors:
« Après la victoire commune, on pourrait nous
offrir quelques sièges au nouveau gouvernement - mais toujours
en minorité. Cela est le plus grand danger. Après
février 1848, les démocrates socialistes français
(...) ont commis la faute d’accepter des sièges pareils.
Minorité au gouvernement des républicains purs, ils ont
partagé volontairement la responsabilité de toutes les
infamies votées et commises par la majorité, de toutes
les trahisons de la classe ouvrière à l’intérieur.
Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvrière était
paralysée par la présence au gouvernement de ces
messieurs, qui prétendaient l’y représenter »
(La révolution italienne à venir et le Parti Socialiste
- P.486).
Les
travaux pratiques de la collaboration au gouvernement de la
bourgeoisie libérale semi ou néo coloniale ont provoqué
des implosions au sein des différentes composantes de la
Gauche et ont impulsé un processus nouveau de recherche
d’unification. Les expériences en cours forcent à
relativiser les divergences qui apparaissaient colossales il y a
quelques décennies. Elles révèlent aussi les
erreurs commises par les uns et les autres et le grand travail
théorique à faire pour maîtriser la science
révolutionnaire.
L’évolution
même au plan international avec Chine, Vietnam, Corée du
Nord, Cuba et l’Amérique du sud et les expériences
Bolivariennes et la ré émergence de la question
nationale Amérindiennes exigent de revoir nos « certitudes »
à partir du critère de la pratique. Ces expériences
nouvelles et celles qui prolongent l’époque du camp
socialiste doivent inspirer nos réflexions et notre travail
théorique et pratique pour frayer la voie à
l’indispensable force de Gauche dont les travailleurs et notre
peuple ont besoin pour s’émanciper et se libérer
véritablement de l’oppression impérialiste.
L’enjeu
aujourd’hui n’est plus les attributs officiels et
apparents de l’indépendance politique, mais celui de
l’indépendance réelle qui permet de rompre avec
le cycle infernal du développement du sous développement
inévitable parce que l’impérialisme tel une
sangsue parasitaire suce nos pays les vidant de nos richesses
naturelles, de son capital le plus précieux ses enfants et les
transforme en un marché pour déverser ses marchandises.
Faisant
le bilan de nos échecs du PAI à nos jours, mais
conscients que tous les progrès ont été
possibles grâce à l’engagement de la Gauche, nous
avons les moyens d’éviter à notre peuple la
célébration des noces de diamant de l’alliance
entre l’impérialisme et une bonne partie de la classe
politique sénégalaise de la bourgeoisie collaboratrice.
Voilà comment nous pourrons ainsi réinventer le 4
avril.
Fait
le 01/04/10
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