Rappel
du contexte : Le mercredi 28 janvier 2008, lors des
négociations entre le collectif Lyannaj Kont Pwofitasyon
(LKP), les élus, les représentants des
socioprofessionnels et l’encadrement de l’Etat, le préfet
quitte les négociations. L’ambiance est lourde.
Monsieur
Willy ANGELE, président du MEDEF Guadeloupe affirme qu’il
est prêt à travailler sur un projet de territoire s’il
le faut, il exprime, à travers son expérience de Mai
1967, son aversion pour les débordements violents et ne veut
pas voir son pays se déchirer comme le firent les Tutsis et
les Hutus.
Je
tiens à réagir au propos concernant les hutus et
tutsis. Je salue Monsieur Arconte, directeur du Travail qui est resté
dans cette réunion, je ne sais pas s’il est Hutu ou
Tutsi…
Tout
simplement pour affirmer, Monsieur Angele (patron du
MEDEF-Guadeloupe), que nous ne pouvons nier que vous, Madame Koury
(présidente de la Chambre de Commerce et d’Industrie de
Pointe A Pitre), M. Payen (membre du Comité Economique et
Social) soyez des guadeloupéens, ce n’est pas notre
propos. Ce que nous affirmons est que la société
guadeloupéenne s’est construite sur des rapports de race
et de classe depuis 400 ans. Aujourd’hui, dans la pyramide, le
pouvoir correspond à une couleur, on vient de le constater
(les représentants de l’Etat ont quitté les
négociations). En Guadeloupe actuellement, au sommet de la
pyramide, on retrouve les blancs et les européens, au bas de
l’échelle se situent les nègres et les indiens,
c’est un constat.
On
nous parle de paix sociale! La paix sociale ne peut exister dans un
pays quand la majorité de ses enfants est exclue du travail,
est exclue du savoir, est exclue des responsabilités.
Aujourd’hui, en analysant les 50 plus grandes entreprises en
Guadeloupe, leurs cadres ne sont pas des guadeloupéens
d’origine africaine ou indienne, c’est la vérité!
En observant les administrations, les services de l’Etat, les
chefs de services et les cadres ne sont pas majoritairement des
guadeloupéens d’origine africaine ou indienne! Dire le
contraire, c’est mentir, c’est la vérité !
Quels sont les services que les guadeloupéens d’origine
africaine et indienne gèrent en Guadeloupe ? Ce sont les
services qui relèvent de la gestion de la misère!
La
CMU (la Couverture Maladie Universelle), le Revenu Minimum
d’Insertion, Monsieur Lubeth, le pôle emploi
ANPE-ASSEDIC, Monsieur Dumurier, la CAF et l’API (Allocation
Parent Isolé) Monsieur Saint-Clément. Les
guadeloupéens d’origine africaine et indienne gèrent
la misère des guadeloupéens! Dans tous les autres
services de l’Etat qui exercent un pouvoir, tant dans leur
direction que dans leur staff d’encadrement, on ne trouve pas
de guadeloupéens d’origine africaine ou indienne!
Bien
évidement, on nous parle de formation, c’est faux archi
faux! Nous connaissons des diplômés «à la
tonne», ils ne travaillent pas en Guadeloupe! Dernièrement,
j’ai reçu une jeune femme diplômée en
ressources humaines qui postulait sur un poste à Air France ;
on lui a proposé un poste d’hôtesse de l’air.
Sur ce poste a été recrutée une personne venant
de France avec moins de diplômes qu’elle! Nous
l’interprétons ainsi, des questions de couleur de peau,
la réalité telle que nous la percevons. En France,
concernant les offres marchandes dans le secteur privé, 6% des
ces offres sont gérées par l’intérim et
les cabinets de consultants. En Guadeloupe 50% des ces offres sont
gérées par ce secteur! Et qui dirigent ces cabinets
d’intérim et de consultants? Qui y travaillent? Ce ne
sont pas majoritairement des guadeloupéens d’origine
africaine et indienne! Aujourd’hui en Guadeloupe, on embauche
du personnel sous le sigle BBR! Un bleu blanc rouge !
J’ai
travaillé en France, il m’a été demandé
d’embaucher un BBR, un 01, codification informatique 01
signifiant « nationalité française »! Ou un
vrai 01 signifiant un français blanc! Voilà ce qui se
passe sur la discrimination raciale à l’embauche. Cela
explique pourquoi de jeunes diplômés guadeloupéens
et martiniquais ont déjà mis en ligne plusieurs blogs
dont http://antildiscrim.skyrock.com/
où ils expriment ce qui leur arrive, la victimisation dans le
système! C’est la vérité, la Guadeloupe a
été construite sur des rapports de classe et de race
qui perdurent depuis 400 ans!
Le
système de la plantation a été maintenu, prenons
des exemples monsieur Angele. Prenons des entreprises comme
CARREFOUR, MR BRICOLAGE ; est ce que la photographie de leur
encadrement correspond à la réalité ethnique de
la Guadeloupe, à la réalité sociale ? NON et NON
!
C’est
une évidence ! Face à cette situation, nous affirmons
pour répondre à votre remarque sur les Tutsis et Hutus,
que nous ne sommes pas du tout dans ce schéma, nous ne
contestons pas que vous soyez guadeloupéen tout comme monsieur
Payen, sinon on se mettra à contester le caractère
guadeloupéen de n’importe qui ! Nous l’affirmons
de nouveau, la paix sociale ne peut exister dans un pays quand la
majorité d’un peuple est exclue!
Et
aujourd’hui en Guadeloupe, 99,99% des chômeurs sont des
guadeloupéens d’origine africaine et indienne !
Prenons
encore des exemples, à Jarry, des commerces qui ont ouverts
récemment comme Décathlon, Kiabi, Casino.
Je
travaille à l’ANPE, qui était chargée de
réaliser le recrutement de Décathlon. Nous avons
travaillé à la sélection, aux offres d’emploi
comme il le fallait. Par la suite, un cabinet de consultants payé
par le groupe HAYOT a « nettoyé » le travail,
ensuite le personnel est venu de Paris ! Je suis persuadé
qu’en visitant ce magasin n’importe qui a été
interpellé, nous n’interdisons à personne de
travailler, par le fait qu’il est surprenant d’embaucher
un personnel venant de PARIS pour être caissière à
Pointe A pitre! Lorsque nous posons ce problème, on nous taxe
de racisme! Nous résidons dans un pays de 1600 km2, 460 000
habitants, 60 000 chômeurs, nous avons avec la Guyane le plus
important taux de chômage! Nous avons vu récemment un
courrier de Monsieur Vion (hôtelier) affirmant qu’on soit
de la Creuse, de la Guadeloupe, de la Corrèze ou de la
Normandie, on est français. Ce n’est pas aussi simple
Monsieur Vion ! Comment voulez vous que la paix sociale existe en
Guadeloupe si les guadeloupéens ne peuvent pas y travailler!
J’ai
eu l’occasion de vous rencontrer madame Jeanny Marc (maire de
Deshaies, député de la 3è circonscription) sur
ces questions concernant particulièrement l’hôtel
Fort Royal. Un jour est arrivée à l’ANPE une
offre d’emploi pour l’embauche de 40 personnes ayant
comme tâches de couper de l’herbe, laver la vaisselle,
nettoyer les chambres, faire les lits, porter les bagages, avec comme
contrainte «anglais lu parlé et écrit
obligatoire!» Cela signifie que si nos enfants formés au
lycée hôtelier avec un niveau bac+2 ou bac+3 parlent
anglais couramment, c’est cela leur destinée que de
laver la vaisselle dans un hôtel à Deshaies? Nous avons
de nombreux jeunes diplômés en Guadeloupe qui sont
obligés de procéder à l’ensachage de clous
dans des entreprises à Jarry ou réalisent des sandwichs
dans des fast-foods! C’est cela qui leur arrive car ils
refusent de partir et de quitter leur pays espérant à
terme trouver un job! D’autres par contre, partent, prennent
l’avion! Une fois arrivés par exemple en Allemagne ou
ailleurs, c’est fini : ils ne reviendront qu’en vacances,
un fois peut être, ils fonderont une famille, leurs enfants
seront allemands, australiens ou autre et c’est ainsi que la
Guadeloupe perd ses forces vives ! Le processus que nous venons de
décrire concernant l’hôtel Fort Royal est très
subtil, vous le savez bien Monsieur Arconte : dès qu’une
offre d’emploi a été déposée dans
le service public de l’emploi et que cette offre n’a pas
été satisfaite dans un délai de 30 jours, car
pour cette offre on n’aurait trouvé personne en
Guadeloupe, dans ce cas la législation permet d’opérer
«l’introduction de main d’œuvre étrangère»!
C’est ainsi que tout naturellement 45 suédois ont pris
les postes dans un hôtel appartenant à la collectivité
régionale!!! Cela nous permet d’affirmer haut et fort
qu’il faut une priorité d’embauche aux
guadeloupéens en Guadeloupe !
Il
faut que ce qui se passe au sommet corresponde à la situation
ethnique et sociologique du pays!
Cela
est la règle dans tous les pays! Pourquoi aujourd’hui en
France à partir de ce qui s’est déroulé au
Etats-Unis, Christine KELLY a été nommée au CSA,
on a avec empressement nommé une préfète
d’origine Camerounaise sans même s’apercevoir que
madame PIERROT guadeloupéenne de Trois-Rivières occupe
depuis longtemps ce type de poste ! Ces questions nous les posons
sans haine de façon justement à ne pas arriver à
la haine! Car si l’embrasement des banlieues a eu lieu il y a 2
ans, c’était justement parce que ces jeunes se sentant
exclus affirmaient : «Nous sommes français!» De ce
fait une série de mesures furent appliquées, train pour
l’emploi, etc. Ici nous sommes toujours dans le même
système, un système construit sur des rapports de
classe et de race depuis 400 ans! Nous ne reviendrons pas sur les
chiffres, nous sommes les premiers concernant les jeunes filles
mères, nous sommes les premiers avec les guyanais pour le
SIDA, nous sommes les premiers dans nombre d’aspects négatifs!
Par contre dans le domaine sportif, lorsqu’il s’agit du
capitanat de l’équipe de France de foot, réaliser
des performances en athlétisme, nous sommes demandés!
Au point pour nous d’intégrer les domaines où
nous sommes cantonnés ! Lilian Thuram est un grand sportif
mais tous nos enfants seront-ils des Lilian Thuram? Seront-ils des
Teddy Riner? Non! Cela signifie que tous nos enfants ont droit à
la réussite! Quand j’étais petit, je lisais BLEK,
YATACA, ZAMBLA et AKIM! Comme tous les jeunes de mon âge! En
grandissant, un adulte m’a interpellé me déclarant
«Domota, quelque chose ne va pas : le héros, tout seul
le plus fort dans la foret, commande tous les nègres, tous les
serpents, tous les gorilles, toutes les bêtes, le seul blanc
commande tout le monde!» Alors évidemment on se réfère
au héros ! Les héros des guadeloupéens
aujourd’hui, qui sont ils? Thierry Henry, Lilian Thuram!
L’épanouissement,
la réussite par le sport sont des notions fondamentales !
Admettons que nos enfants ne peuvent avoir comme seuls modèles
Thierry Henry et Lilian Thuram!
Il
faut que nos enfants aient comme modèle Nicolo, d’autres
personnes s’illustrant dans d’autres domaines, il faut
que nos enfants osent affirmer : « je voudrais être un
jour monsieur Météo!» Depuis 25 ans c’est
toujours le même actuellement M. R. Mazurie! Nous devons viser
l’excellence mais pour la Guadeloupe! Nos enfants dans leur
développement, lorsqu’ils regardent la télévision
ne voient personne qui leur ressemble!
Dans
les activités professionnelles, celui qui symbolise la
réussite ne nous ressemble pas! Par contre celui qui est dans
la rue nous ressemble! On finira par intégrer si nous sommes
croyants que c’est une malédiction! Rappelons nous
lorsque Cham fut banni, «Tu seras l’esclave de tes
frères», n’est ce pas Monsieur LUREL, vous parliez
de Dieu précédemment. Cham était l’esclave
de Japhet et de Sem.
Sem
étant la lignée des sémites les juifs et les
arabes, Japhet celle des blancs! Depuis la nuit des temps était
écrit que les nègres seraient les esclaves des juifs
des blancs et des arabes! Nous finirons par intégrer cette
soi-disant malédiction! Ou bien nos enfants finiront par se
dire à quoi bon aller à l’école, continuer
à faires des études d’agriculture, de toutes les
façons nous sommes au pied de la croix, restons dans la rue,
prenons les armes! Voilà le modèle de société
vers lequel nous nous dirigeons, que nous devons condamner combattre
et nous mettre ensemble pour en changer le cours et ne pas nous
diriger vers une impasse!
Car
nous dans cette assemblée, nous pouvons penser que nous avons
réussi notre parcours social :
j’ai
42 ans et 3 enfants ; je suis directeur adjoint à l’ANPE.
J’ai réussi quoi aujourd’hui? Un parcours
personnel? Mais que laissons-nous pour nos enfants? Un pays meurtri!
Nous avons eu la démonstration aujourd’hui que nous
devons prendre notre destin en main car la politique publique de
l’Etat français, ne répond pas à nos
exigences! Monsieur Lurel, rassurez-vous, nous ne sommes pas dans une
démarche politicienne car chaque fois que vous vous exprimez,
vous êtes toujours en train de régler les comptes avec
d’autres mais cela ne peut s’adresser à nous.
Notre
démarche vise à régler les exigences sociales
prioritaires du peuple guadeloupéen en souffrance aujourd’hui
! Ajoutons concernant les Hutus et les Tutsis et le respect de la
démocratie : le gouvernement Pétain était
légitime (s’adressant à monsieur ANGELE), le code
noir était légitime (rectification de monsieur ANGELE :
« Pas légitime, légal »), pardon il était
légal ; donc vous êtes pour la légalité.
C’est pour cela que j’affirme que tout a une limite et
que c’est donc le fait qui fait le droit! Si nos ancêtres
n’avaient pas estimé que le Code Noir légal ne
fût pas illégitime, nous en serions toujours à
l’esclavage! Je voulais simplement apporter cette nuance pour
affirmer que ce n’est pas parce qu’un concept est légal
qu’il soit correct. Aussi nous avons entendu les propositions
de Monsieur Lurel, celles de Monsieur Gilot, celles de madame Jeanny
Marc. Nous souhaitons travailler sur vos propositions et nous vous
serions gré de nous les faire parvenir par écrit, de
façon que nous puissions les étudier nous aussi.
Extrait
de la déclaration de M. ELIE DOMOTA du LKP
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