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Dans un
tract
que nous diffusions courant septembre, nous dénoncions
l'incessante stigmatisation en direction des quartiers populaires et
en particulier des populations issues de l’immigration
arabo-musulmane, sous couvert d'un hypocrite « droit au
blasphème » ou de « liberté
d’expression ».
Ainsi,
le journal Charlie Hebdo, fidèle à son habitude
raciste islamophobe, lançait une nouvelle provocation à
sa Une sous les ovations et les louanges d'un pouvoir drapé
dans la « philosophie des Lumières » et
la « liberté d’expression »…
pendant que Manuel Valls, ministre de l’Intérieur,
interdisait à Paris une manifestation de protestation de
musulmans réagissant à cette provocation!
Aujourd’hui
encore, en inculpant Saïd Bouamama et Saïd du groupe ZEP
pour « racisme anti-blanc » en donnant suite en
conscience à une plainte de mouvements fascistes contre leur
livre intitulé « Nique la France », le
pouvoir est une nouvelle fois pris en flagrant délit :
Tout ce qui stigmatise et divise les classes populaires de ce pays
est favorisé et protégé des « totalitarismes »
en tout genre sous couvert de « liberté
d’expression », tandis que tout ce qui, dans les
quartiers populaires, dénonce la françafrique et son
passé colonial, est dénoncé voire réprimé !
Telle
est bien la caractéristique d’une justice de classe,
bourgeoise, capitaliste, qui se cache sous un vernis bien-pensant !
Nous protestons contre cette inculpation inique, émanant d’un
pouvoir qui reste dans le sillage idéologique du
sarko-lepénisme (« racisme anti-blanc »,
criminalisation de rappeur comme jadis celle du groupe « La
Rumeur », … pendant que les propos racistes de
ministre, comme « l'inégalité des
civilisations » de Guéant, restent impunis!), et
appelons les militants, les organisations progressistes à
manifester leur soutien à ces camarades ainsi
qu'à Houria Bouteldja des Indigènes de la République,
elle même inculpée en faisant passer l'utilisation du
terme « français de souche » pour du
racisme anti-blanc !
Nous
publions ci-dessous une interview de Saïd Bouamama pour
DailyNord
qui précise sa
position et analyse les tenants et aboutissants de cette inculpation.
Hasard
de l’actualité (ou pas), alors que Jean-François
Copé nous a gratifié il y a quelques semaines de sa
sortie sur le racisme anti-blanc, ceux qu’on appelle parfois
« les deux Saïd » – les Roubaisiens
Saïd Bouamama, sociologue engagé, et Saïd, du groupe
de hip-hop Z.E.P – viennent d’être mis en examen
par le tribunal de Paris pour « injures publiques envers
une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou
de leur appartenance à une ethnie, une race ou une religion ».
En
août 2010, les deux Roubaisiens avaient sorti le livre « Nique
la France – Devoir d’insolence » et le morceau
de hip-hop « Nique la France », ce qui leur
avait valu un tombereau de réactions indignées (relire
nos différents articles : Nique
la France, le buzz nordiste ne laisse personne indifférent ; « Nique
la France » en question par Jean-Pierre Decool).
A l’époque, une première plainte émanant
d’un identitaire toulousain avait été classée
sans suite. Cette fois, c’est l’Agrif (Alliance Générale
contre le Racisme et pour le Respect de l’Identité
Française et Chrétienne) qui est à la manoeuvre
et qui a réussi à convaincre le parquet d’instruire
l’affaire. Rendez-vous est pris à l’heure de
l’apéro dans un café de Lille-Fives avec Saïd
Bouamama qui, tout en sirotant une bière (pour ceux qui
imagineraient d’emblée le personnage en barbu
intégriste), a bien voulu répondre aux questions de
DailyNord. A 54 ans, ce sociologue formant des travailleurs sociaux,
très investi dans la lutte pour les sans-papiers veut
continuer « à poser des questions embêtantes »
y compris au sein du Front de gauche qu’il soutient.
DailyNord
: Votre mise en examen intervient alors que Jean-François Copé
dénonce le racisme anti-blanc dont seraient victimes certains
Français. Est-ce un hasard ?
Saïd
Bouamama : Non, à force de céder à
l’extrême-droite sur certains points, on assiste à
une droitisation de la société. Copé reprend le
racisme anti-blanc – vieille antienne du FN – à
son compte. L’extrême-droite peut désormais aller
plus loin. A leur place, je dirais : « la circoncision
est inhumaine, il faut l’interdire » et vous
verrez que dans deux ans, le débat sera porté en place
publique. Or au final, c’est toujours l’extrême-droite
qui gagne car la force du facisme, c’est de se présenter
toujours plus net que la photocopie.
DailyNord : Est-ce
à dire que pour vous le racisme anti-blanc est une pure
invention ?
Saïd
Bouamama : Le FN et Copé mélangent deux choses :
d’un côté, les réactions individuelles de
quelques jeunes de quartiers minoritaires qui existent, de l’autre
un racisme structurel et institutionnel qui fait que tu as 30% moins
de chances de trouver un boulot quand tu t’appelles Mohamed ou
Mamadou. Le but étant d’invalider l’anti-racisme.
On observe le même phénomène pour délégitimiser
les féministes : certains prétendent qu’il faut
un mouvement « hommiste » pour défendre
les hommes battus. Comme si on pouvait comparer les deux…
DailyNord
: Quand vous écrivez « Nique la France »
il y a deux ans, quel est votre objectif ?
Saïd
Bouamama : Poser un certain nombre de questions dans une forme
qui oblige à la réaction.
DailyNord
: Au risque d’apparaître non-constructif ?
Saïd
Bouamama : Mais la provocation est le seul moyen pour faire
entendre une souffrance une frange de la population qui n’est
pas entendue et qui n’a pas le droit à la parole.
Quelques mois avant, j’avais écrit un ouvrage « la
France autopsie d’un mythe national » qui pose
les mêmes questions mais de manière plus policée.
Pourquoi certains jeunes dans les banlieues disent « Nique
la France »? Parce qu’ils n’ont pas
l’impression d’être considérés comme
Français. La provocation permet aussi d’avancer.
Regardez, quand je disais il y a quelques années que la France
possèdait encore un héritage colonialiste dont elle
avait du mal à se défaire, on me disait que j’étais
trop radical. Aujourd’hui François Hollande dit qu’il
faut reconnaître le massacre de Thiaroye au Sénégal.
DailyNord
: Mais vous saviez que vous alliez braquer certaines personnes, y
compris à gauche ?
Saïd
Bouamama : Oui, mais il y a eu des critiques avec qui nous avons pu
débattre. Même à gauche, on entend dire que les
gamins doivent s’intégrer alors qu’ils sont
Français. Une partie de la gauche fait une erreur en
construisant son discours sur des moyens. La laïcité, ce
n’est qu’un moyen de bien vivre ensemble, ce n’est
pas une fin en soi. Il ne faut pas que la gauche abandonne cette
grille de lecture qui dit que ce sont les conditions de vie qui
déterminent les comportements.
Par
ailleurs, je pose une question : pourquoi Michel peut-il dire qu’il
n’aime pas le drapeau et pas Mohamed ? Pourquoi Aragon peut-il
écrire « je conchie la France impérialiste »
et pas Saïd ? Nous sommes au début d’une
interdiction de toutes critiques envers la France. Avec Sarkozy, on
avait l’impression qu’il fallait faire allégeance
au drapeau tous les jours.
Lors
du jugement, « je compte bien invoquer Aragon, Léo
Ferré et d’autres »
DailyNord
: Ce livre n’est-il pas en fin de compte le reflet d’une
période tendue entre jeunes des quartiers et autorité
publique ? En clair l’écririez-vous maintenant ?
Saïd
Bouamama : Oui, mais avec un autre titre comme « Marre
des discriminations ! ». Il est clair qu’il y a
eu un nombre de discours insultants à l’époque de
Sarkozy. En sociologie, on appelle ça « le
retournement du stigmate ». Le jeune qui entend toute la
journée « t’aimes pas la France, t’aimes
pas la France, t’aimes pas la France », à
la fin il te dit « oui, j’aime pas la France ».
Dans cinquante ans, on verra ce livre comme le résultat
inévitable d’un contexte.
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